Coronavirus : Le cap des 100.000 morts dépassé en France depuis plusieurs semaines, selon l’Inserm

MORTALITE Le bilan de Santé publique France est sous-estimé, rapporte « Le Monde », qui s’appuie sur les données du centre d’épidémiologie de l’Inserm, établies à partir des certificats de décès

T.H.

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Le cimetière ancien de Puteaux (Hauts-de-Seine), le 4 décembre 2019. (Illustration)
Le cimetière ancien de Puteaux (Hauts-de-Seine), le 4 décembre 2019. (Illustration) — Clément Follain / 20 Minutes

Le cap des 100.000 décès liés au  Covid-19 en France, issu du décompte quotidien de l’agence de sécurité sanitaire Santé publique France (SPF), est en réalité franchi depuis déjà des semaines, rapporte Le Monde ce mercredi à partir des dernières données du centre d’épidémiologie sur les causes médicales de décès de l’Inserm (CépiDc). Encore partielles, celles-ci ont été présentées le 9 avril par l’épidémiologiste Jean-Marie Robine, directeur de recherches émérite à l’Inserm, lors d’un séminaire en ligne sur la mortalité du Covid-19.

Selon Santé publique France, le Covid-19 avait provoqué, au 13 avril 2021, 99.508 décès dans l'Hexagone.

Des chiffres sous-estimés par Santé publique France

Si les chiffres du CépiDc mettent plus de temps à être rendus publics, ils sont plus fiables que ceux de SPF, car réalisés à partir de l’ensemble des certificats de décès remplis par les médecins. Ils permettent ainsi des études par sexe et tranche d’âge, selon la zone géographique du décès et du lieu de celui-ci (hôpital, domicile…).

« Pour la période allant du 1er mars au 31 décembre 2020, il y a déjà 75.732 certificats mentionnant le Covid-19 comme cause initiale ou associée de la mort, révèle Jean-Marie Robine, également conseiller scientifique auprès de la direction de l’Institut national d’études démographiques (INED). « Au 31 décembre 2020, le tableau de bord de l’épidémie de SPF faisait, lui, état de 64.632 décès », ajoute le professeur, selon ses propos rapportés par Le Monde.

En clair, pour les dix derniers mois de 2020, ce qui correspond aux deux premières vagues de l’épidémie sur le territoire, l’écart est déjà de plus de 11.000 décès entre les données de SPF et celles du CépiDc. Cet écart a sans doute continué à se creuser depuis début 2021. De son côté, l’INED avait récemment évalué à 68.000 le nombre de décès par Covid-19 en France en 2020, à partir des données de l’Insee, soit un delta de près de 8.000 avec les chiffres de l’Inserm.

« Une situation incompréhensible »

Ces chiffres sont encore provisoires, rappelle Le Monde : les certificats reçus représentent 97 % de ceux attendus pour les mois de mars à novembre 2020, et 90,6 % pour décembre (les analyses ne sont effectuées que lorsque le CépiDc a obtenu plus de 90 % des certificats attendus pour un mois donné, ce qui n’est pas encore le cas pour janvier, février et mars 2021).

Jean-Marie Robine, qui plaide pour un système réactif de suivi de la mortalité depuis la canicule de 2003, juge la situation actuelle incompréhensible. « Dans cette épidémie, on devrait pouvoir communiquer avec fiabilité sur les décès de la veille. La solution serait simple : rendre obligatoire pour tout médecin la certification électronique des décès dans les quarante-huit heures », martèle le démographe.