Coronavirus en Ile-de-France : « J’ai pas très envie d’aller me faire piquer à l’hôpital »… A Nanterre, un bus pour vacciner dans les quartiers

REPORTAGE Dans les Hauts-de-Seine, un bus sillonne les quartiers populaires pour inoculer le vaccin aux populations qui peinent à suivre le circuit classique

Caroline Politi

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204 doses de vaccin Pfizer seront injectés ce jjeudi dans le bus de la vaccination à Nanterre.
204 doses de vaccin Pfizer seront injectés ce jjeudi dans le bus de la vaccination à Nanterre. — 20 Minutes/Caroline Politi
  • Un bus transformé en vaccinodrome ambulant sillonne les quartiers populaires des Hauts-de-Seine. Jeudi, il a fait escale à Nanterre.
  • 204 doses de vaccin Pfizer ont été injectés. 
  • Malgré l'attente, l'initiative a été saluée par de nombreux habitants.

Il est à peine 10 heures et, déjà, une longue file d’attente s’étire devant la place du marché à Nanterre. Ce jeudi matin, pourtant, les étals sont vides, les commerçants absents, les caddies ont été remisés au placard. « J’ai reçu un papier dans ma boîte aux lettres me disant qu’il y avait une possibilité de se faire vacciner sans rendez-vous, je ne voulais pas rater cela », explique Jean-Michel, 75 ans, qui patiente depuis 8 h 45.

Voilà plusieurs semaines que le retraité espère se voir inoculer le précieux sérum contre le Covid-19, mais peine à trouver un rendez-vous. Il est sur liste d’attente depuis le mois de février et n’a jamais été rappelé. Son fils n’est pas non plus parvenu à lui dégoter un créneau sur Doctolib. « Et puis, j’ai pas très envie d’aller me faire piquer à l’hôpital, parce que je pourrais l’attraper là-bas », souffle-t-il.

204 doses disponibles ce jeudi

Depuis mardi, la préfecture des Hauts-de-Seine et l’Agence régionale de santé d’Ile-de-France ont mis en place un bus transformé en vaccinodrome ambulant pour aller à la rencontre des habitants des quartiers populaires qui peinent parfois à suivre le chemin traditionnel de la vaccination. Après Villeneuve-la-Garenne mercredi et avant Bagneux vendredi, c’est dans le chef-lieu des Hauts-de-Seine, à deux pas des hautes tours du quartier du Chemin de l’Ile, qu’il fait étape pour la journée.

Parmi les 204 doses disponibles ce jeudi, la moitié est accessible sans rendez-vous. Les autres sont réservés à des habitants qui se trouvaient sur la (très) longue liste d’attente dressée par la municipalité. Parmi les 600 noms, une centaine de personnes ont été contactées : les plus âgés et les habitants des quatre principaux quartiers populaires de Nanterre.

« On me disait toujours qu’on allait me rappeler mais j’attends toujours »

« Il ne suffit pas d’ouvrir la vaccination pour que les gens des quartiers populaires s’y rendent, insiste le maire (DVG) Patrick Jarry. On sait depuis longtemps qu’en matière de santé, pour une réelle égalité, il faut aller au-devant de certaines populations plus éloignées de l’offre de soin, les accompagner. »

Selon son équipe, dans les quartiers populaires de la ville, le pourcentage des personnes cibles vaccinées – c’est-à-dire les plus de 70 ans et celles souffrant de comorbidités – dépasse à peine les 10 % là où il est de 25 % dans le centre-ville ou du côté du Mont Valérien. Abdel, 76 ans dont 40 passés au Chemin de l’Ile, avait presque renoncé à prendre rendez-vous, découragé après plusieurs vaines tentatives. « On voit à la télévision des gens se faire vacciner mais je ne sais pas comment ils ont fait, c’est impossible. » Alors cette opération, dont il a entendu parler par bouche-à-oreille, est pour lui une aubaine.

La file d'attente serpente à travers les allées du marché
La file d'attente serpente à travers les allées du marché - 20 Minutes/Caroline Politi

Jusqu’à trois heures d’attente

Le circuit est bien rodé : après un rapide entretien avec les agents municipaux – notamment pour s’assurer que les candidats sont bien éligibles – les habitants font la queue entre les stands vides pour accéder au rendez-vous pré-vaccinal. Dans la file, certains râlent : pour accéder au premier entretien, il faut parfois deux à trois heures.

« C’est la pagaille, souffle Jeannine, 82 ans. Pourquoi ils ont donné des rendez-vous à certains et pas à d’autres ? C’est injuste. » La mairie assume ce choix : en accordant une moitié de rendez-vous ciblée, elle s’assure que des populations prioritaires recevront une dose. Une fois le rendez-vous passé, la suite est plus fluide : trois sapeurs-pompiers se relaient pour piquer puis les volontaires de la protection civile surveillent pendant un petit quart-d’heure les nouveaux vaccinés. « Même si on attend deux heures, on aurait attendu deux semaines, peut-être deux mois, pour avoir le vaccin sans ce bus donc ça vaut le coup », sourit Michel, quelques instants après avoir reçu sa dose.

« Si ça avait été de l’AstraZeneca, je n’y serais pas allée »

L’opération a également poussé certains sceptiques à sauter le pas. Jeanne, 85 ans, reconnaît qu’elle a longtemps hésité. Les vaccins à ARN messager, puis les polémiques autour de l’AstraZeneca l’inquiétaient. A quelques mètres d’elle, Khadija, 81 ans, abonde. « La nouveauté, ça n’a pas toujours du bon. Et puis moi, je suis chez moi, je fais attention. »

Finalement, l’une comme l’autre ont été rassurées par les millions de doses déjà injectées. « Mais si ça avait été de l’AstraZeneca, je n’y serais pas allée, je ne veux pas qu’on me mettre n’importe quoi dans le corps. » Dans quatre semaines, le 29 avril, le bus reviendra au même endroit, pour injecter la seconde dose cette fois.