Marseille : Des signaux dans le cerveau du rat capables de prédire une addiction à la cocaïne ou à d’autres drogues

ADDICTION Des chercheurs de Marseille ont découvert chez le rongeur un signal dans le cerveau  pouvant prédire une vulnérablité aux addictions

Adrien Max

— 

De la cocaïne. (Illustration)
De la cocaïne. (Illustration) — Rex Features/REX/SIPA
  • Des chercheurs de l’Institut de neurosciences de la Timone ont enregistré une activité électrique particulière dans une partie du cerveau de rats présentant un comportement compulsif.
  • Ils se sont aperçus qu’en reproduisant cette activité électrique, les individus présentaient par la suite un comportement compulsif.
  • Il serait ainsi possible d’agir sur ce noyau subthalamique afin de prévenir ces comportements addictifs.

Un début de compréhension du mécanisme d'addiction chez certaines personnes ? Une équipe de neurobiologistes de l’Institut de neurosciences de la Timone, à Marseille, vient de publier sur le site du PNAS (Proceedings of the National Academy of Sciences of the United States of America) les résultats d’une expérience menée chez le rat pour comprendre le mécanisme d’addiction aux drogues​. 20 Minutes vous explique tout.

Le cadre de l’étude

Elle part d’un constat simple pour l’humain : comment comprendre ces comportements de type pulsion ? C’est-à-dire chercher à savoir pourquoi un consommateur de drogue continue d’en prendre en sachant l’effet néfaste pour sa santé. « Le meilleur exemple est le paquet de cigarette. Il y est écrit en gros que " Fumer tue ", et pourtant ça n’empêche pas les gens d’en acheter et d’en consommer. C’est cet aspect compulsif », cadre Mickaël Degoulet, chercheur au CNRS et l’un des auteurs de l’étude. Ils se sont donc demandé s’il était possible de trouver « une marque prédictive » au niveau du cerveau.

Etude chez le rat

L’équipe a étudié ce comportement chez les rats, en leur mettant à disposition de la cocaïne. Puis ils les ont aléatoirement punis au cours de leur recherche de drogue en leur appliquant un petit choc électrique sur les pattes. « Environ 2/3 des rats ont arrêté la recherche de drogue à cause de la punition. Mais environ 25 % continuaient malgré l’éventualité du choc électrique », explique le chercheur.

Le rôle du noyau subthalamique

Juste avant d’appliquer le protocole punitif, les chercheurs ont enregistré l’activité électrique au niveau du noyau subthalamique, une partie du cerveau. « Il est surtout connu pour son aspect moteur, c’est la cible privilégiée pour traiter la maladie de Parkinson », rappelle Mickaël Degoulet. Et ils ont enregistré au niveau de ce noyau une activité électrique particulière chez les rats accros, qui n’est pas présente chez les individus n’ayant pas cette attitude addictive. « Le noyau subthalamique envoie un signal avant et cette activité au niveau de ce noyau se transforme en comportement compulsif », avance-t-il.

L’activation de ce noyau rend addict

Pour confirmer cet aspect prédictif, les chercheurs ont étudié la signature électrique, « les basses fréquences d’oscillation », afin de la reproduire et de l’activer dans le noyau subthalamique des individus ne présentant pas de comportement compulsif. « Nous nous sommes rendu compte que les individus qui n’étaient pas compulsifs le devenaient après l’activation de cette zone. Et ce, malgré le protocole de punitions », souligne le chercheur. Cela confirme l’aspect prédictif de cette zone.

Les perspectives

Il est d’abord intéressant de remarquer qu’environ 25 % des rats étudiés développent une forme d’addiction, une proportion qui est sensiblement la même chez l''être humain. « Certains vont boire de l’alcool tous les week-ends sans plonger dans une addiction, et d’autres vont développer des comportements addictifs très rapidement », rappelle Michaël Degoulet. Le principal enseignement réside dans la possibilité d’influer sur cette zone. « La partie novatrice c’est cette signature prédictive, sur laquelle on peut agir en diminuant la compulsion chez les animaux en réduisant cette stimulation profonde. Surtout qu’on agit déjà dans cette zone pour la maladie de Parkinson. Reste aussi à savoir s’il est possible de détecter cette activité de façon non invasive, simplement en posant un casque avec des électrodes, qui pourrait détecter si un individu est plus vulnérable qu’un autre et donc suivre en amont cet individu et faire de la prévention », indique-t-il.

Vulnérabilité à d’autres drogues

L’étude s’est basée sur la consommation de cocaïne mais il semble indiqué que le noyau subthalamique réagit aussi avec d’autres drogues du type alcool, nicotine ou héroïne. « Il y a quelque chose d’intéressant, c’est de comprendre pourquoi cette activité pathologique apparaît chez certaines personnes et pas d’autres. Il y a un aspect sur la vulnérabilité, mais qu’est-ce qu’il se passe au niveau cellulaire, quel genre de récepteur ou neurotransmetteur sont activés pour mieux comprendre comment apparaissent ces signaux et comment ils rejoignent la prise de drogue », prévient Michaël Degoulet.