« Je n’ai plus aucune perspective d’évolution... » Ils racontent leur difficile retour à l'emploi après un cancer

TEMOIGNAGES Des internautes de 20 Minutes racontent leurs difficultés à poursuivre leur vie professionnelle, après avoir affronté la maladie

Julie Urbach
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Illustration d'un homme qui travaille sur un ordinateur
Illustration d'un homme qui travaille sur un ordinateur — CLOSON/ISOPIX/SIPA
  • Ignorance de ses supérieurs, poste modifié, fatigue… Les difficultés du retour à l’emploi sont souvent nombreuses pour les salariés ayant lutté contre le cancer.
  • De plus en plus d’acteurs tentent de remédier à la situation, comme les CHU de Nantes, d’Angers, et l’institut de Cancérologie de l’Ouest qui viennent de signer une charte.

« Mes absences régulières dues à mon traitement ont fait perdre la confiance que ma hiérarchie avait envers moi. » Comme pour Stéphane, 54 ans, le cancer occasionne souvent de grosses difficultés dans la vie professionnelle de ceux qui en souffrent. Un aspect de la maladie peu abordé mais bien réel : sur 1.000 nouveaux cas diagnostiqués chaque jour, en France, 400 concerneraient des personnes en activité professionnelle. Près de 30 % d’entre elles perdraient ou quitteraient leur emploi et seulement une personne sur trois, au chômage au moment du diagnostic, retrouverait un poste.

Pour tenter d’y remédier, l’institut du cancer a lancé la charte « Cancer et emploi », signée il y a quelques jours par les CHU de Nantes, d’Angers et l’institut de Cancérologie de l’Ouest et « de grosses entreprises » du territoire. Le document repose sur onze engagements, dont le premier est de « maintenir un lien avec le salarié absent ». Indispensable pour Nadine, 51 ans, qui a répondu à l’appel à témoignages de 20 Minutes : « On m’a totalement ignorée pendant un an d’arrêt, regrette la gestionnaire comptable. Pas un geste, pas un mot… Je n’ai pas pu revenir sur mon poste car le service avait été réorganisé sans moi. Je n’ai plus aucune perspective d’évolution pour les dix prochaines et dernières années de ma carrière. »

Gérer le retour, connaître les séquelles

Comment éviter ces situations ? « Il faut construire un véritable parcours en adéquation avec le projet du salarié, estime le professeur Yves Roquelaure, du CHU d’Angers, coordonnateur du programme de recherche Rework-Qo. La visite de pré-reprise est un élément-clé. Il est aussi conseillé de nommer et de former un référent dans l’entreprise. » Mathieu, 40 ans, en aurait eu bien besoin. Après plusieurs mois d’absence, en 2016, il a réintégré sa TPE mais entre-temps, son patron avait démissionné et son bureau déménagé. « Aucun dispositif d’accueil n’avait été prévu, se souvient-il. Je ne savais même plus ce que je devais faire, toutes mes fonctions ayant été redistribuées : j’ai dû pratiquement refaire mes preuves et me créer un poste. » « Vous avez l’impression de ne plus faire partie de l’entreprise, estime Didier, dont l’arrêt maladie a duré trois ans. Des collègues vous croisent mais avec 15 kg de moins, ils ne vous reconnaissent plus. »

Au-delà de la gestion du moment du retour, les employeurs doivent aussi être sensibilisés aux potentielles séquelles, comme la fatigue ou les troubles cognitifs, insiste la charte « Cancer et emploi » (des start-up comme We care at work peuvent les y aider). Alors que certains internautes rapportent avoir été purement et simplement licenciés pour inaptitude, d’autres regrettent des réflexions suscitées par leurs aménagements de poste. « Après un an d’absence pour un cancer de l’ovaire, j’ai repris en mi-temps thérapeutique et le directeur régional m’a demandé le lendemain sur le parking : « quand est-ce que vous arrêtez votre cinéma ? Il serait temps de reprendre à plein temps », raconte Cécile, alors employée de banque, qui a depuis démissionné.

Agathe, qui s’est battue contre un cancer du sein à 31 ans, a quant à elle essayé de reprendre le rythme mais ce fut « l’échec de trop ». Elle a dû s’arrêter trois mois après. « Après autant de fatigue, un corps mutilé, la poursuite d’un traitement qui génère des effets secondaires, j’ai fait une dépression réactionnelle à mon cancer. Après un an d’antidépresseurs et une thérapie, je souhaite reprendre mon travail d’assistante sociale que j’adore. Mais cette fois, je connais les limites, j’entame des procédures pour reprendre à mi-temps. »

Reprendre « à son rythme »

Car si la reprise d’une activité est évidemment importante sur le point de vue financier, elle permet au patient, quand elle se passe bien, « de retrouver une vie la plus normale possible ». C’est le cas de Sylvain (prénom d’emprunt), qui remercie « ses managers humains » pour avoir gardé le contact et lui avoir permis de reprendre « à son rythme », « sans problème de culpabilité ». Moins d’un an après la découverte de son cancer, en février 2020, ce cadre dans l' informatique a déjà pu reprendre son poste à 100 % « J’ai bien conscience qu’un retour aussi rapide n’est pas habituel et que la bienveillance de mes supérieurs est quelque chose d’assez rare, écrit-il. Mais cela existe encore. »

Pour Isabelle aussi, les choses se terminent bien, malgré « des douleurs qui persistent ». La maladie lui a permis d’engager une reconversion professionnelle. « C’est toute ma conception de la vie qui a été bousculée, confie-t-elle. Aujourd’hui, je suis prof des écoles et ne regrette rien. »