A Suresnes, l’intelligence artificielle bientôt au service de la vidéosurveillance ?

SECURITE La ville de Suresnes, dans les Hauts-de-Seine, souhaite expérimenter des caméras de vidéosurveillance faisant appel à l’intelligence artificielle pour détecter les comportements « suspects »

Caroline Politi

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A Suresnes, une dizaine de caméras pourraient bientôt détecter les comportements suspects (image d'illustration)
A Suresnes, une dizaine de caméras pourraient bientôt détecter les comportements suspects (image d'illustration) — Valery Hache afp.com
  • La ville de Suresnes a noué un partenariat avec une entreprise de la commune pour expérimenter un algorithme permettant de détecter des comportements « suspects ».
  • Le maire de la ville assure qu’il s’agit avant tout de faciliter le travail des agents de terrain.
  • La Cnil n’a pas encore son avis pour autoriser ou non cette expérimentation.

Des caméras de vidéosurveillance « intelligentes » pour repérer en temps réel, ou presque, des comportements « suspects ». Tel est le projet du maire de Suresnes, dans les Hauts-de-Seine. Guillaume Boudy (LR) vient de nouer un partenariat avec une entreprise de la commune, XXII Group, pour expérimenter un dispositif d’intelligence artificielle. « Ils m’ont contacté il y a environ six mois parce qu’ils cherchaient à expérimenter leurs algorithmes en milieu réel et moi, je souhaitais mobiliser plus efficacement notre police municipale pour éviter les patrouilles inutiles », détaille l’édile.

L’expérimentation, prévue pour durer 18 mois, devrait concerner une dizaine de caméras sur les 89 que compte la commune. « On a ciblé celles présentes dans des lieux où on a noté le plus d’incivilités », poursuit le maire. Les caméras seront notamment paramétrées pour détecter en priorité les rodéos à moto ou en scooter, les dépôts sauvages d’ordures, les infractions au Code de la route, les rassemblements de personnes… Lorsqu’une image « anormale » est détectée, elle apparaît en priorité sur les écrans du centre urbain de supervision. C’est ensuite à l’opérateur de décider si la scène filmée nécessite une intervention de la police municipale. « Jusqu’à présent, les images apparaissent de manière aléatoire, il faut de la chance pour tomber sur un événement en temps réel », insiste Guillaume Boudy.

Pas de reconnaissance faciale

Malgré la signature d’un partenariat, le projet reste pour l’heure suspendu à une autorisation de la commission nationale de l’informatique et des libertés (Cnil). « A partir du moment où il n’y a pas d’identification personnelle ni de stockage des données, je pense qu’il n’y a pas de raison pour que cela ne soit pas autorisé », estime le criminologue, Sébastian Roché, directeur de recherches au CNRS.

La reconnaissance faciale en temps réel est en effet interdite dans l’espace public, tout comme le recours à la biométrie. L’algorithme développé n’identifiera pas les visages, les vêtements ou même les plaques d’immatriculation. « Il n’y aura pas de verbalisation automatique, il s’agit surtout de faciliter le travail de terrain en envoyant des agents rapidement dans les lieux dans lesquels des infractions ont été détectées », insiste le maire, qui se dit d’ailleurs « défavorable à la reconnaissance faciale ».

Reste la question de l’efficacité. Et sur ce point le chercheur est sceptique. « Ce système peut être une aide à la vigilance, poursuit Sébastian Roché. Quand on doit regarder toute la journée des écrans sur lesquels il ne se passe pas grand-chose, avoir une image sélectionnée peut aider mais cela reste un modèle réactif. » Puisque l’algorithme réagit précisément lorsqu’il détecte des mouvements suspects, il ne peut empêcher la commission des faits. D’autant qu’une fois l’image « propulsée » sur l’écran de contrôle, elle doit encore être analysée par l’opérateur pour s’assurer qu’il ne s’agit pas d’une mauvaise interprétation de l’algorithme puis dépêcher une équipe sur place si cela est nécessaire. « C’est pour cette raison que cela reste un test et que l’on ne mise pas tout sur cette technologie », insiste Guillaume Boudy.