Confinement : « Quand il faut annoncer de nouvelles mesures, c’est un aveu d’échec », estime le président de Seine-Saint-Denis

INTERVIEW Stéphane Troussel réagit à l'annonce d'un nouveau confinement dans 16 départements, dont le sien la Seine-Saint-Denis

Propos recueillis par Caroline Politi
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Stéphane Troussel, à la tête du département de Seine-Saint-Denis, réagit aux annonces du gouvernement
Stéphane Troussel, à la tête du département de Seine-Saint-Denis, réagit aux annonces du gouvernement — NICOLAS MESSYASZ/SIPA
  • Seize départements sont concernés par de nouvelles mesures restrictives face à l'épidémie de Covid-19. La Seine-Saint-Denis fait partie des départements confinés.
  • En Seine-Saint-Denis, le taux d'incidence de l'épidémie de coronavirus est désormais supérieur à 500.
  • « J’appelle donc au respect de ce confinement même si j’en connais les conséquences sociales, psychologiques, économiques… », estime le président de Seine-Saint-Denis Stéphane Troussel.

« Freiner sans enfermer. » Tel est le mot d’ordre du nouveau confinement annoncé ce jeudi par le Premier ministre, Jean Castex. Les écoles restent ouvertes mais les commerces non-essentiels ferment, le couvre-feu est repoussé d’une heure, les déplacements ne sont pas limités dans le temps le week-end mais les attestations refont surface… Ces mesures, à mi-chemin entre le couvre-feu et le confinement, doivent permettre de freiner la progression de l’épidémie dans seize départements dans lesquels les contaminations s’envolent, notamment en Seine-Saint-Denis, où le taux d’incidence est supérieur à 500. Interview à chaud avec le président du département, Stéphane Troussel.

Quel regard portez-vous sur ce confinement de « troisième voie » ?

Quand il faut annoncer de nouvelles mesures, c’est un aveu d’échec, cela signifie que la phase précédente n’a pas permis de contenir l’épidémie. J’appelle donc au respect de ce confinement même si j’en connais les conséquences sociales, psychologiques, économiques… Je salue néanmoins le fait qu’on laisse les gens s’aérer, je me souviens qu’après le premier confinement j’avais dû me battre pour qu’on rouvre les parcs.

Le gouvernement aurait-il dû aller plus loin ?

Restriction après restriction, ce sera une histoire sans fin si on n’accélère pas la vaccination. On doit adapter notre stratégie et concentrer nos efforts sur les 16 départements les plus touchés. J’attendais qu’on nous alloue plus de doses afin qu’on puisse augmenter le rythme. Il me semble également indispensable d’ élargir dès maintenant les publics cibles pour vacciner les plus de 50 ans qui sont de plus en plus nombreux dans les services de réanimation. Le télétravail ne peut pas s’appliquer à tous, les premiers de cordée, les caissiers, les éboueurs, les manutentionnaires doivent pouvoir être protégés. Il ne faut pas seulement faire des opérations coups de poing comme le week-end du 7 mars mais accélérer durablement la vaccination, c’est la seule solution pour sortir de cette crise sanitaire.

Ce nouveau confinement arrive-t-il trop tard ? Cela fait déjà plusieurs semaines que le taux d’incidence augmente de manière préoccupante dans le département…

Je ne suis pas en mesure de le dire. Est-ce que si on avait confiné plus tôt, la vague aurait été moins forte, je n’en sais rien… Si la vaccination avait été plus efficace, peut-être qu’on aurait pu l’éviter. Ce qui est sûr c’est que l’Ile-de-France ne peut être abordée comme n’importe quelle autre région, il y a une telle interdépendance qu’on ne peut pas confiner un département et pas l’autre. Une approche globale est indispensable.

Vous êtes à la tête du département le plus jeune mais également le plus pauvre de France. Comment ce nouveau confinement va-t-il être pris selon vous ?

Il y a une forme de lassitude mais nos concitoyens vont encore faire des efforts. Mais c’est vrai que c’est plus difficile qu’ailleurs, les appartements sont plus petits, parfois insalubres. Et il n’y a pas 20 % de la population qui peut aller se confiner dans une maison secondaire. Mais il faut en appeler au respect des règles si on veut s’en sortir.