Nice : Les étudiants « veulent faire bouger les choses » face au harcèlement de rue

INSECURITE Près d’une femme sur cinq a déclaré avoir été victime de harcèlement sexuel dans un espace public  

Elise Martin

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Visuel illustrant du harcèlement de rue, issu de la formation Stand Up par la Fondation des femmes et l'Oréal Paris
Visuel illustrant du harcèlement de rue, issu de la formation Stand Up par la Fondation des femmes et l'Oréal Paris — Stand Up L'Oréal Paris
  • Des formations proposées par L'Oréal Paris en collaboration avec Hollaback et la Fondation des Femmes permettent de se saisir du problème du harcèlement de rue et d'agir pour aider les victimes. 
  • L'association Right to walk de l'Edhec Nice a focalisé ses actions sur ce problème et espère passer par la sensibilisation et l'éducation pour faire cesser ces comportements.

« On était sur la plage, à Nice, avec un groupe de copines, raconte Nine dans une vidéo sur le compte de Right to walk. Durant la soirée, on s’est rendu compte qu’un groupe d’hommes nous observait. Quand on a voulu rejoindre notre Uber pour rentrer, ce même groupe nous a suivies et a commencé à nous encercler. On a couru et on a toqué à toutes les portes d’hôtels ». Pour Ilona, c’était « un homme sur la promenade des Anglais » qui lui « a craché dessus » parce qu’elle « ne répondait pas à ses avances ».

Chaque vendredi, sur Instagram, cette association de l’Edhec « donne la parole aux femmes en publiant leur témoignage pour que tout le monde prenne conscience de la nécessité de changer les choses », indique Zacharie Di Pietro, un des fondateurs.

« Quand je suis arrivé à Nice, j’ai été surpris du nombre de femmes dans mon entourage qui avaient déjà subi ce genre de situation, indique-t-il. Toutes, absolument toutes, avaient une histoire de harcèlement de rue, c’était choquant. Avec quatre camarades, on a alors décidé de mener notre projet scolaire autour de cette cause qui nous tenait à cœur et de créer Right to walk. Pour nous, le moyen le plus efficace de pallier ce problème est de passer par la sensibilisation et l’éducation ».

Un programme « concret avec des résultats »

À 17 h, ce jeudi, les étudiants pourront également bénéficier d’une formation « StandUp ». Il y a un an, L’Oréal Paris a monté ce programme « concret qui donne des résultats » avec l’ONG Hollaback, qui œuvre déjà sur les campus universitaires aux Etats-Unis et la Fondation des Femmes. « On propose la méthode des « 5D » : distraire, déléguer, documenter, diriger et dialoguer. Ce sont cinq gestes simples mais efficaces pour intervenir en toute sécurité. Qu’on soit victime ou témoin, ça nous concerne tous », précise Sophie Le Corre, directrice de la communication de l’entreprise.

En 2019, L’Oréal Paris a lancé une enquête internationale avec Ipsos sur « les causes à combattre au quotidien en tant que femmes » et c’est le harcèlement de rue qui est arrivé en premier. « 81 % des femmes qui ont répondu avaient déjà vécu du harcèlement de rue. Vu le nombre de personnes que cela concernait, on a voulu mettre en place un dispositif pour aller plus loin et agir. La marque a toujours voulu accompagner les femmes dans leur émancipation », indique Sophie Le Corre.

Seulement 20 % des femmes victimes aidées au moment du harcèlement

« Le sondage a révélé que seulement 20 % des femmes victimes ont été aidées au moment du harcèlement, continue la directrice de communication. La majorité des personnes témoins auraient aimé faire quelque chose mais ne savaient pas réellement quoi. On s’est alors focalisé sur cette demande pour créer le programme ».

Il existe deux manières de se former grâce à « StandUp » : en dix minutes sur le site ou de manière plus approfondie avec une professionnelle de la Fondation des Femmes avec laquelle il est possible d’interagir. « La session dure environ 1 h, précise Mélanie Suhas responsable du projet. C’est ensuite découpé en quatre étapes : la formatrice chargée de prévention redonne le concept de harcèlement de rue, explique les conséquences et les impacts, expose la méthode « 5D » et une partie simulation clôture la formation ».

« Il est temps que chacun se saisisse de la question »

Les étudiants sont une cible « logique ». La responsable développe : « Il nous semble important de toucher ce public. Même si toutes les tranches d’âge sont concernées, les femmes de moins de 35 ans sont les premières victimes. En plus, on sent que génération est réceptive et en demande. On le voit avec d’autres mouvements féministes ou écologiques. C’est une génération qui veut faire bouger les choses et se sentir capable d’agir en plus de réagir ».

Un sentiment partagé par Aude Novial et Enzo Gode, les responsables du pôle prévention de la Face06 qui coorganisent l’événement. « On a tellement pris conscience des choses qu’en tant que femme, on adapte nos manières d’agir dans l’espace public, lance Aude Novial. Maintenant, il est temps que chacun se saisisse du problème, même en tant que témoin ». Elle rappelle : « La formation n’est pas réservée qu’aux femmes. Il faut que le plus d’étudiants possible utilisent cette opportunité pour en parler et que ce problème cesse petit à petit ».