Perpignan : Affublé d'un saint, le nouveau logo de la ville de Louis Aliot ne fait pas l'unanimité

IDENTITE VISUELLE Moins d'un an après son élection, le maire a changé l'identité visuelle de sa commune

Nicolas Bonzom
Le nouveau logo de la ville de Perpignan
Le nouveau logo de la ville de Perpignan — Ville de Perpignan
  • La ville de Perpignan a changé son logo : il n’arbore plus le Castillet, son ancienne porte médiévale, mais un saint, portant un agneau dans ses bras.
  • Cette nouvelle identité visuelle est dénoncée à gauche, comme à droite.
  • Sa réalisation est également pointée du doigt, et les réseaux sociaux s’en sont emparés : plusieurs détournements du logo ont été postés, ces dernières heures.

Saint Jean-Baptiste, tenant un agneau dans ses bras, sous le feu d’une lumière divine : le nouveau logo de la ville de Perpignan (Pyrénées-Orientales), dirigée depuis dix mois par Louis Aliot (RN), est (très) loin de faire l’unanimité.

Cette nouvelle identité visuelle a ainsi abandonné l’image du Castillet, l’ancienne porte médiévale de la ville, qui incarnait Perpignan depuis plusieurs décennies, pour renouer avec l’esprit de son premier blason. La croix que tenait à l’origine le saint a cependant été remplacée par un bâton de pèlerin. « Je voulais moderniser le blason en lui donnant son ancrage historique, se défend Louis Aliot. C’est notre culture, la catalanité est très liée à la religion. Il n’y a pas plus catalan que Sant Joan », la traduction catalane de Saint Jean-Baptiste. « Une tradition séculaire reconnue par tous, et ceci bien au-delà des croyances particulières qui appartiennent à chacun », assure la ville de Perpignan, qui n’est désormais plus « la catalane », mais « la rayonnante » sur son nouveau logo.

« Une image ostensiblement religieuse »

A gauche, le retour d’un symbole religieux dans le logo fait bondir. EELV Pays catalan déplore « une image ostensiblement religieuse, jusqu’au criard ». « Insidieusement mais sûrement, l’idéologie de l’extrême droite nationaliste française fait son chemin dans notre cité et marque son territoire », alerte le parti catalaniste local, Unitad Catalana.

Louis Aliot prend « en otage de son délire identitaire les Perpignanais en leur faisant partager son histoire post-coloniale, regrette le mouvement Oui au pays catalan, qui souhaite que soit organisé à ce sujet un référendum populaire. Quel est l’objectif d’une pareille opération médiatique ? [Louis] Aliot cherche peut-être à provoquer des affrontements entre catalanistes, catholiques, agnostiques, gauchistes… »

« Ringard »

A droite, aussi, le saint et l’agneau font des vagues. « Ce logo est esthétiquement ringard, politiquement et socialement réducteur, avec le retour des symboles religieux », gronde Jean-Paul Alduy (divers droite), qui fut maire de Perpignan de 1993 à 2009. Le groupe d’opposition municipale LR condamne un « logo suranné », estimant que « Sant Joan a ici des airs de gaulois mal fagoté, pour ceux qui l’ont reconnu. Les autres, moins initiés, se demandent ce que fait Jésus sur le logo, dans un pays laïc, en 2021 ».

Dans ce logo, les couleurs bleu, blanc et rouge se mêlent également aux traditionnels rouge et jaune du drapeau catalan. Et ça aussi, ça fait des vagues. De son côté, Louis Aliot indique qu’il voulait « qu’en plus des valeurs catalanes, il fasse référence à la République française ». Le maire RN assure, par ailleurs, avoir reçu « de très nombreux messages de soutien » quant à ce changement d’identité visuelle. Notamment celui de Jean-Paul Garraud (RN), candidat aux régionales, qui parle d’un « superbe logo ».

Un « visuel daté »

Mais si le symbole religieux est au cœur de la polémique, ses détracteurs pointent aussi la qualité de sa réalisation, confiée à un artiste local. Sur Facebook, l’artiste perpignanais Steve Golliot-Villers pointe un « visuel daté, quelque part entre les années 1950 et 1960 ». « Ce genre d’autocollant que nos grands-parents collaient à l’arrière de leur 404 Peugeot, avec une pointe d’années 1990 pour les dégradés, que l’on mettait à toutes les sauces à l’époque grâce aux nouvelles fonctionnalités de Photoshop », écrit-il.

Et le nouveau logo n’a pas manqué d’être détourné, sur les réseaux sociaux : le saint est notamment remplacé par le Mandalorian, de Star Wars, tenant bébé Yoda dans ses bras ou par le héros du dessin animé franco-japonais des années 1980, Ulysse 31.