Euthanasie : « Nous ne lâcherons pas l’affaire », assure la députée Marine Brenier, qui défend la proposition de loi sur la fin de vie

INTERVIEW La proposition de loi vise à autoriser une aide active à mourir pour les patients atteints d’une maladie incurable sans aucun traitement pouvant les soulager

Propos recueillis par Elise Martin

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Marine Brenier à l'Assemblée nationale en février 2021
Marine Brenier à l'Assemblée nationale en février 2021 — J. Witt / Sipa
  • Marine Brenier, députée LR des Alpes-Maritimes de la 5e circonscription depuis 2016, fait partie des parlementaires qui portent cette proposition de loi.
  • 3.000 amendements, dont 2.300 de la part d’élus Les Républicains, ont été déposés compromettent l’adoption du texte.

Ce jeudi, l’Assemblée nationale examine un texte créant un droit à l’euthanasie pour les personnes souffrant d’une pathologie incurable. La semaine dernière, la proposition de loi a été adoptée en commission des Affaires sociales garantissant le droit à « une fin de vie libre et choisie ».

Marine Brenier, députée LR des Alpes-Maritimes, fait partie des sept parlementaires qui portent cette proposition de loi. Elle porte beaucoup d’espoirs en cette journée malgré les 3.000 amendements déposés, dont 2.300 par une poignée d’élus de son propre camp, qui risquent d’empêcher le vote final du texte. L’élue revient avec 20 Minutes sur la teneur de son combat depuis plus de quatre ans.

Comment appréhendez-vous cette journée à l’Assemblée nationale ?

Je la commence par un immense regret, celui d’avoir le sentiment qu’une minorité de députés veut confisquer un débat de fond sur un sujet majeur. C’est pour cette raison que j’ai signé avec 271 autres parlementaires une tribune publiée dans le JDD, pour dénoncer cette obstruction parlementaire. La proposition de loi a été déposée dans le cadre d’une « niche » du groupe Libertés et territoires. Le temps est donc limité et les débats ne pourront aller au-delà de minuit. Avec ce dépôt massif d’amendements, nous pouvons nous attendre à ce que nous ne puissions pas aller jusqu’au bout et qu’il n’y ait pas de vote final.

Quelles sont alors vos attentes concernant cette proposition de loi ?

J’ai l’ambition de croire que cette journée permettra de montrer au gouvernement que le Parlement a joué son rôle en se saisissant d’un sujet crucial pour la société. Un sondage de l'Ifop de 2019 révélait que 96 % des Français jugeaient que la législation française devrait autoriser les médecins à mettre fin, sans souffrance, à la vie des personnes qui en font la demande. La majorité des élus est favorable au texte. J’espère que le gouvernement saura respecter ce constat et donnera plus de temps législatif pour débattre. De plus, avec cette reconnaissance, nous ne serions plus obligés de passer par des « niches », ce que reprochent les opposants. Ce sera une manière d’avancer malgré tout. Ce qui est sûr, c’est que nous ne lâcherons pas l’affaire et que nous ferons tout pour que le texte soit déposé et étudié rapidement. Ce serait un déni démocratique de ne pas prendre en compte nos propositions. Nous sommes nombreux, de tous les bords politiques, à nous rejoindre sur la question de la fin de vie.

Pourquoi cette proposition de loi est-elle importante pour vous ?

C’est un sujet sur lequel je travaille depuis longtemps, déjà lors du précédent quinquennat. Élue députée, j’ai déposé une proposition de loi sur « l’aide active à mourir ». Je me suis recentrée sur cette question lors du début du confinement en rencontrant des personnes qui travaillaient sur le sujet, des médecins, des patients, des associations. J’ai également organisé un voyage parlementaire en Belgique, là où ce genre de texte est appliqué depuis près de vingt ans, pour me rendre compte de la façon dont ça fonctionne. Soit je revenais convaincue, soit j’avais des doutes et j’arrêtais tout. Finalement, avec Jean-Louis Touraine, député LREM du Rhône, ça nous a regonflés à bloc pour mettre ce sujet sur la table à l’Assemblée nationale et travailler dessus malgré l'opposition du Président de la République.

Le maire d’Antibes, Jean Leonetti, coauteur des deux dernières lois sur la fin de vie, craint une « transgression majeure » avec ce texte. Qu’en pensez-vous ?

Je comprends les arguments de Jean Leonetti. Il ne s’agit pas d’opposer ces lois mais d’imaginer plusieurs options et d’ajouter une aide médicale à mourir dans les soins palliatifs. Les lois Claeys-Leonetti clarifient l’usage de la sédation profonde et continue, jusqu’au décès. Le patient s’éteint tout seul et ça peut durer longtemps. Avec cette proposition de loi, la volonté est de répondre à toutes les situations pour éviter des souffrances causées par des maladies, notamment incurables. Toute personne capable majeure, en phase avancée ou terminale d’une affection grave et incurable, quelle qu’en soit la cause, provoquant une souffrance physique ou psychique qui ne peut être apaisée ou qu’elle juge insupportable, peut demander une assistance médicalisée pour mourir par une aide active. Nous n’enlevons rien, nous ne forçons personne, nous offrons juste un droit supplémentaire.