Les habitants des Hauts-de-France plus gros consommateurs de viande de chevaux maltraités ?

ANIMAUX L'association Welfarm dénonce une nouvelle fois les pratiques cruelles dans certains pays exportateurs de viande chevaline. Une viande dont les habitants des Hauts-de-France sont les premiers consommateurs en France

Mikaël Libert

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Un cheval dans un abattoir en Australie.
Un cheval dans un abattoir en Australie. — TSB/AWF
  • Welfarm, association de défense des animaux, dénonce la maltraitance subie par les chevaux destinés à l’abattoir dans certains pays du monde.
  • L’association interpelle les acteurs français de la grande distribution pour qu’ils cessent leur collaboration avec les pays visés.
  • La région des Hauts-de-France est la plus grosse consommatrice en France de viande chevaline.

En 2019, l'association Welfarm, qui agit pour la protection des animaux de ferme, dénonçait le «vrai visage» de la viande de cheval consommée en Europe, notamment en France et particulièrement dans les Hauts-de-France. Plusieurs pays exportateurs étaient visés pour les souffrances infligées aux chevaux destinés à l’abattage et l’association invitait les acteurs de la grande distribution à cesser leur collaboration avec eux. Trois ans plus tard, Welfarm a constaté que rien ou presque n’avait bougé.

Selon l'Institut français du cheval (IFCE), sur les 10.466 tonnes de viande chevaline importées en 2018 en France, 41 % proviennent d’Amérique (Uruguay 19 %, Argentine 13 %, Canada 9 %). Ce sont justement les pratiques constatées dans ces pays que Welfarm a dénoncés en 2019 et continue de dénoncer aujourd’hui. On ne va pas revenir dessus en détail, mais l’association énumère notamment « des centaines de chevaux agonisent dans les ''Champs de l’Horreur'' » en Argentine, des chevaux « saignés et découpés conscients » en Australie, le manque de nourriture et d’eau en Uruguay…

Une dizaine de supermarchés visités dans les Hauts-de-France

Enquêtes et vidéos à l’appui, Welfarm a donc alerté les distributeurs dès 2019. « Nous n’avons obtenu de réponse de personne, exception faite de Système U. Ce dernier a d’ailleurs entendu nos arguments et s’est engagé à ne plus référencer de viande de cheval en provenance de ces pays d’ici à 2022 », assure Adeline Colonat chargée de mission chez Welfarm. Faute de signe de la part des autres acteurs de la grande distribution, l’association est allée visiter, en février dernier, une dizaine de supermarchés de différentes enseignes dans les Hauts-de-France, première région française à consommer de la viande de cheval.

« Tous proposaient encore de la viande de cheval provenant d’Argentine et d’Uruguay. Dans certaines enseignes, l’origine n’était même pas mentionnée ou l’on pouvait lire ''élaboré en France'', ce qui ne veut rien dire », poursuit la chargée de mission. Par manque de moyens, Welfarm n’a pas fait le tour des boucheries chevalines artisanales, estimées au nombre de 500 en France. Sur les rares boutiques qui subsistent près de Lille, 20 Minutes en a contacté trois. Aucune ne s’approvisionne hors d’Europe : « La viande de ces pays, vendue sous vide, est de mauvaise qualité. Il reste peu de personnes qui mangent du cheval, on ne va pas en plus leur donner de mauvais produits », reconnaît un boucher chevalin lillois qui préfère rester anonyme.

« Ils ne peuvent plus dire qu’ils ne savaient pas »

Pourquoi la grande distribution s’entête-t-elle à maintenir ce marché de niche qui ne concernait, en 2019, que 9,4 % des foyers français ? « Ce n’est pas logique en termes d’image par rapport à ce que cela peut rapporter financièrement », reconnaît Adeline Colonat. Pour l’image, justement, les exportateurs ont inventé ''Respectful life'', une sorte de charte visant à garantir le bien-être des chevaux auprès des acheteurs.

« Sauf qu’elle n’est respectée que pour les audits dont les dates sont prévues », affirme Welfarm. L’association et l’ONG AWF/TSB ont recueilli des preuves de ce qu’elles avancent, consignées dans un rapport confidentiel remis aux acteurs de la grande distribution et que 20 Minutes a pu consulter. « Ils ne peuvent plus dire qu’ils ne savaient pas », estime Adeline Colonat.

Contactée à ce propos, la coopérative E.Leclerc a refusé de s’exprimer. Le groupe Auchan n’a pas (encore) donné suite.