Loire-Atlantique : La ferme de réinsertion accueillera ses premiers détenus avant l’été

PRISON A Saint-Gildas-des-Bois, la ferme de Ker Madeleine propose aux prisonniers de purger leurs derniers mois de peine en semi-liberté. Objectif : faciliter leur réinsertion

Frédéric Brenon
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Laura Hurel et Yves-Marie Boquien devant le bâtiment principal de la ferme de Ker Madeleine.
Laura Hurel et Yves-Marie Boquien devant le bâtiment principal de la ferme de Ker Madeleine. — F.Brenon/20Minutes
  • La ferme de Ker Madeleine produira des légumes et du lait.
  • Dix détenus y travailleront et y dormiront pendant plusieurs mois.
  • Ils ne seront pas surveillés mais n’auront pas le droit de sortir de la ferme sans autorisation.

Pas de barreau, ni murs infranchissables comme horizon, mais un cadre relativement bucolique, sans clôture, à trois kilomètres du bourg. A Saint-Gildas-des-bois (Loire-Atlantique), commune de 3.800 habitants au nord-ouest de Nantes, la ferme de Ker Madeleine accueillera ses premiers résidents d’ici à l’été prochain, annonce Laura Hurel, directrice de Sources d'envol. Cette association membre du réseau Emmaüs prévoit d’y aménager un lieu d’accueil et de travail pour la réinsertion de détenus en fin de peine.

Concrètement, dix hommes incarcérés d’ordinaire dans un centre de détention seront hébergés « entre six mois et un an » dans ces bâtiments de 550 m2 dans le cadre de la mesure légale dite du « placement extérieur ». Ils travailleront sur des activités de maraîchage ou d’élevage bio (25 vaches laitières) à raison de 26 heures par semaine. Le reste de l’emploi du temps sera considéré comme « libre » mais sera tout de même contraint par des impératifs : tâches domestiques, entretien de la ferme, démarches administratives, recherche d’emploi ou de formation…

Cinq encadrants sur place

« Le but est d’aider ces personnes à réussir leur sortie de prison. On cherche donc à les responsabiliser, à leur redonner confiance avant de replonger complètement dans la société. Cela passe par retrouver un rythme, des missions, des horaires, mais aussi un peu d’autonomie, un peu d’intimité… », explique Laura Hurel.

Les détenus ne seront pas seuls. Cinq salariés, spécialisés dans l’insertion et l’agriculture, ont été recrutés pour les encadrer, « pas pour les surveiller ». L’un des encadrants dormira sur place chaque soir. L’administration pénitentiaire effectuera également des contrôles réguliers.

Les résidents seront autorisés à recevoir des visites personnelles mais n’auront pas le droit de sortir de la ferme (1,5 ha) sans accompagnant ou autorisation écrite. « C’est plus strict que ce que prévoit la législation », prévient Laura Hurel, bien consciente des réticences exprimées par les riverains. Une échelle de sanctions, « pouvant aller jusqu’à la réincarcération immédiate », est également prévue en cas d’écarts de conduite.

Inquiétudes et hostilité sur la commune

Ce type de structure n’est pas totalement nouveau. Il existe déjà depuis 25 ans à la ferme de Moyembrie (Aisne). Hors zone rurale, des hébergements similaires pour prisonniers en fin de peine existent également dans la métropole nantaise. « Les résultats sont très positifs, autant pour la réinsertion que pour la lutte contre la récidive. Le gouvernement souhaite d’ailleurs développer ce type de dispositif », assure Michel Bergue, sous-préfet de Saint-Nazaire. « Le but est de proposer au détenu une sorte de sas entre le dedans et le dehors. Le retour à la société est en effet un moment difficile », explique Daniel Raveney, directeur du service pénitentiaire d’insertion et de probation. Les résidents devront être volontaires et avoir réussi plusieurs évaluations. Le motif de leur condamnation ne sera pas un critère excluant. « Tout détenu, quelle que soit la faute qu’il a pu commettre, a le droit d’être réinséré. L’inverse serait discriminatoire », insiste Daniel Raveney.

Reste que la perspective de voir arriver à Saint-Gildas-des-bois des personnes condamnées mais non enfermées suscite depuis plusieurs semaines l’inquiétude d’habitants du secteur. Principal argument : l’insécurité et le « risque de récidives ». Les opposants s’inquiètent aussi d’une dégradation de l’image de la commune et du métier d’agriculteur. Une banderole très hostile au projet a même été accrochée à proximité de la ferme la semaine dernière. L’association Sources d’envol a déposé plainte. « On n’est pas inquiet. Les gens verront bien que leur quotidien n’est pas bouleversé », est convaincu Yves-Marie Boquien, encadrant technique maraîchage.

Un comité de suivi avec des habitants sera créé. Une partie de la production de la ferme sera vendue sur site.