Coronavirus : « Les journées sont devenues trop longues »… Comment les ados d’un village limousin vivent la crise sanitaire

REPORTAGE « 20 Minutes » est allé à la rencontre de quatre adolescents dans la petite commune de Magnac-Bourg, en Haute-Vienne

Delphine Bancaud

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Les adolescents de Magnac-Bourg (Haute-Vienne), avril 2021.
Les adolescents de Magnac-Bourg (Haute-Vienne), avril 2021. — D.Bancaud/20minutes
  • Les confinements successifs et les restrictions d’activités dus à la crise du coronavirus ont privé les jeunes vivant en zone rurale de rencontres et de sorties.
  • Quatre adolescents d’un village limousin nous ont raconté comment ils traversent la crise sanitaire. Derrière un décor de carte postale, leur quotidien est plus compliqué depuis un an et ils éprouvent un plus grand sentiment d’isolement.
  • Mais la crise sanitaire a renforcé les liens des jeunes au sein du village.

Ce mardi, ils tapent dans un ballon sous un ciel lumineux. Amandine, Léa, Noah et Maïa sont en vacances. Mais confinement oblige, les quatre adolescents n’ont pas eu droit au dépaysement. D’ailleurs, depuis le début de la crise sanitaire, leurs vacances, c’est souvent dans leur village qu’ils les ont passées : à Magnac-Bourg, en Haute-Vienne, où vivent 1.117 âmes. Alors qu’ils voudraient courir le monde, leur horizon s’est brutalement rétréci depuis un an.

Certes, le décor n’a rien à envier à celui d’une carte postale : des prairies vallonnées où broutent des vaches rousses, des étangs romantiques, un joli bois, une église gothique du XVe siècle… Un petit havre de paix situé à 33 kilomètres de Limoges, mais qui est devenu un peu trop calme pour ces adolescents.

« Avant, je trouvais pénible d’aller en cours. Mais maintenant, ça me manque »

A l’âge où la vie sociale est cruciale, l’annonce du troisième confinement, ils l’ont vécu comme un coup de massue : « Ça été difficile à accepter. Mes vacances à l’Ile d’Oléron sont tombées à l’eau », confie Maïa. Pour elle comme pour Léa et Noah, plus question non plus d’aller au collège dans la commune voisine, à Saint-Germain-les-Belles. Et le retour n’est pas prévu avant le 3 mai, au mieux. Une perspective qui désole Léa, en 5e : « Le fait de ne pas voir mes potes est difficile », susurre-t-elle.

Une situation qu’Amandine, élève en seconde à Limoges, connaît bien, puisque son lycée n’accueillait les élèves qu’une semaine sur deux depuis octobre pour respecter les consignes sanitaires. « Avant, je trouvais pénible d’aller en cours. Mais maintenant, ça me manque. D’ailleurs, avant le confinement, j’allais quand même à Limoges certains jours où je n’avais pas cours, juste pour traîner en ville, croiser des amis ou aller à la bibliothèque. Et depuis le 3 avril, ne plus les voir, ça fait une trop grosse coupure. Heureusement qu’il y a les réseaux sociaux ! Ça m’aide à tenir le coup ». Un isolement forcé qui favorise le huis clos familial : « Parfois, on s’énerve plus », commente Noah.  « Etre tout le temps avec les mêmes personnes, ça n’a aucun sens. J’ai réalisé à quel point j’avais besoin des autres », complète Maïa.

« J’ai l’impression de ne rien avoir appris cette année »

Pas évident non plus de se stimuler pour travailler. Les élèves ont eu droit à une semaine d’enseignement à distance avant les vacances et en auront au moins une autre la semaine prochaine. Et la reprise des cours ne se fera peut-être ensuite qu’en demi-jauge. Mais les devoirs en ligne ont fini par lasser Amandine : « A la maison, je suis plus distraite, c’est plus difficile de m’y mettre. D’ailleurs, j’ai l’impression de ne rien avoir appris cette année. Je commence à m’inquiéter pour l’an prochain ».

Maïa n’est pas fan non plus du collège à distance : « On travaille moins qu’en classe et on n’a pas l’explication des professeurs sur les points qu’on ne comprend pas. Après le premier confinement, ça a été compliqué de reprendre les cours, car on avait pris du retard. Là, ça risque de faire la même chose ».

« Ma semaine est devenue comme un week-end »

Vivre à la campagne, cela implique de prendre la voiture pour aller faire des activités sportives et culturelles. Pas évident en temps normal, mais avant le Covid-19, leurs parents s’organisaient pour leur offrir une riche gamme de loisirs. Sauf que depuis la crise sanitaire, c’est devenu le parcours du combattant, voire totalement impossible. « Avant, j’allais au cinéma, au resto, voir des matchs de hand. Ne plus le faire, ça rend ma vie plus dure. Avant, je partais souvent dans les Deux-Sèvres voir ma famille pour le week-end. Mais depuis, c’est devenu très rare et mes cousins me manquent », décrit ainsi Léa.

Maïa aussi s’est habituée aux renoncements : « J’ai toujours des entraînements de foot, mais tous les tournois ont été annulés », déplore-t-elle. Fini aussi les séances de piscine le samedi à Limoges pour Amandine : « Depuis octobre, elle est fermée. Ma semaine est devenue comme un week-end. La majorité du temps, je suis sur les écrans. Je sais que j’y passe trop de temps, mais je n’ai rien d’autre à faire. Les journées sont devenues trop longues, je ne suis pas assez occupée ». Noah confie aussi passer beaucoup de temps sur les écrans depuis un an : « Je joue plus en ligne et je consulte davantage les réseaux sociaux. Mais c’est du virtuel, pas du concret », déplore-t-il.

« J’ai l’impression d’être spectatrice de ma vie »

Un changement d’emploi du temps qui finit par laisser des traces : « A force, on tourne en rond », résume Maïa. « J’ai changé depuis un an, je vois les choses plus tristement. J’ai l’impression d’être spectatrice de ma vie. J’ai manqué plein de choses. Par exemple, en juin dernier, on ne s’est pas dit au revoir correctement avec mes copains du collège alors qu’on n’allait pas se revoir » regrette Amandine.

Si le tableau des derniers mois n’est pas des plus colorés, il comporte quand même des zones plus lumineuses : « Au village, j’ai une vingtaine de copains, on se retrouve parfois au stade pour jouer au foot ou pour faire des balades. Cette période a renforcé mes liens avec les amis du village, puisque je ne pouvais pas aller voir ceux qui habitent plus loin », souligne-t-il. « On a aussi fait la connaissance d’autres copains plus âgés, car tous les jeunes fréquentent plus le stade qu’avant le Covid et que nos parents nous laissent plus sortir », commente Maïa.

Et chacun d’eux a le sentiment d’avoir mûri : « Le coronavirus m’aura appris à faire davantage attention aux autres, pour les protéger », explique-t-il. « Cette période m’aura appris la patience », confie à son tour Maïa. Le temps qui s’est écoulé plus lentement leur a aussi permis de rêver… à la vie d’après : « J’ai envie de dîner au resto, de faire les magasins », indique Noah. « Je veux faire une soirée avec tous les copains du collège », lance à son tour Léa. Quant à Maïa, elle souhaite « changer d’air et voyager, en Espagne ». En attendant, c’est l’air du Limousin qui remplit ses poumons. Et au moins, il est pur.