Nouvelle-Aquitaine : Avec la reconversion de sa Manufacture des tabacs, Tonneins cherche un nouveau souffle

ATTRACTIVITE Dans le Lot-et-Garonne, la petite ville de Tonneins vient de présenter un ambitieux projet de reconversion de son immense Manufacture des tabacs, et espère bénéficier du regain d’intérêt pour les zones rurales depuis la crise du Covid-19

Mickaël Bosredon

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Lot-et-Garonne: Un ambitieux projet de reconversion pour la Manufacture des tabacs de Tonneins — 20 Minutes
  • Située au cœur du centre-ville de Tonneins, l’immense Manufacture des tabacs s’étend sur 50.000 m2.
  • Un ambitieux projet de reconversion avec 200 emplois à la clé pourrait confirmer l’attractivité de la commune.
  • Le maire Dante Rinaudo espère aussi bénéficier de l’intérêt pour les petites et moyennes villes, qui se fait ressentir depuis le début de la crise du Covid-19.

Une véritable « ville dans la ville », avec une voie ferrée qui débouche à l’intérieur… L’immense Manufacture des tabacs de Tonneins (Lot-et-Garonne), magnifique bâtiment napoléonien construit à l’époque de la Régie des tabacs, a exceptionnellement ouvert ses portes mercredi. L’objectif du maire de la ville, Dante Rinaudo (DVD), est de faire avancer un projet de reconversion de ce site implanté en plein cœur du centre-ville, auprès des futurs partenaires, notamment la région Nouvelle-Aquitaine, Val-de-Garonne agglomération et l’Établissement public Foncier (EPF).

Le projet demande encore à être affiné. Mais il consisterait, dans les grandes lignes, à créer sur cette friche de 50.000 m2, un parc d’activités pour une vingtaine d’entreprises artisanales, industrielles et/ou de services, avec 200 emplois à la clé, d’ici à 2025. Un pôle culinaire, ainsi qu’un pôle touristique, sont aussi envisagés. L’aspect architectural et environnemental n’est pas oublié. « L’idée serait de ne conserver que la partie patrimoniale et de démolir la partie nouvelle pour aménager à la place un parc arboré de 9.200 m2 », précise Dante Rinaudo. Un véritable poumon vert en somme, dans une ancienne fabrique de tabac, il fallait y penser.

« Une friche industrielle qui représente l’histoire du tabac dans la région »

Le projet d’une reconversion remonte à une dizaine d’années. Et si rien n’est encore acté, les élus espèrent enfin une concrétisation dans les prochains mois. « Nous avons des porteurs de projet, et nous allons lancer une assistance à maîtrise d’ouvrage (AMO) pour accélérer le processus » insiste le maire de Tonneins, qui travaille en lien avec l’actuel propriétaire, Imperial Brands/Seita.

La Manufacture des Tabacs de Tonneins s'étend sur environ 50.000 m2
La Manufacture des Tabacs de Tonneins s'étend sur environ 50.000 m2 - Mickaël Bosredon/20 Minutes

« C’est une friche industrielle qui représente l’histoire du tabac dans la région, souligne le président PS de la région Alain Rousset. C’est un bâtiment remarquable, et un terrain de jeu énorme pour le territoire. » Mais des travaux considérables sont à prévoir. « Il va falloir d’abord acquérir, peut-être dépolluer, et réfléchir à un modèle économique, et aux activités que l’on veut y installer », énumère le président de région.

Y installer « des métiers que la "grande ville" ne veut plus »

Le patron de la Nouvelle-Aquitaine, y verrait bien, lui, « de la formation, peut-être dans les métiers de l’accompagnement des personnes âgées. » Et de l’emploi industriel, aussi, « comme dans la chaudronnerie ou autour de la rénovation thermique. » « Des villes comme Marmande, Tonneins, peuvent attirer des demandeurs d’emploi, des jeunes avec des métiers que la "grande ville" ne va plus proposer », anticipe Alain Rousset.

Si le président de la région prévient Dante Rinaudo qu’il ne mènera certainement pas le projet à son terme en seulement quatre ans, il le somme toutefois de le démarrer rapidement, pour bénéficier du plan de relance qui court sur la période 2021-2022. Tonneins, comme d’autres villes de Nouvelle-Aquitaine en milieu rural, pourrait ainsi bénéficier des effets de la crise du Covid-19, pour concrétiser certains projets et accentuer son attractivité.

