Bretagne : Chantiers bloqués et pollutions récurrentes à cause d’un assainissement défaillant

URBANISME Plusieurs épisodes de pollution ont été enregistrés ces derniers mois

C.A. avec AFP

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Illustration d'un lotissement en construction, ici près du Mans, dans la Sarthe.
Illustration d'un lotissement en construction, ici près du Mans, dans la Sarthe. — Gile Michel / SIPA

Il aura fallu en arriver là. En février, le préfet des Côtes d'Armor a pris la décision de geler les permis de construire dans 18 des 57 communes de l’agglomération de Guingamp-Paimpol. La raison ? La vétusté des réseaux de traitement des eaux usées et la non-conformité de bon nombre de stations d’épuration, qui débordent en cas de fortes pluies. Avouez que cela arrive régulièrement dans la région, et pas que sur les cons. Faute d’investissements, plusieurs territoires de Bretagne voient leurs installations se dégrader : les canalisations fuient et les raccordements des nouveaux habitants se font de manière de plus en plus anarchique, ce qui génèrent des pollutions régulières.

« En 2019, une station de l’agglomération a rejeté ses eaux usées pendant quatre-vingt-dix jours dans le fleuve côtier du Trieux », constate amèrement Dominique Le Goux, membre de l’association Eau et rivières de Bretagne. « Quand il pleut beaucoup, il y a régulièrement des intrusions d’eaux pluviales dans les stations qui voient arriver des volumes qu’elles n’ont pas la capacité de traiter, entraînant des rejets dans les rivières et des pollutions chroniques », raconte-t-elle.

Dans le Grand Ouest, les défaillances des réseaux d’assainissement sont régulièrement dénoncées par les conchyliculteurs, dont les coquillages filtreurs sont les premiers réceptacles involontaires de virus ou bactéries d’origine humaine présents dans l’eau. « L’assainissement, c’est notre bête noire. Les stations d’épuration ne sont ou pas bien dimensionnées ou pas bien étanches ou pas bien réalisées », reconnaît Philippe Le Gall, président du Comité national de la conchyliculture, qui évalue le préjudice annuel à « des millions d’euros ».

Seulement 22 % des zones ont une « bonne » qualité d’eau

L’Ifremer, qui surveille les marqueurs de contamination fécale dans 413 zones conchylicoles de France, a estimé que seules 22 % avaient une « bonne » qualité de l’eau en 2019, contre 72 % une qualité « moyenne ». « Sur nos 55 systèmes d’assainissement, 21 sont considérés à divers degrés comme non conformes, le travail est colossal », témoigne Gervais Egault, vice-président de l’agglomération Lannion Trégor Communauté, qui prévoit d’investir 96 millions d’euros jusqu’en 2025 dans l’assainissement.

Le problème de ces travaux très coûteux, c’est qu’ils sont « difficiles » et « peu valorisants » pour les élus, selon Gilles Huet, bénévole chez Eau et Rivières. « On défonce les rues pour des travaux sous terre, sans impact immédiat sur les gens comme une crèche, si bien que pendant longtemps, les collectivités ont fermé les yeux en continuant à attribuer des permis de construire », poursuit-il.

Mais le vent tourne. En décembre, le gouvernement a ordonné aux préfets de faire preuve de fermeté pour obliger les collectivités à respecter la directive européenne sur le traitement des eaux résiduaires urbaines. L’Hexagone étant déjà en infraction, « toute nouvelle infraction importante expose la France à d’importantes sanctions financières », prévient le gouvernement.