Coronavirus en Ile-de-France : La région a-t-elle atteint son pic de contamination ?

EPIDEMIE Depuis le début du mois, le nombre de nouveaux cas positif au coronavirus est stable en Ile-de-France, voire en légère baisse mais reste à un niveau particulièrement élevé

Caroline Politi

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En Ile-de-France, les indicateurs baissent
En Ile-de-France, les indicateurs baissent — AFP
  • Selon les derniers chiffres disponibles, on compte désormais dans la région 664 nouveaux cas pour 100.000 habitants contre 686 une semaine auparavant.
  • A l’agence régionale de santé, on reste prudent sur les conclusions à tirer de cette baisse. « On a déjà eu des paliers qui sont finalement repartis à la hausse », fait-on remarquer. Mais certains indicateurs sont encourageants.

Peut-on y voir une lueur d’espoir ? Après avoir grimpé en flèche tout au long du mois de mars, dépassant même largement le pic de la seconde vague, le taux d’incidence en Ile-de-France, c’est-à-dire le nombre de nouveaux cas pour 100.000 habitants recensés sur 7 jours, semble avoir marqué le pas depuis la toute fin du mois de mars, voire amorcé une légère décrue en ce début avril. Selon les derniers chiffres disponibles, on compte désormais dans la région 664 nouveaux cas pour 100.000 habitants, contre 686 une semaine auparavant. Cette baisse ne saurait néanmoins cacher une situation particulièrement préoccupante : dans le Val-d’Oise, la région la plus touchée, et en Seine-Saint-Denis, l’incidence est deux fois supérieure à la moyenne nationale (404 cas pour 100.000 habitants).

« On reste extrêmement prudent sur l’analyse de ce plateau, confie-t-on au sein de l’Agence régionale de santé d’Ile-de-France. Pour l’instant, la situation reste trop précaire pour pouvoir tirer des conclusions, on a déjà eu des paliers qui sont finalement repartis à la hausse. » Certains indicateurs sont néanmoins encourageants, à commencer par le taux de positivité des tests en baisse, alors que les dépistages augmentent. De même, le taux de reproduction du virus – c’est-à-dire le nombre de personne qu’infecte en moyenne une personne positive – est désormais légèrement inférieur à la moyenne nationale. Il se situe autour de 1,13 dans la région contre 1,18 pour l’ensemble du territoire mais reste néanmoins supérieur à « 1 » ce qui signifie que l’épidémie progresse.

Réel freinage ou plateau haut ?

« Cette inflexion des nouvelles contaminations s’observe de manière relativement similaire dans les 19 départements qui ont été confinés le 19 mars », note Pascal Crépey, épidémiologiste à l’École des hautes études en santé publique. Ce soir-là, le Premier ministre, Jean Castex, avait notamment annoncé dans les départements dans lesquels les courbes s’envolaient, la fermeture des magasins non essentiels et l’interdiction de se déplacer à plus de 10 km à l’exception de « motifs impérieux ». « La question qu’on peut se poser, poursuit le chercheur, c’est de savoir si ces mesures sont suffisantes pour engager une réelle baisse ou si l’incidence va rester sur un plateau élevé jusqu’à ce que les dernières annonces, et notamment la fermeture des écoles, fassent effet. »

Depuis le début de la pandémie, on estime qu’il faut en moyenne une quinzaine de jours pour que des mesures de freinage aient un effet sur les courbes des contaminations et une dizaine de jours supplémentaire pour qu’elles influent sur l’hôpital. Et sur ce point, la situation est particulièrement précaire. Près de 8.000 patients infectés par le Covid-19 sont hospitalisés dans la région, dont 1.698 en soins critiques, là où la région est normalement pourvue de 1.150 lits. Si quelques signes d’infléchissement ont été observés cette semaine – les admissions à l’hôpital comme en réanimation ont légèrement ralenti –, ils nécessitent d’être consolidés. « Le pic hospitalier n’est pas encore passé, chaque jour, on enregistre plus d’entrées que de sorties », insiste-t-on à l’ARS. Le 7 avril, 532 patients souffrant du coronavirus ont été hospitalisés pour 428 sorties, parmi lesquels 72 décès. « Ce n’est vraiment pas le moment de relâcher la garde », insiste ce responsable sanitaire.