Aisne : Bruno, l’agriculteur influenceur qui démonte les clichés sur sa profession

RESEAUX SOCIAUX Dans ses vidéos publiées sur les réseaux sociaux, Bruno Cardot parle de son métier d’agriculteur avec humour et autodérision mais sans mâcher ses mots

Mikaël Libert

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Bruno Cardot, agriculteur de l'Aisne.
Bruno Cardot, agriculteur de l'Aisne. — B.Cardot
  • Un agriculteur de l’Aisne utilise les réseaux sociaux pour parler de son travail.
  • Mise en scène, humour et autodérision sont ses ingrédients pour toucher sa cible.
  • Il entend ainsi casser les clichés sur l’agriculture et « rétablir certaines vérités ».

« Salut, salut ». C’est le gimmick que Bruno Cardot place au début de chacune des vidéos qu’il publie. Cet agriculteur installé dans l’Aisne a décidé de s’emparer des réseaux sociaux pour parler de son métier comme personne d’autre ne le fait : avec humour, certes, mais avec détermination dans le message qu’il entend passer.

A 48 ans, Bruno Cardot est le patron d’une exploitation agricole qu’il tient de son père et dans laquelle il produit des céréales, des pommes de terre, du colza et de la betterave. Il avait aussi une activité d’éleveur de bovins « qui se termine par manque de rentabilité », déplore-t-il. Lorsqu’on lui demande s’il se considère comme un gros producteur, Bruno nous glisse un petit tacle des familles sans doute bien mérité : « On veut toujours nous coller des étiquettes sur le dos. Si je vous dis que j’ai 50 hectares, vous allez me regarder d’un œil, si je vous dis que j’en ai 500, vous allez me regarder d’un autre œil », plaisante-t-il.

« On a bon dos sur un certain nombre de sujets »

Son boulot, il le fait comme on le lui a appris mais avec discernement. Et un jour, il en a eu assez de l’agri-bashing, même s’il n’aime pas ce mot : « Je suis conscient et je comprends qu’aujourd’hui tout le monde veut savoir ce qu’il a dans son assiette. Sauf qu’on nous dénigre tout le temps et on a bon dos sur un certain nombre de sujets », assure-t-il. Du coup, l’agriculteur a vu dans les réseaux sociaux, notamment Twitter, facebook et Tiktok, un bon vecteur pour « rétablir la vérité ». Mais pour cela, il lui fallait trouver une façon de faire les choses qui soit suffisamment accrocheuse pour retenir l’attention. « C’est venu un peu par hasard lorsque j’ai sorti la vidéo avec Dudule, la fécule qui bouche le trou du cul », se souvient-il.

Quand il a vu son initiative reprise dans de nombreux médias, Bruno Cardot s’est dit qu’il tenait un truc. « Ce côté humour, autodérision, c’est ça qu’il faut faire, surtout pour toucher les jeunes non agricoles. Beaucoup de collègues font des vidéos de 2 minutes face caméra qui sont très intéressantes, mais vous décrochez quand même au bout de 10 secondes », reconnaît-il. Bruno est d’ailleurs loin d’être le seul à surfer sur ce créneau puisque c’est aussi celui de l’association France Agri Twittos. « L’idée c’est de faire de la communication positive autour de nos métiers sur les réseaux », poursuit-il.

« Une chose est sûre, on va bien rigoler »

Bruno Cardot produit deux à trois clips par an, des reprises de chansons dont il adapte les textes au message qu’il souhaite faire passer. Par exemple, sur l’air de La tribu de Dana, de Manau, on peut ainsi l’entendre chanter : « C’est l’heure maintenant de défendre notre savoir-faire, contre une armée d’escrologiens prêts à nous foutre sous terre ». Mais il fait aussi beaucoup plus souvent d’autres vidéos, plus courtes, dans lesquelles il parle pêle-mêle du glyphosate, de la biodiversité, de la taxe azote ou des « gros porcs » responsables de dépôts sauvages dans les champs…

« On montre concrètement notre travail. Et lorsque l’on n’est pas d’accord avec certaines réglementations, on explique simplement pourquoi. Quand on vulgarise et que l’on met ça en scène de façon rigolote, le message passe », assure l’agriculteur. La prochaine vidéo en version longue doit sortir bientôt sur un sujet et un air que Bruno Cardot préfère garder secrets pour le moment. « J’espère tourner en mai et monter dans la foulée. Une chose est sûre, on va bien rigoler », lance-t-il.