Attaque terroriste à Rambouillet : L’énigmatique parcours de l'assaillant, Jamel G.

ENQUETE Inconnu des services de renseignement, le suspect, qui a assassiné une fonctionnaire de police avant d’être abattu par les forces de l’ordre, était très actif sur Facebook

P.B. avec AFP
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Trois personnes de l'entourage de l'assaillant du commissariat de Rambouillet ont été placés en garde à vue ce vendredi 23 avril 2021. (Illustration)
Trois personnes de l'entourage de l'assaillant du commissariat de Rambouillet ont été placés en garde à vue ce vendredi 23 avril 2021. (Illustration) — Michel Euler/AP/SIPA

« Je suis sidéré. Au lycée, il fumait des clopes, il buvait des bières. Il aimait faire de la moto. C’était quelqu’un de normal. Je ne comprends pas. » Au téléphone, cet ancien ami de Jamel G., l’assaillant qui a tué une fonctionnaire de police au commissariat de Rambouillet, vendredi, avant d’être abattu par les forces de l’ordre, n’en revient pas. Son camarade de lycée s’est-il auto-radicalisé ? A-t-il été influencé par une mauvaise rencontre ? « Je n’avais plus de nouvelles depuis deux ou trois ans. Il ne communiquait plus et s’était isolé », ajoute ce soignant tunisien. Qui fait part de son « immense tristesse » pour la famille et les proches de la fonctionnaire de police.

Inconnu des services de renseignements, Jamel G., 36 ans, a asséné deux coups de couteau mortels à la gorge d’une fonctionnaire de police, Stéphanie, 49 ans, vers 14H20 dans l’entrée du commissariat de Rambouillet. Selon des témoins, il aurait alors crié « Allah Akbar ». Le parquet national antiterroriste (Pnat) s’est saisi en raison « des éléments de repérage », la qualité de la victime – une fonctionnaire de police – et les « propos tenus par l’auteur lors de la réalisation des faits », a expliqué le procureur Jean-François Ricard.

Arrivé en France en 2009

Selon le parquet antiterroriste, l’assaillant, né en Tunisie, était arrivé en France en 2009. « Il avait bénéficié en 2019 d’une autorisation exceptionnelle de séjour salarié, puis d’une carte de séjour en décembre 2020, valable jusqu’en décembre 2021 », a précisé le Pnat. Selon son ancien camarade de lycée, Jamel G. est originaire de Msaken, dans la banlieue de Sousse, tout comme l’auteur de l’attentat au camion-bélier de Nice, Mohamed Lahouaiej-Bouhlel. Aucun élément ne suggère que les deux hommes se soient connus.

Selon un profil Facebook qui semble être le sien et que 20 Minutes a pu consulter, Jamel G. vivait à Rambouillet, ville tranquille de près de 26.000 habitants, au sud-ouest de Paris, depuis 2015 et travaillait dans le bâtiment. Selon un proche de sa famille en Tunisie interrogé par l’AFP, il habitait chez sa tante et avait au moins deux frères, dont un jumeau. Trois personnes de son entourage, dont l’homme qui l’a accueilli à son arrivée en France, ont été placées en garde à vue vendredi en fin d’après-midi, une pratique systématique de l’antiterrorisme après chaque attentat, qui n’entraîne pas nécessairement de poursuites. Le domicile de son logeur, situé dans le Val-de-Marne a été perquisitionné, tout comme le logement qu’occupait l’assassin.

Soutien à la France après le Bataclan mais à l’islam après le meurtre de Samuel Paty

Pour retracer son parcours, les enquêteurs interrogent des proches, mais ils pourront également s’appuyer sur les réseaux sociaux. A ses débuts sur Facebook, en 2010, Jamel G. chante du karaoké, partage des clips de Sexion d’Assaut et Orelsan et parle de la série NCIS. Le 15 novembre 2015, deux jours après les attentats de 13 novembre, il ajoute un filtre bleu-blanc-rouge à sa photo de profil.

Puis c’est le silence ou presque. Mais en 2018, Jamel G. se met à poster activement, souvent pour s’attaquer à l’islamophobie et au polémiste Eric Zemmour. Sur Facebook, il suit notamment Marwan Muhammad, l’ancien directeur du Collectif contre l’islamophobie en France (CCIF). Puis à partir d’avril 2020, au moment du confinement, il ne publie plus que de pieuses prières et des versets coraniques. Quelques jours après l’assassinat du professeur Samuel Paty par un islamiste en octobre 2020, il change sa photo de profil et rejoint une campagne intitulée « Respectez Mohamed prophète de Dieu ».

L’enquête, ouverte par le Pnat pour « assassinat sur personne dépositaire de l’autorité publique en relation avec une entreprise terroriste et association de malfaiteurs terroriste », doit également déterminer si Jamel G. a bénéficié d’un soutien, matériel ou idéologique. A défaut, son attaque s’inscrirait dans la menace la plus redoutée par les services : celles de « loup solitaire », souvent inconnus du renseignement, présents sur le territoire national et qui, inspirés par la propagande djihadiste, commettent des attaques à l’arme blanche nécessitant une faible préparation.