Vénissieux : Cinq secondes et la barre Monmousseau aux Minguettes sera définitivement rayée du paysage

RENOUVELLEMENT URBAIN Cette barre de logements HLM, construite à la fin des années 60 dans le quartier des Minguettes à Vénissieux, sera dynamitée vendredi matin

Caroline Girardon
La barre Monmousseau du quartier des Minguettes à Vénissieux sera dynamitée vendredi.
La barre Monmousseau du quartier des Minguettes à Vénissieux sera dynamitée vendredi. — Lyon Drone Service
  • La barre Monmousseau, qui comprend 197 anciens logements locatifs, sera dynamitée vendredi matin à Vénissieux.
  • Cette opération symbolisera le lancement de la deuxième phase de renouvellement urbain des quartiers des Minguettes.
  • Ce projet d’envergure a été lancé en 2005 et devrait s’achever en 2035.

Il faudra à peine cinq secondes pour qu’elle disparaisse définitivement du paysage. Vendredi matin, la barre Monmousseau, érigée dans le quartier des Minguettes de Vénissieux, sera dynamitée. Quinze étages et 197 anciens logements locatifs vont s’effondrer avec fracas pour s’évaporer dans un immense champignon de fumée. Il ne restera donc plus rien de cet imposant bâtiment de 110 mètres de long. Si ce ne sont les souvenirs de ceux qui y ont résidé.

Construite dès 1967 et habitée deux ans plus tard, la barre symbolise les vestiges d’un quartier ayant perdu de sa superbe au fil des décennies. Le temps des repas partagés entre voisins, de la fraternité, de la tranquillité et de l’insouciance est désormais loin. Très loin. Le basculement est intervenu au début des années 1980 lors des premières émeutes urbaines. Le visage du quartier a changé et son image, profondément écornée, n’a cessé de se détériorer.

« Le nec plus ultra à l’époque »

« Il faut savoir qu’à l’époque, les Minguettes c’était le nec plus ultra. Les logements étaient spacieux, confortables », soulève Mourad Aba, directeur construction acquisition d’IFC Habitat Sem, le bailleur. Le but était d’offrir aux ouvriers des appartements de qualité à prix modéré. Ils permettaient ainsi aux locataires d’avoir une salle de bains et des toilettes privatives. Un luxe dans les années 1960.

« Ces immeubles étaient issus d’une réflexion d’après-guerre. Des grands ensembles ont poussé partout en France. Les Minguettes en sont un exemple. Mais à cette époque, l’urbanisme était fondé sur le quantitatif. Il fallait faire vite à moindre coût », pointe néanmoins Sophie Matrat, présidente du directoire IFC Sud-Est Méditerranée. La barre Monmousseau, comme ses constructions voisines, a fini par accuser le poids des années. Les isolations thermiques et phoniques étaient fortement décriées. Sans parler des pannes d’ascenseur à répétition, mais pas seulement.

« La réhabilitation des lieux n’était pas envisageable car elle coûtait bien trop cher, notamment parce que les matériaux de construction sont très amiantés », soulève Mourad Abad. L’opération s’est d’ailleurs révélée délicate. Les travaux de désamiantage se chiffrent à 4 millions d’euros et représentent à eux seuls les deux tiers du coût de démolition de la barre.

L’opération de renouvellement urbain prévue jusqu’en 2035

Les occupants de l’immeuble ont quitté les lieux en 2018. 55 % des locataires ont été relogés sur Vénissieux et 38 % dans la métropole lyonnaise. Les autres ont changé de département. Et deux ménages ont accédé à la propriété. « Parmi tous ces gens, il y avait encore des habitants de la première heure. Mais ils étaient peu nombreux, précise Sophie Matrat. Il y a eu beaucoup de renouvellements au fil des années ».

La démolition de la barre Monmousseau permettra de casser symboliquement la frontière pouvant exister entre le centre de Vénissieux et les Minguettes, nichées sur les hauteurs de la ville. Il actera aussi le lancement de la deuxième phase de renouvellement urbain du quartier entamé en 2005. En l’espace de 15 ans, 1.600 logements ont déjà été détruits et 2.600 réhabilités. Le quartier, très longtemps enclavé, est désormais desservi par la ligne de tramway T4. Mais il reste encore beaucoup à faire.

Les tours 71, 38 et 40 suivront le chemin de la barre Monmousseau dans les prochaines années. Le nouveau plan de renouvellement urbain, chiffré à 555 millions d’euros, devrait être achevé à l’horizon 2035. Il prévoit la démolition de 886 logements, la réhabilitation de près de 2.000 appartements et la construction de 1.200 nouveaux logements ainsi que la réalisation de plusieurs équipements publics.