Coronavirus : Gare à cette prétendue étude sur les dangers du port du masque pour la santé !

FAKE OFF Soi-disant scientifique, cette publication partagée sur les réseaux sociaux n’est en réalité qu’un article qui expose une suite d’hypothèses déjà démenties par la communauté scientifique

Tom Hollmann

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Une femme qui porte un masque. (Illustration)
Une femme qui porte un masque. (Illustration) — Unsplash
  • Sur Internet et les réseaux sociaux, plusieurs publications relaient une « étude scientifique » censée démontrer l’inefficacité du port du masque contre le Covid-19, ainsi que ses dangers pour la santé.
  • En réalité, cette publication parue dans la revue Medical Hypothesis, un mensuel peu fiable, n’est pas une véritable étude scientifique. Elle présente une suite d’hypothèses déjà démenties par la communauté scientifique.
  • Le document est même utilisé dans un programme d’enseignement scientifique pour apprendre aux étudiants à se méfier d’études soi-disant sérieuses.

« Voici le tableau des désordres causés par le masque […] : fatigue, insomnies, stress, dépression, cancers, mort prématurée. » D’après une publication relayée de nombreuses fois sur Internet et les réseaux sociaux, une étude « très sérieusement publiée mais pas du tout médiatisée » de l’université de Stanford montrerait que le masque « ne bloque pas la transmission du Covid » et causerait une myriade d’effets indésirables dangereux pour la santé.

Nous ne saurons que trop vous le répéter, au sein de la rubrique Fake Off : méfiez-vous des apparences ! Car malheureusement pour l’autrice de cette publication, cette supposée étude très sérieuse n’a rien de scientifique, et a déjà été démentie à plusieurs reprises. 20 Minutes fait le point.

FAKE OFF

Tout paraît conforme au premier regard. « L’étude scientifique », intitulée « Facemasks in the Covid-19 era : A health hypothesis » est en ligne sur le site de la Bibliothèque nationale de médecine américaine. L’auteur, Dr. Baruch Vainshelboim, est présenté comme appartenant à la division de cardiologie d’un hôpital militaire de Palo Alto, en Californie (et effectivement relié à l’université de Stanford). Et son étude, rédigée en anglais, ressemble à s’y méprendre à n’importe quelle autre étude scientifique pour un œil non aguerri.

Sauf qu’au-delà des paragraphes d’introduction, rien sur la méthodologie, les groupes témoins, les résultats, ou encore la relecture des pairs, pourtant essentielle avant publication dans une revue scientifique. Et c’est bien normal, car cette étude scientifique n’en est pas une (Ici, vous pouvez retrouver  nos conseils pour bien lire une étude scientifique).

L’article a originellement été publié en janvier dernier dans la revue Medical Hypotheses, un mensuel qui explique de lui-même que son but « est de publier des articles théoriques » et qui prend en compte « des idées scientifiques radicales, spéculatives et non conventionnelles, à condition qu’elles soient exprimées de manière cohérente. » Cette revue s’est forgé une mauvaise réputation dans les années 2000, à la suite de la publication d’articles niant les liens entre VIH et  sida.

Revenons à l’auteur de l’article, Baruch Vainshelboim. Ce dernier n’est pas médecin, contrairement à ce que pourrait laisser entendre la publication. Il est en réalité physiologue de l’exercice, et a obtenu son doctorat à l’université de Porto (Portugal), comme l’indique son profil LinkedIn.

Il n’est pas un employé par l’hôpital militaire de Palo Alto, comme l’a assuré l’un des porte-parole de l’établissement médical à Associated Press : « Il ne s’agit pas de l’un de nos praticiens. Il n’est pas dans notre système ». Pas plus que de la prestigieuse université de Stanford. « Stanford n’a jamais employé Baruch Vainshelboim. En 2015, il a été chercheur invité pendant un an, sur des sujets sans rapport avec cet article », a expliqué Julie Greicius, la directrice des communications de l’université.

« Un article trompeur, rédigé par une personne sans expertise »

Quant aux fameux effets indésirables cités dans la publication, soit ils sont négligeables, soit ils ont déjà été démentis par la communauté scientifique. C’est notamment le cas de l'hypoxie (le manque d’oxygène dans le sang), ou de  l'hypercapnie (l’augmentation de la pression partielle en CO2 dans le sang) en passant par la fatigue ou les maux de tête.

Selon le document, les effets physiques et psychiques induits par le port du masque pourraient même conduire au développement de maladies graves telles qu’Alzheimer, des cancers divers, et même la mort. Cependant, rien à ce jour ne permet d’établir ce genre d’effets de causalité induit par le port du masque.

Le média indépendant de vérification américain Politifacta d’ailleurs consacré un article à la publication de Baruch Vainshelboim, qui circulaient largement Outre-Atlantique. Il a classé cette dernière comme fausse. Le docteur Benjamin Neuman, professeur de biologie à l’université A & M du Texas, et chef virologiste du centre global de recherche pour la santé qui y est affilié, y explique notamment que c’est « un article trompeur, rédigé par une personne sans expertise », et que « ce n’est pas de la science ».

Le programme d’enseignement scientifique Amgen Biotech Experience, qui initie les élèves du secondaire à l’excitation d’une « découverte scientifique », a lui aussi consacré un article aux hypothèses de Barush Vainshelboim publié dans Medical Hypothesis. Ce dernier est en effet utilisé par le programme comme un moyen de démontrer aux étudiants qu’une étude peut avoir l’air très sérieuse, et ne rien comporter de scientifique en son sein pour autant.