Avec le « Muslim Women’s Day », l'association Lallab veut « faire résonner les voix des femmes musulmanes »

FEMINISME Ce samedi 27 mars, l’association Lallab organise la quatrième édition du « Muslim Women’s Day », une journée de débats pour « faire résonner les voix des femmes musulmanes, dans leur diversité et leur pluralité »

Maureen Songne

— 

Bénévoles de l'association Lallab lors d'un atelier
Bénévoles de l'association Lallab lors d'un atelier — Lallab

Reprendre en main le récit qui les concerne. Cette année, l’association féministe antiraciste Lallab, lance sa quatrième édition du « Muslim Women’s Day », du 26 au 27 mars.

Après une édition en 2018 consacrée au traitement médiatique des femmes musulmanes, puis une seconde en 2019 dédiée à leur éducation et l’année dernière sur leur santé mentale, c’est leur force que le collectif souhaite mettre en avant avec ce nouveau thème : « Le pouvoir et la puissance des femmes musulmanes ».

En ce mois de mars où de nombreux débats s’ouvrent sur les droits des femmes dans le monde, leur but cette année est de montrer des images de femmes musulmanes en lutte contre les discriminations, se réapproprier leurs récits et leurs histoires en investissant au maximum l’espace médiatique pour déconstruire des stéréotypes négatifs encore fortement répandus dans les mentalités en France.

Dans leurs locaux, situés à Bagnolet (Seine-Saint-Denis), Fatima Bent, présidente de l’association, explique à 20 Minutes l’importance d’un tel projet : « Sur le sujet des femmes et des femmes musulmanes en général la société est très stigmatisante. La construction médiatique sur ces sujets est assez sexiste et lorsque ça concerne des femmes arabes on est toujours dans cette narration très stéréotypée qui vient d’un imaginaire colonial. Dont découle aujourd’hui cette narration sur les femmes musulmanes qui perdure depuis des années. »

Fatima Bent, présidente de Lallab
Fatima Bent, présidente de Lallab - Maureen Songne

La jeune femme dénonce notamment certains discours politiques et médiatiques récurrents dans l’actualité, selon lesquels les femmes musulmanes seraient soumises à leurs maris, leur père ou leur frère, seraient victimes d’une religion profondément patriarcale (au contraire des autres religions…), n’auraient pas le droit de sortir, de travailler, de fréquenter des hommes. Ces dernières années, on accuse même les femmes portant le foulard de promouvoir un islam politique Mais alors qu’elles occupent une grande place dans le débat politique, leur parole est invisibilisée, selon la présidente.

Une parole muselée

« Cette narration a toujours été vue d’un point de vue dominant, raciste et de personnes qui sont complètement éloignées du réel. Les femmes musulmanes sont toujours exclues de ces débats-là, jamais conviées, on ne leur donnait jamais la parole. Même lorsqu’il y avait des débats sur leurs corps et leur sexualité elles étaient toujours exclues. Il y a une histoire qui est écrite sans les principales concernée et racontée avec mépris et condescendance », poursuit Fatima Bent.

L’association pointe aussi que lorsqu’une femme portant le voile ose s’exprimer dans les médias, s’ensuit souvent une vague de cyberharcèlement. En témoigne de l'expérience de l'ancienne présidente de Lallab, Attira Trabelsi, face à Manuel Valls sur l’Emission Politique en 2017, qui s’est sentie « humiliée » par les propos de l’ex-premier ministre.

Plus récemment c’est Imane Bounouh, créatrice du compte Instagram « échelon.7 », qui a été victime d’une violente campagne de cyberharcèlement sur les réseaux sociaux. Après avoir participé voilée à une courte vidéo partageant des recettes pas chères pour étudiants avec BFMTV, elle a été confrontée à une vague de commentaires islamophobes.

Chaque année, Lallab reçoit une centaine de signalements, entre les témoignages que l’association lance chaque année pour le « Muslim Women’s Day » et les emails que reçoit l’équipe de soutien pour gérer des détresses psychologiques, les discriminations à l’emploi, l’accès aux loisirs, les cas de violences sexuelles…

Nayé, 25 ans, bénévole à Lallab
Nayé, 25 ans, bénévole à Lallab - Lallab

« Lallab m’a redonné cette force de pouvoir de parler et de m’assumer »

Bénévole, ou Lalla (femme en arabe) depuis un an et demi dans l’association, Nayé est une étudiante de 25 ans, portant le voile depuis le 17 janvier 2015. « Je suis passée d’un bac pro à un master sciences politiques. Tout ce qu’on attendait d’une femme musulmane rester a la maison, servir un homme etc. J’ai fait tout le contraire. Quand j’ai dieu avec moi, rien n’est impossible. Toutes ces barrières psychologiques la religion me les a enlevées. Je suis allée en Irlande toute seule pour apprendre l’anglais. Là-bas, personne ne faisait attention à mon foulard ». En rentrant en France, « dès l’arrivée à l’aéroport, c’était une autre énergie. »

Les violences islamophobes, Nayé indique les avoir intériorisées pendant des années, elle a « encaissé » des refus de postes malgré un brillant CV, où le voile posait clairement problème aux employeurs. « A Lallab, j’ai pu trouver des mots et comprendre le syndrome de l’imposteur. Je suis la bénévole ressource dans le groupe de parole, tous les mois on choisit des thématiques et on parle vraiment avec bienveillance. C’est mon monde ressource qui me permet de trouver de la force. On est en train de reprendre notre pouvoir, prendre la parole ça me fait du bien. Lallab m’a redonné cette force de pouvoir parler et de m’assumer ».

Aujourd’hui en master de sciences politiques spécialisation relation internationale, son rêve est de travailler à l’ONU. Néanmoins, une dernière barrière la fait craindre de ne pas réussir à obtenir son master : trouver un stage dans une entreprise qui ne sera pas dérangée par son voile…

Pour la journée du samedi 27 mars du Muslim Women’s Day, une série de conférences et de débats seront disponibles en ligne. Toutes les informations sont disponibles sur le site de Lallab.