Policiers brûlés à Viry-Châtillon : La colère des flics face à un « message désastreux »

REPORTAGE Quelques centaines de manifestants se sont rassemblées devant la cour d’appel de Paris ce mardi

Khadija Toufik

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Les policiers étaient appelés à manifester à l'appel de plusieurs de leurs syndicats ce mardi, comme ici à Paris devant la cour d'appel, pour protester contre le verdict de la cour d'appel des mineurs dans le procès des violences de Viry-Châtillon.
Les policiers étaient appelés à manifester à l'appel de plusieurs de leurs syndicats ce mardi, comme ici à Paris devant la cour d'appel, pour protester contre le verdict de la cour d'appel des mineurs dans le procès des violences de Viry-Châtillon. — JEANNE ACCORSINI/SIPA
  • La cour d’assises des mineurs de Paris a condamné en appel, ce week-end, cinq jeunes à des peines allant de six à dix-huit ans de prison dans l’affaire des policiers attaqués à Viry-Châtillon en 2016. Dans le même temps, elle en a acquitté huit autres.
  • Une décision qui a suscité l’émoi des syndicats de police, qui ont appelé leurs membres à manifester devant les tribunaux ce mardi.
  • A Paris, quelques centaines d’entre eux ont fait part de leur incompréhension et de leur inquiétude.

« On ne manifeste pas contre la décision rendue par la justice. On manifeste parce qu’on ne comprend pas. » A Paris, devant la cour d’appel, Thierry Clair, secrétaire général à l’Unsa Police, résume la colère des policiers après le verdict du  procès de l’attaque au cocktail molotov des policiers de Viry-Châtillon en 2016, rendu dans la nuit de samedi à dimanche.

Quelques centaines d’entre eux avaient répondu ce mardi à l’appel à la manifestation lancé par plusieurs organisations, dont Alliance et l'Unsa police. La cour d’assises des mineurs de Paris a condamné en appel cinq jeunes à des peines allant de six à dix-huit ans de réclusion criminelle pour tentative de meurtre sur personnes dépositaires de l’autorité publique. Après six semaines de procès à huis clos, les huit autres accusés ont été acquittés. Une décision moins lourde qu’en première instance.

« Message désastreux »

Cet allègement des peines envoie un « message désastreux », reprend Thierry Clair. « Aujourd’hui, les deux policiers les plus grièvement blessés lors de l’attaque sont affectés psychologiquement et physiquement. »

« Les jeunes relaxés vont pouvoir à nouveau s’attaquer à des policiers. Cela crée un sentiment d’impunité », dénonce Julien Le Cam, secrétaire régional d’Alliance dans les Yvelines. A quelques mètres de là, Laurent, policier à Paris, manifeste contre le « laxisme » de la justice : « Elle ne prend pas en considération les dangers de notre quotidien. » Au point de changer de profession ? « C’est un métier que l’on fait avec conviction, et je me suis engagé à le faire correctement », tranche-t-il.

« Cette décision, elle veut dire qu’on peut brûler du flic », s’insurge « Gyn », membre fondateur de SOFT-ONG, créée en février 2020, de soutien aux forces de l’ordre. « Les policiers sont jetés en pâture par la justice. Ces voyous pensent qu’en touchant les flics, ils touchent l’Etat, mais en réalité, ils brisent des vies. »

« Donner à la police les moyens de travailler correctement »

« Il faut donner des moyens à la police pour qu’elle puisse travailler correctement », demande Frédéric Lagache, délégué général du syndicat Alliance. Et si Emmanuel Macron a promis lundi de tenir son objectif de création de 10.000 postes de policiers et de gendarmes supplémentaires d’ici la fin du quinquennat, « cela ne change en rien la justice », déplore-t-il. « Il faut appliquer les peines prévues par la loi, d’autant plus que les agressions font partie du quotidien des policiers. » Et d’ajouter : « Il devient urgent de faire passer un message fort, qui dissuaderait tous les voyous de commettre ce type de crime ! » A l’image de nombreux participants à la manifestation, Frédéric Lagache demande la mise en œuvre de l'« observatoire de la réponse pénale » évoquée dans le cadre du « Beauvau de la sécurité », qui rendrait « transparentes » les décisions de justice.

Gérald Darmanin a annoncé qu’il recevrait les deux policiers les plus grièvement blessés lors de l’attaque de Viry-Châtillon samedi. Bon nombre de policiers présents ce mardi y voient une stratégie de communication en vue des prochaines échéances électorales. « On veut plus de concret et moins de bla-bla », cingle un policier.