Toulouse : La gendarmerie démantèle un groupe mafieux russophone qui sévissait dans le Sud-Ouest

CRIMINALITE Dix membres supposés de cette organisation, suspectés d’avoir commis des « raids » dans les magasins du Sud-Ouest, ont été interpellés et mis en examen début avril

Thibaut Chevillard

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Illustration d'une voiture de la gendarmerie.
Illustration d'une voiture de la gendarmerie. — E. Frisullo / 20 Minutes
  • Dix personnes d’origine géorgienne, suspectées d’appartenir aux « vory v zakone » (« voleurs dans la loi » en russe), ont été interpellées par les gendarmes et mises en examen début avril.
  • Elles sont soupçonnés d’avoir commis de nombreux vols à l’étalage dans les magasins du sud-ouest de la France. Les produits dérobés étaient ensuite revendus sur les marchés parallèles.
  • Des « centaines de bouteilles d’alcool » ainsi que « plus de 700 produits cosmétiques » ont été découverts au domicile des protagonistes, et « 7.000 euros, deux montres de luxe et trois véhicules » ont été saisis, détaille la gendarmerie dans un communiqué.

Ils écumaient les magasins pour y dérober des bouteilles d’alcool, des cosmétiques, de l’outillage ou des lames de rasoir. Une fois revendus sur le marché parallèle, ces produits leur rapportaient beaucoup d’argent. Au terme d’une enquête de plus d’un an, la gendarmerie a mis un coup d’arrêt à une bande composée de «  vory v zakone » – « voleurs dans la loi » en russe – qui sévissait dans le sud-ouest de la France. Le 6 avril, 13 personnes d’origine géorgienne ont été interpellées à Toulouse, Montauban et Limoges par les gendarmes de l’OCLDI (Office central de lutte contre la délinquance itinérante). A l’issue des gardes à vue, dix d’entre eux ont été mis en examen. Neuf suspects ont été écroués et un a été placé sous contrôle judiciaire.

L’affaire commence au début de l’année 2020. A l’époque, les gendarmes observent une recrudescence de vols à l’étalage, commis par des équipes composées pour la plupart de deux à trois individus. Face à ce phénomène inquiétant, une enquête est ouverte par la Jirs (Juridiction interrégionale spécialisée) de Bordeaux, d’abord sous l’autorité du procureur de la République dans le cadre d’une enquête préliminaire, puis sous l’autorité d’un juge d’instruction. De son côté, la gendarmerie met en place une cellule d’enquête sous la direction de l’OCLDI. Rapidement, les militaires se rendent compte qu’ils ont affaire à des « vory v zakone ».

« Organisations de type mafieuses, pyramidales et russophones »

« Il s’agit d’organisations de type mafieuses, pyramidales et russophones. Elles sont très structurées, avec des équipes de voleurs qui font des raids pour aller chercher des produits à haute valeur ajoutée dans les magasins. Elles peuvent aussi faire du cambriolage, du trafic de cigarettes », explique à 20 Minutes le général Marc de Tarlé, commandant de l’OCLDI.

Les membres de cette puissante organisation criminelle, qui prend racine en ex-URSS, sont implantés en Europe depuis le début des années 1990. Ils sont souvent reconnaissables à leurs tatouages atypiques : un crucifix, un corbeau, des coupoles, ou bien la Vierge Marie avec un cœur. Des dessins qui ont tous une signification particulière et qui retracent la vie de ceux qui les portent.

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Des - gendarmerie nationale

Au fil des surveillances, les enquêteurs découvrent que ces malfaiteurs agissent sous l’autorité d’un chef régional. « Il s’agit d’un vor de 68 ans qui avait une certaine aura et qui était déjà très défavorablement connu notamment dans son pays d’origine », précise le général Marc de Tarlé. Le 6 avril, les gendarmes passent à l’action et interpellent 13 personnes. Lors de perquisitions, ils mettent la main sur des centaines de bouteilles d’alcool, plus de 700 produits cosmétiques, ainsi que des dizaines de matériels électroportatifs. L’argent issu de la vente de ces produits sur des marchés parallèles était ensuite envoyé dans le pays d’origine des membres ou dans des pays limitrophes.

Plusieurs affaires récentes

Près de 7.000 euros en numéraire, deux montres de luxe et trois véhicules de grosse cylindrée sont également saisis au titre des avoirs criminels. Selon des spécialistes de la police judiciaire, une partie du butin des « vory » est mis dans un fonds commun appelé l'« Obshak ». Il est géré par des hommes de confiance – les « Smotriarchi » – et permet de soutenir financièrement certains membres du clan en détention, de payer des avocats, et d’investir dans des biens immobiliers ou des entreprises. Dans le collimateur des forces de l’ordre, les « vory » font régulièrement parler d’eux en France. En février dernier, 27 d’entre eux ont été interpellées en Ille-et-Vilaine, en Gironde, en Vendée.