Uber : La déconnexion des chauffeurs, un système décrié

SALARIES Plusieurs chauffeurs ont été bannis de l’application après s’être déconnectés temporairement

20 Minutes avec AFP

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Une voiture Uber en ville (illustration).
Une voiture Uber en ville (illustration). — M.ASTAR/SIPA

Des chauffeurs Uber, qui se sont vu bannir de l’application du jour au lendemain, ont dénoncé des méthodes brutales, espérant faire valoir leurs droits et reconnaître ce qu’ils décrivent comme un licenciement abusif.

« J’ai commencé ma journée à 6 heures du matin, j’ai fait trois courses et j’ai éteint l’appli pour faire une pause. Quand je l’ai rallumée, j’étais bloquée ». Charifa El Idrissi travaillait pour Uber depuis trois ans et demi. Le 13 octobre 2020, elle est soudainement bannie de l’application et n’y aura plus jamais accès.

Violation d’une clause des conditions d’utilisation

Accusée d'« activités frauduleuses lors de l’utilisation de l’application », elle est déconnectée définitivement. « Vous n’avez pas la possibilité de faire appel », lui précise Uber dans son mail. Malgré plusieurs relances et demandes de rendez-vous restées lettre morte, elle ne connaît toujours pas la raison de sa déconnexion. « Je veux savoir », martèle la jeune femme. « J’étais chauffeur diamant, j’avais une note de 4.94/5 et 97 % de taux d’acceptation », insiste Charifa El Idrissi, qui s’est soudainement retrouvée sans revenus avec plusieurs membres de sa famille à sa charge.

Elle compte attaquer en justice mais faute de moyens, elle attend de toucher le fonds de solidarité, ouvert pour les professions affectées par la crise du coronavirus. Ahmed Souna, déconnecté en mars juste avant le premier confinement après deux ans de service chez Uber, a lui entamé une démarche devant les prud’hommes. « Je vois vraiment pas ce que j’ai fait », assure le jeune homme âgé d’une trentaine d’année. Comme Charifa El Idrissi, il est accusé d’avoir enfreint une clause des conditions d’utilisation, sans plus de précisions.

Les chauffeurs anciens ciblés

Chaque mois où il travaillait pour Uber, Ahmed Souna raconte avoir été déconnecté entre 7 et 10 jours pour avoir refusé des courses. Jusqu’à ce que la décision soit définitive. Il n’a eu « aucun droit au chômage après la déconnexion » et vit désormais grâce au fonds de solidarité. Jérôme Giusti est avocat et, avec son cabinet, il défend près de 270 chauffeurs victimes de la même mésaventure. Pour chacun d’eux, il demande devant les prud’hommes « des dommages et intérêts pour licenciement sans cause réelle ou sérieuse ». Même si la relation entre Uber et les chauffeurs ne repose pas sur un contrat de travail, « on ne peut pas mettre fin à une relation commerciale établie de manière unilatérale et instantanée comme ça », affirme Me Giusti.

L’avocat constate que souvent, « ce sont les chauffeurs les plus anciens, les plus revendicatifs », qui sont déconnectés. D’après une enquête menée par le syndicat INV, 90 % des 51 chauffeurs déconnectés interrogés travaillaient pour Uber depuis deux ans ou plus. Ils généraient en moyenne un chiffre d’affaires de 4.199 euros par mois et travaillaient 58 heures par semaine. Près de huit sur dix disent avoir été déconnectés sans avertissement et neuf sur dix affirment n’avoir eu droit à aucun recours.

Nouvelles conditions d’utilisation

En juillet, Uber a ajouté une annexe à ses conditions d'utilisation dans laquelle l’entreprise précise qu’elle « peut restreindre de manière définitive » l’accès à l’application « sans motif particulier et à tout moment ». Un préavis doit être envoyé trente jours avant, mais de nombreuses exceptions sont listées pour permettre à Uber de s’en abstenir. « On essaie de donner autant de contexte qu’on peut », affirme Rym Saker, porte-parole de la firme américaine. « Mais il est évident que, dans le cadre d’une désactivation pour raison de sécurité, on ne le dira pas au chauffeur », poursuit Uber.

La plateforme assure procéder à des déconnexions pour non-conformité des documents (permis, carte VTC…), fraude (location de compte) mais aussi « raisons de sécurité », comme des agressions physiques ou verbales rapportées par des clients. « Quand des incidents remontent sur un chauffeur, on prend la mesure de déconnecter le temps de vérifier les versions des uns et des autres », indique Rym Saker. Un motif brandi comme une carte joker par Uber raille Brahim Ben Ali, secrétaire du syndicat INV, lui-même déconnecté fin 2019. Dans le cas de Charifa El Idrissi, « on nous a simplement dit, "on n’a pas d’explication à vous donner" », s’agace le représentant syndical.