Coronavirus : Risque d’une « fracture générationnelle » entre jeunes et vieux, alerte les « Petits frères des pauvres »

EPIDEMIE L'association plaide pour le développement d'«initiatives intergénérationnelles»

20 Minutes avec AFP
— 
Un couple de personnes âgées se prend en selfie sur la côte Atlantique.
Un couple de personnes âgées se prend en selfie sur la côte Atlantique. — SEBASTIEN SALOM GOMIS/SIPA

La crise du coronavirus a accru le risque d’une « fracture » entre jeunes et seniors, qu’il faut combattre par des politiques d’éducation et de sensibilisation, a plaidé l'association «Les Petits frères des pauvres», ce mardi, dans un rapport.

Ce risque de « fracture générationnelle » se nourrit de « certaines prises de position très douloureuses pour les personnes âgées, qui ont pu se sentir mises en accusation par des plus jeunes cherchant des boucs émissaires » à la crise, estime l’association de lutte contre l’isolement des seniors.

Des aînés qui se sentent « exclus » et « inutiles »

A l’inverse, certains aînés ont pu montrer de la « rancœur », accusant les plus jeunes de laxisme dans l’application des gestes barrière, et de manquer de solidarité à leur égard. Face à ce risque, un « changement de regard sur la vieillesse » est nécessaire, affirment les auteurs du rapport. Car même parmi les seniors – qui ne forment pas une catégorie homogène –, beaucoup ont « une vision très négative de l’avancée en âge », perçue comme un « naufrage » : certains se sentent « exclus » et considérés comme « inutiles » par leurs concitoyens, soulignent-ils.

A travers des entretiens approfondis, réalisés avec 100 seniors de plus de 60 ans dont 45 résidents en EHPAD, se dessine le portrait d’une génération ayant globalement traversé douloureusement la crise sanitaire et ses confinements successifs. Les difficultés semblent avoir été plus importantes pour les personnes à faibles revenus ou qui étaient déjà marquées par un « cumul de vulnérabilités » avant la crise. Les seniors ont notamment souffert de la privation de contacts avec leurs petits-enfants et en ont gardé la « peur sous-jacente » que cette privation se pérennise, et qu’ils deviennent ainsi des « étrangers » aux yeux de leurs descendants.

« Sensibiliser à la bienveillance »

Les règles de distanciation ont en outre engendré ou accru chez eux « un sentiment de méfiance à l’égard d’autrui, notamment dans l’espace public ». Par ailleurs, certaines personnes interrogées ont dit n’avoir pas constaté concrètement « l’élan de générosité et de solidarité » envers les aînés, tel que les médias l’ont souvent relaté. « Ce mouvement de solidarité des plus jeunes, il va falloir l’ancrer durablement dans la société, sinon il va disparaître », a dit à Yann Lasnier, le délégué général de l’association. « Il y a un travail éducatif à conduire, par exemple pour sensibiliser à la bienveillance vis-à-vis de son entourage ou du voisinage ».

Pour l’association, restaurer une « volonté de toutes les générations de se respecter » et « de chercher à mieux se comprendre » pourrait passer par le développement d'« initiatives intergénérationnelles », comme la mobilisation de jeunes en service civique auprès des aînés, ou des ateliers d’échanges entre seniors et écoliers. Car la crise a montré que « le lien social est un lien vital » et que « son manque, à 20 comme à 90 ans, est douloureux ».