Coronavirus à Marseille : « Rendez-nous la teuf », 6.500 personnes défilent pour le carnaval de la Plaine

REPORTAGE Près de 6.500 Marseillais ont fêté le printemps au carnaval de La Plaine, en revendiquant le droit à la fête malgré l’épidémie de coronavirus

Mathilde Ceilles

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Coronavirus : « Rendez-nous la teuf », 6500 personnes défilent à Marseille pour le carnaval de la Plaine — 20 Minutes
  • Ce dimanche a été organisé à Marseille la 21e édition du carnaval de La Plaine.
  • Ce carnaval militant et politique s’est tenu malgré l’épidémie de coronavirus.
  • Les 6.500 participants selon la préfecture de police ont défilé pour revendiquer un droit à la fête.

Une fanfare qui s’époumone sur des musiques rythmées. Des milliers de Marseillais, souvent jeunes, qui dansent, une bière à la main et un large sourire aux lèvres qu’aucun masque chirurgical ne vient cacher. Ça s’enlace, ça se trémousse sur la place Jean-Jaurès, au cœur de Marseille, en ce dimanche ensoleillé. Annulé l’année dernière pour la première fois de son existence en plein confinement, le carnaval de La Plaine a réuni ce dimanche près de 6.500 Marseillais selon la préfecture de police des Bouches-du-Rhône, soit près de deux fois plus que lors de la précédente édition en 2019. Des carnavaliers bien décidés à ce que le coronavirus ​ne vienne pas jouer les trouble-fête de cette 21e édition.

Ce carnaval militant est organisé chaque année par des collectifs citoyens pour célébrer le printemps et faire entendre des revendications politiques et sociales, sans jamais être déclaré aux autorités. Et cette année, après des mois d’épidémie de coronavirus, de bars fermés et de couvre-feu, une nouvelle revendication a fait son apparition : celle du droit à la fête.

Près de 6500 personnes ont participé au Carnaval de La Plaine
Près de 6500 personnes ont participé au Carnaval de La Plaine - Mathilde Ceilles / 20 Minutes

« Je veux être en boîte »

« Je veux être en boîte », peut-on lire ainsi sur une pancarte. Un peu plus loin, une jeune fille défile avec, sur son masque, une inscription claire : « Rendez-nous la teuf. » « La fête, ça nous manque, justifie Antonia. Il y en a marre de toutes ces lois liberticides, cette politique pleine d’incohérences à mon sens. On remplit des trains, et moi qui travaille comme danseuse dans une compagnie, on m’empêche de travailler. C’est scandaleux. Ça fait plaisir de se retrouver sous ce beau soleil, pour célébrer le printemps. Il y a tous les ingrédients pour une belle journée ! »

Entre deux morceaux, un musicien crie : « N’oubliez pas de faire la fête ! C’est important ! » Haïfa se déhanche au rythme des percussions. « Ça fait tellement longtemps qu’on n’a pas écouté comme ça un concert, en live, s’enthousiasme-t-elle. On revit » « Ils nous ont dit de nous confiner tous dehors, ironise Fred. Eh bien voilà, on les écoute ! » « Je ne me sens pas irresponsable de participer à ce carnaval, car je ne crois pas que ce soit le peuple qui soit responsable de cette pandémie et de sa gestion », tacle Clara.

« Je n’ai pas vu autant de monde depuis près de quatre mois »

Perchées sur un petit muret pour mieux voir la foule épaisse qui s’offre à elles, Malo et Anaïs n’en reviennent pas. Les deux copines, originaires de Paris, sont venues se confiner à Marseille et vivent là leur premier carnaval de La Plaine. « Je n’ai pas vu autant de monde depuis près de quatre mois, constate avec une pointe d’amertume Anaïs. C’est dingue. » « Franchement, ça fait chaud au cœur de pouvoir faire la fête, abonde Malo. Enfin pouvoir participer à un truc qui nous rassemble tous ! »

Un enthousiasme que ne partage pas la préfecture de police des Bouches-du-Rhône. « Ni déclaration en préfecture, ni masques, ni distanciation physique, s’agace la préfète dans un tweet. Irresponsabilité totale des participants au carnaval de La Plaine en pleine crise sanitaire. » Les carnavaliers ont été dispersés à partir de 18 h 30, selon une déclaration de la préfecture de police. Une personne a été interpellée pour jets de projectile à l’heure où ces lignes sont écrites.