Coronavirus à Lyon : « Le Rhône est bien rentré dans la troisième vague », déclare le préfet à quelques heures du reconfinement

PANDEMIE Les autorités du département ont détaillé ce vendredi après-midi la situation sanitaire qui a poussé le gouvernement à reconfiner le Rhône dès minuit ce vendredi

Elisa Frisullo

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Illustration de premier confinement dans les rues de Lyon. Ici place Bellecour
Illustration de premier confinement dans les rues de Lyon. Ici place Bellecour — C. Girardon / 20 Minutes
  • A compter de minuit ce vendredi, le Rhône fera partie des nouveaux départements reconfinés.
  • Une décision due à une rapide « aggravation » de la situation sanitaire qui pourrait avoir un impact important sur l’activité hospitalière, selon les autorités qui ont fait un point détaillé ce vendredi sur l’épidémie.

Comme un air de déjà-vu. A minuit ce vendredi, le Rhône fera partie des 19 départements français reconfinés, où le virus du Covid-19 circule le plus fortement. Une décision prise jeudi par le gouvernement après une nette dégradation des indicateurs de suivi de l’épidémie. « Le Rhône est bien rentré dans la troisième vague », a estimé ce vendredi après-midi le préfet du Rhône Pascal Mailhos, lors d’un point sur la situation organisé avec l’ARS. 20 Minutes vous détaille les données qui ont conduit les autorités à donner un nouveau tour de vis dans le département, où – petite touche positive- la situation sanitaire ne ressemble « que partiellement » selon l’ARS à la deuxième vague qui a frappé le Rhône avec virulence à l’automne.

Une « accélération virale » forte

« Le Rhône fait aujourd’hui face à un niveau élevé de contaminations » , a rappelé le préfet du département, avec un taux d’incidence qui s’est envolé en un mois, et plus fortement encore ces dix derniers jours. Entre le 25 février et le 25 mars, ce taux, qui permet de mesurer la circulation du virus au sein de la population, a augmenté de 80 %. Il s’élève à 415 cas pour 100.000 habitants dans le Rhône (417 dans la métropole de Lyon), soit largement au-dessus du seuil d’alerte fixé à 250 pour 100.000 habitants. Cette forte progression est nettement plus élevée qu’au niveau national, où elle est évaluée à 51 %. Un facteur peut expliquer la dégradation rapide de la situation : le variant anglais.

Ce dernier, plus contagieux, représente aujourd’hui « 83 % des tests positifs au Covid enregistrés dans le Rhône (77 % au niveau national), selon Serge Morais, directeur général adjoint de l’ARS Auvergne Rhône-Alpes. Début mars, il ne représentait que 50 % des contaminations ».

De nouvelles tensions hospitalières « anticipées »

Depuis le début de cette pandémie mondiale, l’évolution marquée du taux d’incidence se traduit systématiquement par une hausse des hospitalisations. Un scenario craint dans le Rhône, où après un an d’épidémie et une pression restée à un niveau élevé, les personnels sont à bout de souffle. Au cours des dix derniers jours, les hospitalisations liées au Covid sont passées de 922 à 953 au 25 mars et, en réanimation, les équipes ont dû faire face à une augmentation « réelle » des admissions. Aujourd’hui, 193 malades du coronavirus sont pris en charge en soins critiques contre 163 à la mi-mars. Contrairement aux deux premières vagues, « des patients plus jeunes et sans comorbidités attestées » sont admis en réa, ce qui semble aller dans le sens, selon l’ARS, d’une récente étude menée en Angleterre concluant à une plus forte contagiosité et dangerosité du variant britannique. « Il y a un vrai impact sur les services de réanimation. Il faut donc anticiper et faire en sorte de toujours avoir un coup d’avance », ajoute Serge Morais.

L’un des principaux leviers pour décharger ces services reste l’ouverture de lits. Dès la semaine prochaine, trente lits supplémentaires devraient être armés dans le Rhône et la Loire, portant la capacité d’accueil en réa à plus de 800 en Auvergne Rhône-Alpes. L’ARS a par ailleurs demandé aux établissements de santé de la grande région de faire un point détaillé sur leurs capacités d’accueil en soins intensifs, a précisé le directeur adjoint, qui n’exclut pas de possibles déprogrammations d’activités non urgentes dans le Rhône. Selon nos informations, un message en ce sens a déjà été adressé à des établissements de santé pour le début de la semaine prochaine.

La vaccination devrait nettement s’accélérer

C’est un paramètre qui permet d’envisager une troisième vague moins virulente que la deuxième. « Les effets du vaccin commencent à se faire sentir », affirme Serge Morais, notamment chez les plus de 75 ans, pour lesquels le taux d’incidence s’est stabilisé. En Ehpad, où 92 % des résidents ont reçu une première dose, le nombre de clusters a également baissé. Pour limiter l’impact du virus, le « vaccin est une arme qu’il faut déployer sur le territoire », ajoute-t-il. Une arme toutefois peu chargée pour l’heure dans le Rhône où, depuis le 18 janvier, seuls 9.3 % des habitants ont reçu une première dose. Ce taux grimpe à 54 % pour les 75 ans et plus et 44 % des professionnels de santé ont été vaccinés. En avril, cinq centres supplémentaires doivent ouvrir leurs portes, portant à 30 le nombre d’établissements en mesure de vacciner. « L’objectif est que les centres existants augmentent leur capacité de vaccination », ajoute Serge Morais.

Pour cela, les autorités comptent sur l’accroissement des doses de Pfizer, Moderna et AstraZeneca livrées chaque semaine dans le département. Pour le seul vaccin à ARN messager Pfizer/BioNTech, 30.400 doses sont attendues la semaine prochaine puis 40.950 les semaines suivantes contre 22.500 à l’heure actuelle. Si tout se déroule selon le plan, les centres de vaccination devraient tourner à plein régime. Au Palais de sports de Gerland à Lyon, où 100 personnels sont mobilisés pour vacciner le public, ce renfort de doses devrait donner lieu à 14.000 vaccinations par semaine, selon l’ARS. Soit près de six fois plus qu’aujourd’hui.