« La métropolisation rencontre ses limites »

« Ce genre de projet résonne totalement avec la crise du Covid-19 », confirme le maire de la commune d’à peine 10.000 habitants. Et l’édile est persuadé que sa ville, bien située à 45 minutes d’Agen et 1h30 de Bordeaux, peut sortir renforcée de la pandémie. « On voit que la métropolisation rencontre ses limites, notamment en termes humains, et nos territoires ruraux montrent des potentialités pour recréer de la vie à travers des projets innovants, analyse-t-il. On sent déjà un attrait : Il y a de plus en plus de ventes immobilières, de plus en plus de personnes qui arrivent de l’extérieur, notamment de métropoles, même des Parisiens. Il y a des retraités bien sûr, mais aussi des personnes qui veulent changer de vie. C’est pourquoi il nous faut bénéficier de zones commerciales, industrielles, où l’on crée de l’emploi, pour attirer encore plus ces gens là. »

K’Ryole, start-up parisienne spécialisée dans la livraison en centre-ville en remorque électrique, vient ainsi de faire le choix d’installer son nouveau site de production à Tonneins. « La production démarrera dès le mois de mai, et montera en puissance progressivement » explique Patrick Noaille, directeur industriel de K’Ryole. Quelque 60 personnes seront embauchées d’ici à 2022.

De gauche à droite, Patrick Noaille, directeur industriel K’Ryole, Dante Rinaudo, maire de Tonneins, et Alain Rousset, président de la Nouvelle-Aquitaine
De gauche à droite, Patrick Noaille, directeur industriel K’Ryole, Dante Rinaudo, maire de Tonneins, et Alain Rousset, président de la Nouvelle-Aquitaine - Mickaël Bosredon/20Minutes

« La pandémie pourrait accentuer un mouvement de départ de certaines grandes villes »

« Je crois totalement à un nouvel attrait de nos territoires, confirme Alain Rousset. C’est un mouvement qui a commencé, même si on ne peut pas encore totalement le quantifier. Mais dans les territoires, vous y restez si vous avez à la fois de la formation, de l’emploi, et des services. Toute l’action de la région est donc de pouvoir maintenir nos usines à la campagne, et de développer de nouvelles filières. »

« La pandémie pourrait accentuer un mouvement de départ de certaines grandes villes vers des villes moyennes, analyse pour sa part Olivier Bouba-Olga, professeur des universités, chef du service études et prospectives à la région Nouvelle-Aquitaine. On a des témoignages du monde rural, on a des agences immobilières qui nous disent avoir beaucoup de demandes, mais ce ne sont que des frémissements, on n’a pas encore de données consolidées. »

Le télétravail pourrait changer la donne

Le spécialiste des territoires, estime cependant qu’il faut « relativiser le phénomène », tout simplement « car il faut sortir de l’idée que seules les métropoles sont dynamiques. » « Même avant la crise, on avait de grandes villes dynamiques, comme Bordeaux, mais d’autres qui l’étaient moins, et il y avait parallèlement des petites et moyennes villes qui étaient déjà très attractives. Et cette envie d’habiter ailleurs, est très vraie pour Paris, c’est moins le cas dans les grandes villes de province. Je crois que ce qui pourra vraiment bénéficier aux territoires ruraux, où le foncier est moins cher, ce sera la façon dont évoluera letélétravail : à partir de trois jours par semaine, cela change la donne, et ce n’est plus un problème d’habiter la campagne. »

Encore faudra-t-il que la mobilité soit au rendez-vous pour sortir du tout-voiture. À Tonneins, un projet de pôle multimodal doit permettre de favoriser davantage le train et le bus, d’ici à 2022. « Il faut des transports, c’est évident, martèle Alain Rousset, ce qui suppose un effort de productivité de la SNCF pour faire rouler davantage les trains ».

Pas sûr, en revanche, qu’elle accepte d’en acheminer à nouveau jusqu’à la manufacture, comme c’était le cas durant l’âge d’or de l’usine.