Coronavirus : « Mascarade de débat », « poisson d'avril »... A l'Assemblée, l'opposition étrille l'exécutif et boycotte le vote sur les mesures sanitaires

FRONDE Les députés de l'opposition ont vivement critiqué la stratégie vaccinale de l'exécutif et n'ont pas participé au vote sur les mesures annoncées mercredi soir par le chef de l'Etat

Thibaut Le Gal

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Jean-Luc Mélenchon en grande forme à la tribune.
Jean-Luc Mélenchon en grande forme à la tribune. — Jacques Witt/SIPA
  • L’Assemblée nationale a approuvé jeudi par 348 voix contre 9 les nouvelles restrictions annoncées par Emmanuel Macron face à l’épidémie de Covid-19.
  • La quasi-totalité de l’opposition a boycotté le scrutin en dénonçant « une mascarade de débat ».
  • Les opposants ont fustigé au passage la « lenteur » de la vaccination et critiqué la gestion sanitaire du chef de l’Etat.

« Piétinement du Parlement », « humiliation », « poisson d’avril macroniste »… L’opposition avait prévenu qu’elle ne retiendrait pas ses coups et que le gouvernement allait passer une matinée difficile ce jeudi à l’Assemblée nationale. La promesse a été tenue.

A 9 heures, Jean Castex a pris la parole devant un hémicycle pas totalement rempli, au lendemain des nouvelles restrictions annoncées par Emmanuel Macron pour lutter contre l’épidémie de coronavirus. « Une fois encore, le pays est confronté aux morsures de cette crise sanitaire. Une fois encore, nous devons faire face », a lancé le Premier ministre, évoquant une « troisième vague qui nous frappe durement ». Prémices des vifs échanges à venir, le chef du gouvernement a été chahuté lorsqu’il a défendu la campagne de vaccination, qui « progresse et s’amplifie chaque jour ».

« Ce débat est une parodie, le parlement est un paillasson »

« En montant à la tribune, je me suis posé la question de savoir ce que nous venions faire ici : je me disais que nous serions plus utiles dans nos circonscriptions », a tranché d’emblée Pascal Brindeau, chef des députés UDI et indépendants. « Quel sens donner au vote qui suivra les débats ? Aucun, aucun ! », a abondé Bertrand Pancher, pour le groupe Libertés et territoires, alors que le gouvernement n’a pas engagé sa responsabilité sur ce vote. « Si nous sommes en guerre, pourquoi ne pas avoir organisé l’union nationale ? Ce débat est une parodie, le Parlement est un paillasson. Nous faisons donc le choix de ne pas participer à ce simulacre », a-t-il poursuivi.

Ce jeudi matin, c’est bien Emmanuel Macron qui a été la cible principale des flèches. Et celles-ci sont devenues un peu plus virulentes lorsque Jean-Luc Mélenchon s’est avancé vers la tribune. « C’est vraiment le 1er avril aujourd’hui ! Et la blague du jour est cette nouvelle mascarade. Cette réunion est une honte pour le Parlement français, elle ne sert à rien, n’aura aucune conséquence, tout est déjà décidé et nous ne sommes invités que pour venir acclamer le monarque présidentiel, et meilleur virologue de France, paraît-il… », a ironisé le tribun insoumis.

En grande forme, le candidat à la présidentielle a dénoncé « un mauvais poisson d’avril. Et comme tous les poissons, il pourrit par la tête ! ». L’élu communiste André Chassaigne était sur la même ligne lorsqu’il a dénoncé « cette convocation, marque du mépris le plus absolu du monarque pour le Parlement et à l’endroit du peuple ».

La stratégie vaccinale, matraquée à gauche comme à droite

La stratégie vaccinale du gouvernement a également été la cible de l’ensemble de l’opposition. « Il y a un an, nous étions confinés car il n’y avait pas assez de masques et de tests. Il y a quatre mois, nous étions confinés car la promesse d’augmenter le nombre de lits en réanimation n’était pas tenue. Aujourd’hui, c’est parce que la vaccination est lente et chaotique », a fustigé Damien Abad, le patron des élus LR. « Nous ne croyons plus vos annonces », a enchaîné Valérie Rabault. « Le 3 décembre dernier, vous annonciez que 15 millions de personnes seraient vaccinées avant le printemps. Fin mars, nous y sommes, et huit millions seulement ont reçu une première dose », a regretté la cheffe de file des élus socialistes. « Dans une situation qui tourne au chaos sanitaire et économique, le pays a davantage besoin d’être conduit que d’être ingénument rassuré », a plaidé de son côté Marine Le Pen.

Face aux attaques, la majorité a fait le dos rond. Christophe Castaner, patron des macronistes, a dénoncé « la haine et la lâcheté » des oppositions, et leurs « effets de tribune ». « Vous avez été élus pour voter et pas pour déserter ! Surtout dans les temps que nous vivons ! », a ajouté son collègue du MoDem, Patrick Mingola.

Jean Castex, visiblement agacé, a répondu avec une véhémence peu commune, qu’il n’y avait « aucun mépris de la représentation nationale », et jugé « indigne » les critiques sur la vaccination. La majorité s’est levée pour l’applaudir, avant d’approuver par 348 voix (contre 9) les nouvelles restrictions annoncées par Emmanuel Macron mercredi soir.