Coronavirus : « Laisser les écoles ouvertes n’est pas un défi que s’est lancé le gouvernement », affirme Adrien Taquet

INTERVIEW Le secrétaire d’État en charge de l’enfance et des familles, Adrien Taquet, explique que cette décision a été prise en tenant compte de paramètres tant éducatifs que sociaux

Propos recueillis par Delphine Bancaud

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Adrien Taquet, le 12 février 2021.
Adrien Taquet, le 12 février 2021. — Christophe Ena/AP/SIPA
  • Contrairement à nombre de ses voisins européens, la France refuse de fermer ses écoles, même si désormais, l’apparition d’un cas de Covid-19 dans une classe entraîne sa fermeture dans les 19 départements les plus touchés du pays.
  • Le secrétaire d’État en charge de l’Enfance et des Familles, Adrien Taquet, revient pour 20 Minutes sur les raisons qui expliquent cette décision.

C’est l’une des grandes questions de la semaine. Face à l’aggravation de l’épidémie de  coronavirus dans les établissements, Jean-Michel Blanquer a annoncé vendredi que, dans les 19 départements concernés par les nouvelles restrictions, un seul cas de Covid-19 dans une classe entraînera désormais sa fermeture, contre trois jusqu’alors. Ce qui va mécaniquement augmenter le nombre d’élèves suivant l’école à la maison.

Mais contrairement à nombre de ses voisins européens, la France refuse de fermer ses écoles. Ce que réclament pourtant des voix médicales et politiques, face à l'urgence sanitaire. Le secrétaire d’État en charge de l’Enfance et des Familles, Adrien Taquet, revient pour 20 Minutes sur les raisons qui expliquent cette décision.

La France refuse de fermer ses écoles malgré la détérioration de la situation sanitaire. Faut-il y voir la volonté d’afficher une réussite politique, à l’heure où sa gestion de la crise est de plus en plus critiquée ?

Avoir maintenu les écoles ouvertes est une singularité que nous revendiquons, dans l’intérêt des enfants et de leurs parents. Pour autant, laisser les écoles ouvertes n’est pas un défi que s’est lancé le gouvernement. Cette décision a été prise en tenant compte de paramètres tant éducatifs que sociaux. Ne sous-estimons pas la détresse psychologique des enfants et de leurs parents. Il est important que les enfants puissent échanger, se construire auprès des autres et ne pas vivre repliés sur eux-mêmes. Le cocon familial ne doit pas se transformer en huis clos, ni pour les enfants ni pour les parents. La fermeture des écoles n’est pas taboue, mais ce sera une décision de dernier ressort.

Estimez-vous que l’école est un lieu de protection pour certains enfants à l’heure actuelle ?

Depuis toujours, l’école est un lieu de repérage des violences intrafamiliales. Or, celles-ci augmentent depuis le début de la crise sanitaire. Dans le département du Nord, par exemple, on constate une augmentation de près de 60 % d’informations préoccupantes par rapport à un mois type de 2019, ainsi qu’une augmentation de près de 25 % des ordonnances de placements provisoires, toujours par rapport à un mois type de 2019. Et tous les départements que nous avons sondés notent une hausse des mesures de placements en urgence et une plus grande gravité des signalements, en raison de violences intrafamiliales.

Estimez-vous que généraliser l’école à distance aurait aussi des conséquences sur la santé mentale des enfants ?

L’enjeu est de préserver le plus possible l’égalité scolaire, mais aussi la socialisation des enfants. D’autant que la situation est déjà préoccupante : 40 % des adolescents seraient en détresse psychologiques actuellement, contre 12 % habituellement.

Mais les classes doivent fermer dès le premier cas de Covid-19. Ne risque-t-on pas d’aboutir à un confinement qui ne dit pas son nom ?

Je ne vais pas préjuger de ce qu’il va se passer dans les prochains jours. Mais regardons ce qui se passe à Paris : la semaine dernière, 170 classes étaient fermées à cause du coronavirus. Et Patrick Bloche, adjoint à la maire de Paris chargé de l’Education, a dit qu’avec le nouveau protocole sanitaire, il s’attend à 200 fermetures supplémentaires cette semaine, sur un total de 56.000 classes. Cette mesure sanitaire ne peut pas être assimilée à confinement.

Le fait, pour les parents, d’apprendre du jour au lendemain que la classe de leur enfant ferme risque de compliquer considérablement leur quotidien. En avez-vous conscience ?

Nous en avons pleinement conscience, mais l’évolution de l’épidémie nous oblige à adapter les protocoles sanitaires en temps réel. Nous veillons bien sûr à ce que les parents soient accompagnés à chaque fermeture de classe et que des dispositifs soient mis en place pour leur permettre de garder leurs enfants.

Les salariés du secteur privé peuvent ainsi bénéficier de l’activité partielle. Et les indépendants, professions libérales ou de santé et contractuels peuvent poser un arrêt maladie s’ils ne peuvent pas télétravailler.

Ne craignez-vous pas que certains taisent les cas de Covid-19 dans leur famille et envoient quand même leurs enfants à l’école ? Et ce, parce qu’ils craignent d’avoir des ennuis avec leur employeur…

Nous faisons confiance à chacun pour avoir le sens des responsabilités. C’est en respectant les consignes sanitaires que nous sortirons le plus rapidement de cette situation. Les employeurs doivent également être compréhensifs et rassurer leurs salariés.

La crise a fait augmenter le nombre de familles pauvres. Le gouvernement va-t-il bientôt prendre de nouvelles mesures pour les aider ?

Depuis le premier jour, le gouvernement est pleinement mobilisé aux côtés de toutes les familles qui ont été fragilisées par la crise. Nous devons faire preuve d’agilité. Dans les prochains jours, nous annoncerons une aide matérielle aux familles les plus précaires, leur permettant d’avoir accès à des biens de première nécessité.