Enlèvement de Mia : Qui est Rémy Daillet, figure du complotisme impliquée dans le rapt de fillette ?

ENQUETE Un mandat d’arrêt international a été lancé ce mardi à l’encontre de Rémy Daillet, soupçonné d’avoir contribué à l’organisation de l’enlèvement de la petite Mia, la semaine passée  

Thibaut Chevillard

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Rémy Daillet, 54 ans, est devenue une figure du mouvement complotiste
Rémy Daillet, 54 ans, est devenue une figure du mouvement complotiste — DR
  • Un mandat d’arrêt international a été lancé ce mardi à l’encontre de Rémy Daillet, une figure du mouvement complotiste soupçonnée d’avoir participé à l’organisation de l’enlèvement de la petite Mia.
  • Cet homme de 54 ans, qui s’est exilé à l’étranger, assure préparer un coup d’État en France et développe dans des vidéos des thèses complotistes.
  • Refusant de détailler le rôle qu’il a joué dans l’opération, il estime que la petite fille de 8 ans n’a pas été enlevée mais restituée à sa mère qui en avait perdu la garde.

Son téléphone ne cesse pas de sonner. « Je vous demande juste une seconde car je crois qu’il y a Europe 1 qui m’appelle », nous lance Rémy Daillet alors que nous lui posions des questions sur son rôle présumé dans l’enlèvement de Mia, 8 ans. Cette figure complotiste, qui rêve de commettre un coup d’Etat en France et de prendre le pouvoir, fait l’objet d’un mandat d'arrêt international délivré ce mardi par un juge d’instruction de la Jirs de Nancy. La justice le soupçonne d’avoir participé à « l’organisation » du rapt de la fillette, le 13 avril dernier, et d’avoir mis Lola, sa mère, en relation avec une femme qui les a recueillis à Neuchâtel, en Suisse, où elles ont passé une nuit alors que les gendarmes les recherchaient, indique le procureur de la République de Nancy, François Pérain.

« Rémy Daillet apparaît comme l’animateur principal de la "mouvance" » dont se revendiquent les cinq hommes interpellés et mis en examen, dimanche, pour « enlèvement en bande organisée d’une mineure de quinze ans et association de malfaiteurs », ajoute le magistrat dans un communiqué. Une sorte de gourou complotiste. Quatre suspects ont depuis été placés en détention provisoire. « C’est absolument scandaleux. Mais ils seront libérés, de gré ou de force », promet celui qui est « décidé à renverser ce pouvoir et à remplacer ses dirigeants ».

Pour cet homme, qui a fui la France avec sa famille, Mia n’a pas été enlevée. « Un enlèvement, c’est quand on enlève un enfant à sa famille, ce n’est pas un enlèvement, c’est une restitution d’un enfant à la mère qui le demande. C’est exactement le contraire. »

« Une personnalité étrange »

Avant de devenir une figure du complotisme, Rémy Daillet avait adhéré au Modem en Haute-Garonne avant d’être exclu du parti centriste en 2010. « C’était une personnalité étrange qui est passée au Modem comme une météorite », se souvient l’avocat Jean-Louis Forget, ancien président de la conférence des bâtonniers qui s’est « affronté avec lui » à l’époque. « On n’était pas d’accord sur grand-chose, dit-il. Il pouvait donner l’impression d’être un peu mytho. Il vivait dans un monde un peu incohérent. »

Son père, Jean-Marie Daillet, « est un ancien député de la Manche, aujourd’hui décédé, mais qui était une personnalité du parti centriste », poursuit Jean-Louis Forget. « Quelque part chez les militants, ce nom lui conférait une certaine légitimité. Il disait aux gens ce qu’ils voulaient entendre. » Sa personnalité détonante interrogeait les membres du Modem local. « On ne savait pas si on devait attribuer ses idées farfelues à de vraies convictions ou s’il était simplement déséquilibré. »

Sur son site Internet, il détaille les mesures qu’il prendrait s’il parvenait à renverser le gouvernement. Tous les thèmes de prédilections de la sphère complotiste sont abordés : suppression de « presque tous les impôts », annulation du port du masque « scientifiquement inutile » et du confinement, interdiction de la « vaccination massive », démantèlement des antennes 5G, expulsion « sans ménagement » des « délinquants étrangers »…

Il entend aussi faire « stopper les placements abusifs d’enfants », un argument auquel aurait été sensible la mère de la petite Mia. Cette dernière a commencé à poster sur Facebook des articles conspirationnistes après son adhésion au mouvement des « gilets jaunes », fin 2018. En avril 2020, elle dénonçait les Beatles qui ont « pactisé avec le diable », le « lien entre les ondes mortelles de cette 5G et ce prétendu virus », les « élites pédophiles notoires » et les « psychopathes [qui] enlèvent des enfants impunément depuis longtemps ».

La justice française « illégitime »

La jeune femme, qui avait perdu la garde de Mia en janvier dernier, était rentrée en contact sur les réseaux sociaux avec un certain « Bouga ». Ce dernier avait alors mobilisé une équipe, composée d’hommes se revendiquant de la mouvance antisystème, pour récupérer l’enfant qui se trouvait chez sa grand-mère maternelle dans un village des Vosges. Comment l’opération a-t-elle été préparée ? Sur ce point, Rémy Daillet se montre mystérieux et se contente de répondre qu’il félicite les personnes « qui ont le courage de se battre et de faire des choses comme ça ».

Selon nos informations, des membres de cette équipe étaient depuis plusieurs semaines dans le collimateur des enquêteurs de la DGSI qui les soupçonnaient de fomenter des actions violentes contre l’Etat et le « système » en général. Ils envisageaient notamment de s’attaquer à des bâtiments publics ou à des centres de vaccination. Les informations communiquées aux gendarmes par le service de renseignement ont permis aux enquêteurs de les appréhender rapidement.

Le nom de Rémy Daillet est apparu récemment dans l’enquête sur l’attaque d’une gendarmerie commise à Dax (Landes). Le 24 novembre dernier, un homme de 39 ans avait défoncé le portail et avait embouti plusieurs véhicules avant de s’en prendre aux militaires lors d’une interpellation mouvementée. Souffrant de problèmes psychiatriques, cet homme adepte des théories du complot avait indiqué être en contact avec lui sur Internet.

Réfugié aujourd’hui à l’étranger, Rémy Daillet se voit en libérateur d’un pays qui aurait versé dans la dictature et ose se comparer « au général de Gaulle en 42 à Londres ». Bien que recherché dans le cadre de l’affaire Mia, il ne compte pas rendre de compte à la justice française qu’il juge « illégitime ». « Elle n’opère que dans le cadre très restreint de l’Hexagone. Heureusement, elle n’a pas pouvoir dans le reste du monde, elle s’assoira sur ses velléités et n’obtiendra rien car il y a encore des pays libres dans le monde. »

Il est même persuadé que, s’il était un jour condamné à de la prison, il serait érigé en « héros » par ses admirateurs. Entre deux appels de journalistes, il attend toujours un coup de fil des gendarmes. « Ils seront les bienvenus, il n’y a aucun problème ».