Paris : SOS Racisme détourne les plaques de l’avenue du « criminel » Bugeaud

VIOGRAPHIE Le général Bugeaud, qui a participé à la conquête française de l’Algérie, est accusé de divers faits qui seraient qualifiés de crime de guerre aujourd’hui

20 Minutes avec AFP

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Des affiches de SOS Racisme. (archives)
Des affiches de SOS Racisme. (archives) — LIONEL BONAVENTURE / AFP

« Avenue du criminel Bugeaud », « avenue des enfumades » : SOS Racisme a détourné vendredi matin les plaques de l’artère parisienne portant le nom du général français responsable de la mort de nombreux Algériens au XIXe siècle. Vers 06h30, cinq membres et militants de l’organisation se sont déployés sur l’avenue située dans le XVIe arrondissement de la capitale pour apposer des plaques de rue détournées sur celles existantes.

Le général Thomas Robert Bugeaud (1784-1849) a participé à la conquête de l’Algérie par la France et est notamment connu pour avoir soutenu le recours à la « politique de la terre brûlée » et à la technique de l'« enfumade » consistant à asphyxier des personnes réfugiées dans une grotte. « On a décidé de ne pas attendre une décision politique » sur un changement de nom « qui pourrait prendre du temps tant les résistantes peuvent être fortes sur le sujet », a expliqué Valentin Stel, membre de SOS Racisme.

La Mairie de Paris à l'écoute

« Il ne s’agit pas de venir vandaliser ou rebaptiser selon notre propre goût une avenue qui porte le nom de Bugeaud mais de venir préciser qui était ce personnage qui n’était rien d’autre qu’un criminel de guerre ». Les monuments et statues liés à l’histoire coloniale française sont au centre d’une polémique mémorielle depuis la mort de George Floyd, un Afro-Américain étouffé par un policier blanc aux Etats-Unis en 2020, qui a été suivie d’appels à déboulonner certaines statues et à débaptiser certaines rues.

Dans une récente interview au Monde Afrique, l’adjointe à la mairie de Paris en charge de la mémoire Laurence Patrice a indiqué être « favorable à l’idée d’étudier précisément le cas » de l’avenue Bugeaud. « Cette personne aujourd’hui serait à La Haye » devant la Cour pénale internationale, a estimé Valentin Stel, jugeant « scandaleux qu’on continue de rendre hommage à une figure comme ça en France en 2021 ».

Emmanuel Macron avait prévenu l’an dernier que « la République n’effacera [it] aucune trace ni aucun nom de son Histoire » et qu’elle ne « déboulonnera [it] pas de statue » et appelé à « lucidement regarder ensemble toute » l’Histoire de France. Le chef de l’Etat, qui a fait plusieurs gestes pour « réconcilier les mémoires » entres Français et Algériens depuis le début de l’année, a parallèlement appelé à mettre à l’honneur dans les rues de France des « héros issus de la diversité » et de l’immigration, dont une première liste a été dévoilée la semaine dernière.