Bicentenaire de la mort de Napoléon : Retrouver un ancêtre soldat de la Grande Armée, ce n’est pas si compliqué

HISTOIRE Grâce à l’indexation collaborative opérée par des bénévoles, il est possible de retrouver des centaines de milliers de soldats de l’armée de Napoléon sans bouger de chez soi

Nicolas Stival

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Une reconstitution en 2016 du siège de Burgos, en Espagne, qui a opposé en septembre et octobre 2012 les troupes napoléoniennes dirigées par le général Dubreton à l'armée anglo-portugaise.
Une reconstitution en 2016 du siège de Burgos, en Espagne, qui a opposé en septembre et octobre 2012 les troupes napoléoniennes dirigées par le général Dubreton à l'armée anglo-portugaise. — Cesar Manso / AFP
  • A priori, retrouver un ancêtre ayant combattu dans les armées de Napoléon pourrait sembler extrêmement ardu, plus de deux siècles après la chute du Premier Empire.
  • Même si cela demande un travail généalogique préalable, il est possible de faire d’innombrables trouvailles sur Internet.

En cette année de bicentenaire de la mort de Napoléon, les commémorations — et les querelles — tournent essentiellement autour de l’action et de l’héritage de l’Empereur. Mais elles oublient souvent les centaines et les centaines de milliers de soldats qui ont parcouru l’Europe, du Portugal à la Russie, au sein de la Grande Armée de 1804 à 1815. Des hommes, souvent simples paysans, dont le corps et la mémoire ont parfois été engloutis dans une fosse commune, à des milliers de kilomètres de leur village.

En englobant la période révolutionnaire, près d’un million d’Européens seraient morts au cours de 25 années de guerre presque ininterrompus. « Dans une branche de votre famille, il y a forcément quelqu’un qui a participé de près ou de loin aux campagnes napoléoniennes », assène Jérôme Malhache, généalogiste professionnel et auteur du très précieux Retrouver un ancêtre soldat de la Révolution ou de l’Empire (éditions Archives & Culture). Il ne reste plus qu’à tenter de le (ou les) sortir de l’oubli.

Des outils de recherche qui se multiplient

A moins de descendre en droite ligne d’un maréchal de Napoléon, ou d’avoir hérité d’un sabre identifié, légué de génération en génération, la mission s’annonce moins aisée que pour un soldat de la Première Guerre mondiale. Mais elle est tout sauf impossible.

« Les recherches peuvent être facilitées par les outils qui se multiplient, observe Jérôme Malhache. Il existe un partenariat entre Mémoire des hommes [site du ministère des Armées] et la Fédération française de généalogie (FFG) sur la cavalerie, limité pour l’heure à quelques éléments de cuirassés, mais déjà intéressant. Et Mémoire des hommes a aussi un partenariat avec le site Geneanet qui porte sur l’infanterie de ligne et sur les unités composant la garde impériale.  »

Un exemple de registre matricule d'un soldat de la Grande Armée. Ce soldat gersois est mort au Portugal le 29 septembre 1810.
Un exemple de registre matricule d'un soldat de la Grande Armée. Ce soldat gersois est mort au Portugal le 29 septembre 1810. - Mémoire des Hommes

Ce dernier projet collaboratif constitue une mine d’informations avec une compilation de 943.000 matricules napoléoniens entre 1802 et 1815. Ces documents ont été indexés, c’est-à-dire rendus accessibles à n’importe quel internaute à partir de quelques mots-clés : nom et prénom, et si besoin en cas d’homonymie, nom et prénom du conjoint et commune d’origine. On y trouvera toute l’histoire et le profil d’un soldat, jusqu’à la couleur de ses sourcils ou même sa taille, au millimètre près.

Français, mais aussi Belges, Italiens…

Derrière ce travail de fourmi se cachent des bénévoles, dont Alain Brugeat. Ce Francilien de 71 ans, coordinateur du projet, passe entre 12 et 14 heures par jour à créer, collecter ou corriger des fiches, avec une base de bénévoles qu’il aimerait élargir, tant il reste du travail à abattre. « Je pense qu’au total, il doit exister 1,4 million de matricules à traiter, indique l’ancien informaticien de l’Education nationale. Bien sûr, il y a une majorité de Français, mais aussi des Belges, des Allemands, des Néerlandais, des Italiens… » Car les velléités expansionnistes de Napoléon ont allègrement débordé des frontières nationales actuelles…

Le travail de ce passionné - « avec mon fils, on a trouvé entre 8.000 et 9.000 ancêtres depuis le XVIe siècle, dont trois soldats napoléoniens »- et de ses collègues permet de retracer la trajectoire militaire de fusiliers ou de grenadiers par régiments entiers, depuis leur incorporation jusqu’à la fin de leur parcours militaire, parfois tragique.

Encore faut-il connaître un minimum son histoire familiale. « Un Lefèvre ou un Legrand, je vais vous en sortir 30 », sourit Alain Brugeat. Mieux vaut donc disposer de quelques informations supplémentaires pour retrouver un ancêtre, et connaître les différents patronymes qui peuplaient son arbre voici plus de 200 ans, pour ne pas passer à côté d’une trouvaille. Là encore, rien d’impossible tant les registres d’état civil français jusqu’à la Révolution sont faciles d’accès sans bouger de son fauteuil, quel que soit le département.

Merci Napoléon III

Autre piste de recherche : le site consacré aux médaillés de Sainte-Hélène. Cette récompense a été créée par Napoléon III en 1857 pour honorer les survivants des batailles déclenchées par son oncle. Environ 400.000 grognards encore vivants plus de 40 ans après Waterloo étaient concernés. Cette base de données en recense près de 220.000, avec leurs états de service. Il est également possible de consulter la base Léonore, qui compile les récipiendaires de la Légion d’Honneur, créée en 1802 par celui qui n'était encore que le Premier consul Napoléon Bonaparte.

Et si, malgré tout ce travail abattu, le généalogiste amateur fait chou blanc ? Pas de panique, il reste encore la méthode « à l’ancienne » pour trouver un éventuel soldat de l’Empire, passé entre les mailles car il faisait par exemple partie d’une arme encore non indexée, comme le génie ou l’artillerie : commencer par repérer les aïeux nés à la fin du XVIIIe siècle, puis quitter son siège et son ordinateur (après le confinement, donc) pour suivre les conseils de Jérôme Malhache.

Un petit tour aux archives

« Comme mon ancêtre a été conscrit, je vais consulter les archives de la conscription pour essayer d’identifier l’unité dans laquelle il a servi, détaille le généalogiste. Je commence par les Archives départementales en série R [affaires militaires et organismes en temps de guerre] et puis après, si j’ai la chance de découvrir l’unité, ma recherche se terminera au SHD [Service historique de la Défense] de Vincennes. »

Attention, tous les soldats d’une classe d’âge ne sont pas partis combattre, malgré la mise en place en 1798 d’une « conscription universelle et obligatoire » pour les Français de 20 à 25 ans. Sans même parler des nombreux réformés, des quotas de conscrits étaient définis par canton, avec un tirage au sort que contournaient certaines familles — généralement les plus riches — en payant un remplaçant qui partait combattre à la place de l’héritier.

De document en document, le ou la généalogiste amateur se transforme en détective et en machine à remonter le temps. Avec souvent, au bout de l’enquête, une satisfaction teintée d’émotion : celle de faire revivre la mémoire d’un ancêtre oublié, à l’existence bouleversée, voire broyée, par la grande Histoire.

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