Bébés nés sans bras dans l’Ain : La piste du « hasard » écartée selon une étude scientifique

ETUDE Les autorités ne reconnaissent pour l'instant aucune anomalie statistique dans le département de l'Ain, où huit bébés sont nés sans bras en l'espace de cinq ans

C.G. avec AFP
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Un bébé (illustration)
Un bébé (illustration) — RitaE/Pixabay
  • Le Remera, Registre des malformations en Rhône-Alpes, a publié une étude scientifique, le 9 février, dans laquelle il s’attarde longuement sur les cas de bébés nés sans bras dans l’Ain.
  • Huit cas ont été détectés, entre 2009 et 2004 dans un périmètre de 16 kilomètres de diamètre.
  • Selon l’étude, il n'y a pas de phénomène de  « hasard » comme le soulignait pourtant un rapport de Santé Publique France en 2018.

L’association Remera (Registre des malformations en Rhône-Alpes), le plus ancien des six registres français des malformations congénitales et lanceur d’alerte sur plusieurs cas de bébés aux bras mal formés dans l’Ain, affirme dans une étude que ce phénomène n’est pas « lié au hasard », alors que les autorités ne reconnaissent pour l’instant aucune anomalie statistique pour ce territoire.

Publiée le 9 février, selon BFM Lyon, dans la revue américaine spécialisée Birth Defects Research sous le titre « les preuves d’un cluster d’une malformation rare en France », cette étude « démontre qu’il y a bien un agrégat spatiotemporel dans ce département, composé de huit enfants nés avec cette malformation très rare, dans une échelle de temps très précise entre 2009 et 2014 et dans un cercle de 16 kilomètres de rayon » autour de la commune de Dompierre-sur-Veyle.

« L’origine de ces cas est exogène »

« Nous savons que l’origine de ces cas n’est pas mécanique, génétique, médicamenteuse et intervient dans une petite zone très humide et très agricole. Elle est exogène », explique Emmanuelle Amar, directrice du Remera et coauteure de l’étude avec une généticienne, un professeur de biostatistiques du CHU de Lyon à la retraite et un biostatisticien.

« Le hasard n’est certainement pour rien dans ce regroupement de cas de malformations. Est-ce que c’est dû à un produit phytosanitaire, de nettoyage, à une peinture… ces hypothèses doivent être investiguées mais ce n’est pas notre rôle », poursuit-elle, soulignant que c’était aux autorités de le faire « en mettant en place des comités d’experts indépendants ».

D’autres clusters dans le Morbihan et la Loire-Atlantique

Pour l’heure, le centre de recherches, qui est adossé aux Hospices Civils de Lyon (HCL), est dans l’attente d’un rapport d’expertise de Santé Publique France (SPF) sur les cas d’agénésie en France dont des « clusters », selon Remera, seraient aussi observés « dans le Morbihan et en Loire-Atlantique ».

L’affaire dite des bébés aux bras mal formés avait été rendue publique à l’automne 2018 grâce à Emmanuelle Amar, qui contestait alors les conclusions d’un rapport de SPF sur le phénomène. Sur son site Internet, ce dernier indiquait notamment sur les cas de l’Ain, que « l’analyse statistique ne met (tait) pas en évidence un excès de cas par rapport à la moyenne nationale » et que « l’absence d’hypothèse d’une éventuelle cause commune ne permettait pas d’orienter des investigations complémentaires ».

La suspension du financement du Remera par l’Inserm (30.000 euros annuels) et la région Auvergne Rhône-Alpes (100.000 euros annuels) avait suivi cette sortie médiatique, selon Emmanuelle Amar qui avait été un temps menacée de licenciement.

Chaque année, 150 cas d’agénésie transverse sont enregistrés en France soit 1,7 cas pour 10.000 naissances, selon Santé Publique France.