Coronavirus : « Les fermetures de classes pourraient être multipliées par quatre ou cinq », selon Philippe Vincent

INTERVIEW Philippe Vincent, secrétaire général du Snpden-Unsa, le premier syndicat de personnels de direction, fait le point sur la situation sanitaire dans les établissements du secondaire

Propos recueillis par Delphine Bancaud
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Salle de classe du Lycée Simone Veil, à Valbonne le 25/03/2021.
Salle de classe du Lycée Simone Veil, à Valbonne le 25/03/2021. — SYSPEO/SIPA
  • Avec le nouveau protocole renforcé dans les établissements des dix-neuf départements confinés, depuis lundi, un seul cas de Covid-19 dans une classe entraîne, désormais, sa fermeture.
  • S’il est trop tôt pour avoir des chiffres consolidés sur le sujet, Philippe Vincent, secrétaire général du Snpden-Unsa (le premier syndicat de personnels de direction) perçoit déjà les effets de la mesure dans les établissements du secondaire. Et ce n’est qu’un début.

Depuis ce lundi, le nouveau protocole sanitaire a encore tout changé dans les établissements. Pour enrayer la progression du Covid-19 dans les 19 départements reconfinés, le gouvernement a annoncé un tour de vis vendredi, qui consiste à fermer les classes dès le premier cas de contamination détecté. Et ses effets se font déjà ressentir sur le terrain.

Philippe Vincent, secrétaire général du Snpden-Unsa, le premier syndicat de personnels de direction, fait le point sur cette nouvelle donne dans les établissements.

Beaucoup de classes ont-elles fermé depuis lundi ?

Le nombre d’élèves contaminés par le coronavirus a augmenté ces dernières semaines et s’élevait à 21.000 vendredi dernier. Ce même jour, 3.256 classes étaient fermées en France sur 528.400. Avec les nouvelles mesures sanitaires, une très forte progression des fermetures de classes est à prévoir. On peut s’attendre qu’elles soient multipliées par quatre ou cinq dès cette semaine. Dès hier, cette hausse des fermetures de classes se faisait ressentir, mais nous ne disposons pas encore de chiffres consolidés. Elles sont plus nombreuses dans les collèges que dans les lycées, car ces derniers ont adopté la demi-jauge.

Les chefs d’établissements arrivent-ils à gérer la situation ?

Ce nouveau protocole nous occupe toute la journée. C’est chronophage et compliqué. Les CPE doivent constater les absences et appeler les familles. Ces dernières étant libres de leur dire ou pas si leur enfant est positif au Covid-19. Les chefs d’établissements remontent ensuite l’information aux cellules départementales des rectorats qui prennent la décision ou pas de fermer la classe. Autre difficulté au lycée : les élèves quittent leur classe pour suivre certains cours en demi-groupe. Le ministère indique que si un lycéen est positif, seule sa classe de référence sera fermée. Or, beaucoup de proviseurs ont une interprétation maximaliste de la consigne et pensent que si un élève est infecté, il faut fermer tous les groupes qu’il a fréquentés. Ce qui peut faire flamber les chiffres.

Constatez-vous la tentation chez certains parents de taire le fait que leur enfant soit positif au Covid-19 ?

Oui, ils ne font pas tester leur enfant qui présente pourtant des symptômes du coronavirus ou ils ne communiquent pas à l’établissement le résultat, s’il est positif. Peut-être parce qu’ils craignent que leur enfant manque trop de cours ou parce qu’ils n’ont pas très envie d’être dérangés dans la journée alors qu’ils télétravaillent. Mais ce comportement concerne heureusement une minorité de parents.

Beaucoup d’enseignants sont-ils absents ?

C’est très variable d’un établissement à un autre. Mais ce qui est sûr, c’est que les enseignants qui sont absents une dizaine de jours ne sont bien souvent, pas remplacés. Car les services du rectorat sont débordés et ils remplacent en priorité les absences longues.

Constatez-vous une augmentation de l’exercice du droit de retrait chez les enseignants ?

Non pas pour l’instant, car les enseignants sont mus par leur conscience professionnelle et ne veulent pas mettre leurs élèves plus en difficulté.

Pensez-vous que les établissements puissent rester ouverts jusqu’aux vacances de printemps ?

Ceux de la zone B qui seront en vacances le 7 avril, peut-être. Mais j’ai un doute pour la zone C, dont les congés démarrent le 17 avril, étant donné les courbes d’infection en Ile-de-France. Et concernant la tenue des examens en fin d’année, elle pourrait être menacée. Si c’est le cas, il faut que nous le sachions dès la fin du mois d’avril afin de nous réorganiser.