Coronavirus : Faut-il supprimer le grand oral du bac cette année ?

EDUCATION Plusieurs syndicats demandent que cette nouvelle épreuve, prévue fin juin, n’ait pas lieu, faute d’une préparation suffisante des lycéens

Delphine Bancaud

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Les candidats au bac pourraient passer un grand oral devant un jury de trois personnes.
Les candidats au bac pourraient passer un grand oral devant un jury de trois personnes. — pixabay/Andre_Grunden
  • Des syndicats comme le Snes-FSU, le SE-Unsa ou le Snalc demandent l’annulation du grand oral, prévu fin juin pour les candidats au nouveau bac.
  • Ils estiment que les élèves n’y seront pas bien préparés dans ce contexte de classe en demi-jauge.
  • Mais pour l’heure, Jean-Michel Blanquer y tient mordicus.

L’épreuve star de la réforme du bac verra-t-elle bien le jour en 2021 ? Cela ne semble plus si sûr en raison de l’aggravation de la situation sanitaire liée au coronavirus. Plusieurs syndicats, à l’instar du Snes-FSU, de SE-Unsa ou du Snalc demandent l’annulation du grand oral, prévu fin juin pour les candidats. « L’inaugurer dans ce contexte ne serait pas raisonnable. Il faut y renoncer pour redonner de la sérénité aux élèves et aux enseignants », suggère ainsi Stéphane Crochet, secrétaire général du SE-Unsa. Le sujet sera d’ailleurs abordé mardi matin lors d’une réunion entre le ministère et les organisations syndicales sur les mesures sanitaires dans l’Education.

Pour l’heure, Jean-Michel Blanquer ne semble pas prêt à annuler cette épreuve emblématique de son nouveau bac. « La situation sanitaire devrait être normalement plus détendue en juin », a-t-il déclaré récemment dans une interview au  Parisien. « Donc, logiquement, le bac de Français pour les élèves de première, les épreuves de philosophie et le nouveau grand oral se tiendront dans les conditions normales du contrôle terminal », a-t-il ajouté. Interrogé par 20 Minutes, son entourage précise « qu’à ce stade, c’est toujours sa position ».

« Le système de demi-classe va encore plus impacter la préparation des élèves »

La donne a pourtant changé la semaine dernière, avec le reconfinement régional annoncé par le gouvernement, qui a imposé aux lycées des 16 départements concernés de ne plus accepter en classe qu’un élève sur deux. Ce qui va compliquer encore plus la préparation de cette épreuve, comme l’explique Sophie Vénétitay, la secrétaire générale adjointe du SNES-FSU : « Le système de demi-classe va encore plus impacter la préparation des élèves. Sachant qu’elle était déjà difficile avant. Car selon les textes, elle devait démarrer dès la classe de 1re, ce qui a été impossible avec le premier confinement l’an dernier ».

Un retard à l’allumage qui s’est prolongé après la rentrée, selon la syndicaliste : « Les enseignants n’ont été formés à cette nouvelle épreuve qu’à partir de novembre. On a perdu du temps ». Stéphane Crochet est du même avis : « Les enseignants ont d’abord été focalisés sur la préparation des épreuves de spécialités, qui devaient avoir lieu entre le 15 et le 17 mars, avant qu’elles ne soient annulées le 21 janvier. Et depuis, ils ont du mal à trouver du temps pour travailler en équipe sur ce sujet et sont plus préoccupés par l’objectif de boucler leur programme dans un contexte pédagogique difficile ».

« Ça ne s’apprend pas en trois mois, c’est impossible »

Autre souci, selon Sophie Vénétitay : « La rupture d’égalité dans la préparation de cette épreuve. Car dès novembre, certains lycées ont organisé des cours à distance pour une partie des élèves, alors que des lycées privés ont préféré maintenir les cours en présentiel à 100 % pour ne léser personne. » La partie de l’épreuve, qui consiste en une discussion à propos du projet d’orientation de l’élève, pose aussi question selon Stéphane Crochet : « Le moral des lycéens est en berne actuellement et leur confiance en eux est mise à mal. Ce n’est pas idéal pour réussir une prestation orale. Nombre d’entre eux ont déjà beaucoup de mal à se projeter l’année suivante, donc parler de leur projet à plus long terme va s’avérer difficile, voire douloureux. »

Du côté des lycéens, le compte à rebours avant l’épreuve est également vécu difficilement : « Un oral se prépare afin d’acquérir des qualités rhétoriques. Ça ne s’apprend pas en trois mois, c’est impossible », témoigne ainsi Clara, en Terminale à Versailles. « Les cours à distance ne permettent pas de travailler correctement les deux questions de spécialités sur lesquelles nous serons interrogés le jour J », ajoute-t-elle. Et l’enseignement hybride (à la fois en présentiel et à distance) « a entraîné pour beaucoup des lacunes et un grand retard sur les programmes de leurs spécialités », affirme-t-elle.

« On sent bien que c’est le dernier totem du bac Blanquer »

Et bien que le grand oral ait fait couler beaucoup d’encre même avant la pandémie, il semble encore mal appréhendé par les élèves : « Nous ne savons pas qui seront les jurys, nous ne savons pas comment doit être la forme de la présentation. Et nous ne savons pas si l’épreuve aura lieu avec ou sans le masque », insiste Clara. Un flou également souligné par Sophie Vénétitay : « Les modalités pratiques ne sont toujours pas connues. Car aucun protocole sanitaire n’a été défini. »

Reste à savoir si le ministre entendra ces arguments. Sophie Vénétitay n’en est pas certaine : « On sent bien que c’est le dernier totem du bac Blanquer auquel le ministre s’accroche ». Les syndicats s’accordent sur le fait que si annulation de l’épreuve il y a, il faut que la décision tombe vite. « Non seulement pour déstresser les élèves, mais aussi parce qu’il faudra changer les coefficients des matières dans lesquelles les candidats seront évalués », précise Stéphane Crochet.