Ariège : Après douze jours dans la grotte, les « enfermés volontaires » ont perdu la notion du temps

HORS DU TEMPS A 800 mètres sous terre, le chef d’expédition de l’expérience « Deep Time » a donné des nouvelles de son équipe, qui n’a pas vu la lumière naturelle depuis douze jours

Julie Rimbert

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Quatorze volontaires sont enfermés, sans lumière naturelle, depuis douze jours dans la grotte de Lombrives.
Quatorze volontaires sont enfermés, sans lumière naturelle, depuis douze jours dans la grotte de Lombrives. — Human Adaptation Institute
  • Les quatorze volontaires de l’expérience « Deep time », enfermés dans la grotte de Lombrives, dans l’Ariège, sans lumière naturelle, ni smartphone ni montre, ont donné de leur nouvelles vendredi.
  • N’ayant pas d’échange avec le monde extérieur, le chef de cette expédition, Christian Clot, a transmis le 23 mars des nouvelles de son équipe, via le sas d’entrée.
  • L’explorateur-chercheur explique qu’il entame son neuvième cycle, les journées des membres de l'équipe étant comptées en cycle correspondant à une période d'éveil et une période de sommeil.

Cela fait douze jours qu’ils n’ont pas vu la lumière du jour et sont coupés du monde. Les quatorze volontaires de l’expérience « Deep time », enfermés dans la grotte de Lombrives, dans l’ Ariège, sans lumière naturelle, ni smartphone ni montre, ont donné de leurs nouvelles vendredi. Elles sont rassurantes pour les six femmes et huit hommes, âgés de 29 à 50 ans, qui ont accepté cette expérience de 40 jours pour voir notamment comment le cerveau s’adapte à une telle situation.

N’ayant pas d’échange avec le monde extérieur, le chef de cette expédition, Christian Clot, a transmis le 23 mars des nouvelles de son équipe, via le sas d’entrée. L’explorateur-chercheur explique qu’il entame son neuvième cycle. Sans accès au temps ni au soleil, leur « journée » est en effet comptée en cycle correspondant à une période d’éveil et une période de sommeil.

Chaque membre a son propre cycle

« Voilà 9 cycles selon moi que nous sommes entrés dans la grotte de Lombrives, raconte Christian Clot. Et déjà, nous nous rendons compte que l’expérience sera engagée, fabuleuse, autant que très compliquée à vivre. Les débuts dans la grotte se sont bien déroulés. Nous y avons trouvé notre "lieu de vie", installé ces dernières semaines par une fabuleuse équipe de bénévoles et professionnels, où se situe tout ce dont nous avons besoin pour vivre : avec une cuisine, un coin repas, de la nourriture en suffisance et les équipements nécessaires à notre vie sous terre. A un peu plus de 800 mètres, totalement isolé des bruits de l’espace vie, se trouvent nos "habitations", des tentes individuelles, et un peu plus loin l’espace science, composé d’une tente et d’un "abri scientifique" isolé de l’humidité pour y mener nos expérimentations les plus complexes, avec des ordinateurs spécialement préparés pour ne donner aucun horaire ».

Le chercheur souligne ainsi la difficulté au quotidien de vivre avec 100 % d’humidité, avec des températures oscillant entre 10.2 et 10.7°C. Les premiers cycles ont été très intenses avec l’organisation des espaces de vie et de travail et de nombreux tests des protocoles scientifiques à réaliser. Très rapidement, les premiers décalages sont apparus puisque la règle est que chaque membre de l’équipe doit vivre selon son propre rythme (dormir ou manger lorsque le besoin se fait ressentir) tout en participant aux tâches collectives et scientifiques.

Préparation aux travaux scientifiques

« Les différences des premiers cycles ont été atténuées par la volonté de rester au mieux en groupe, avec à chaque fois des resynchronisations naturelles, précise l’explorateur. Mais avec le temps, cela s’avère de moins en moins possible. Et si je suis à mon 9e cycle veille/sommeil, d’autres en sont à leur 10e, 7e ou 8e. Nous ne savons pas si nous sommes éveillés 15h, 20h ou plus mais nous n’avons clairement pas les mêmes timings biologiques ou mentaux. Il y a toujours au moins une personne réveillée dans la grotte. Une forme de 3x8 involontaire qui suit pourtant les rythmes de chacun. Toute la question est maintenant de savoir si, au rythme des cycles, nous allons parvenir à trouver une synchronisation collective, si cela ne se fera que par petits groupes ou au contraire si nous n’y parviendrons jamais durant nos 40 jours de notre vie sous terre ».

Les « enfermés volontaires » continuent leurs activités de préparation aux techniques de cordes et d’exploration, afin d’entamer les autres travaux complémentaires aux sciences cognitives et humaines, comme la topographie 3D de la grotte, l’étude de la faune ou des inscriptions murales de la grotte.