Seine-et-Marne : « On ne veut pas d’une prison au milieu des champs de betteraves », assure le maire de Crisenoy

INTERVIEW Un centre pénitentiaire de 1.000 places doit être construit à Crisenoy, un petit village de 680 habitants en Seine-et-Marne. Le maire entend engager tous les recours possibles

Propos recueillis par Caroline Politi

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Une prison (illustration)
Une prison (illustration) — KONRAD K./SIPA
  • Jean Castex a annoncé la création de huit nouveaux centres pénitentiaires, dont trois en Ile-de-France.
  • A Crisenoy, là où doit être implanté un centre de 1.000 places, le maire affirme avoir découvert que le projet était acté dans la presse.
  • L’édile de la commune de Seine-et-Marne entend multiplier les recours pour tenter de stopper le centre de détention.

Y aura-t-il dans quelques années plus de détenus à Crisenoy, en Seine-et-Marne, que d’habitants ? Probablement. Le Premier ministre, Jean Castex, a annoncé mardi  la création de huit nouveaux centres pénitentiaires dans l’Hexagone, dont trois en Ile-de-France. Le plus important, d’environ 1.000 places, devrait voir le jour en 2027 dans ce village rural de 684 habitants. Le maire (SE) Hervé Jeannin dénonce un projet mené sans concertation et entend engager tous les recours.

Le maire de Crisenoy, Hervé Jeannin

Comment avez-vous appris que votre commune avait été choisie pour accueillir ce centre pénitentiaire ?

J’ai découvert que le projet était acté dans la presse ! Depuis deux-trois ans, le préfet cherchait des sites pour accueillir un projet de prison dans le département. Six communes avaient d’abord été retenues mais finalement tous les projets ont été abandonnés en début de l’année. Quelques jours plus tard, le préfet m’a convoqué, ainsi que le maire de Fouju [une commune mitoyenne] pour nous demander si nous accepterions un centre de détention sur nos terres. Nous avons dit non mais sans aucune concertation, mi-février, le projet a été présenté aux élus : un centre pénitentiaire de 1.000 places sur 20 hectares. Fin mars, j’ai été reçu par Eric Dupond-Moretti, il avait promis de me faire des contre-propositions que j’attends toujours…

Que reprochez-vous à ce projet ?

Cela fait des années qu’on lutte contre la bétonnisation de nos terres agricoles. Depuis le début de ma première mandature, en 2014, on bataille contre des projets logistiques qui prévoient l’ouverture d’entrepôts au milieu des champs. Contrairement à ce qu’affirme le préfet, ce projet n’est pas sur une ZAC mais est au milieu de terres agricoles. On ne veut pas d’une prison au milieu des champs de betteraves. L’emplacement visé pour ce centre de détention est à 500 mètres des premières maisons, à 700 mètres du village, la route d’accès, elle, passerait à moins de 300 mètres de chez nous.

Est-ce que le centre pénitentiaire ne pourrait pas justement dynamiser le village ?

Le dynamiter, plutôt ! Nous ne sommes pas un village de Gaulois réfractaire à tout mais nous tenons à ce que notre commune reste rurale. Nous n’acceptons qu’une à deux nouvelles maisons par an, nous avons une auberge, un projet de commerce mais nous ne voulons pas tout bétonner. Certes, la ligne de bus sera étendue mais encore faut-il que les horaires ne soient pas calqués sur ceux des visites en prison. Et oui, cela pourrait rapporter 50.000 à 80.000 euros de dotation par an mais nous n’en voulons pas, nous n’en avons pas besoin.

Envisagez-vous des recours ?

Tous ceux qui sont possibles ! On va faire des recours devant le tribunal administratif, on estime que cela durera environ deux ans. Ensuite, il y aura deux ans de procédure habituelle, les enquêtes publiques, l’évaluation environnementale. Enfin, il faudra compter trois ans de travaux. Malheureusement, quand on voit que le projet est prévu pour ouvrir en 2027, on comprend qu’ils ont pris en compte cela.