Coronavirus : « J’ai retrouvé du sens et je me sens utile »… Etre solidaire pendant la crise leur a apporté la joie

CONFINEMENT, UN AN APRES Dans un quotidien morose et chamboulé par la crise sanitaire du coronavirus, certains entreprennent des initiatives solidaires pour se faire du bien en faisant du bien aux autres

Anissa Boumediene
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Une action solidaire peut être un moyen de sortir de la morosité ambiante et de se faire du bien en faisant du bien aux autres.
Une action solidaire peut être un moyen de sortir de la morosité ambiante et de se faire du bien en faisant du bien aux autres. — StockSnap / Pixabay
  • Un an après l’entrée en vigueur du confinement, décrété le 17 mars 2020 pour lutter contre l’épidémie de Covid-19, 20 Minutes s’intéresse aux conséquences des douze mois écoulés sur la vie des Français. Et notamment sur leur engagement dans des initiatives solidaires.
  • Pour sortir de la morosité ambiante, certains ont décidé de rejoindre une association ou de lancer leur propre initiative.
  • Un moyen de se faire du bien en faisant du bien aux autres.

Oubliées les sorties entre amis. Oubliées aussi les embrassades et les réunions de famille. Il y a un an, la France découvrait la vie en confinement et depuis, notre quotidien est régi par la pandémie de  coronavirus. Travail et études en «  distanciel » solitaire, chômage partiel et difficultés économiques sont autant d’effets délétères de la crise sanitaire. Et dans ces jours moroses qui se suivent et se ressemblent, beaucoup éprouvent lassitude et perte de sens dans un monde qui ne tourne plus très rond.

Alors, pour s’offrir un peu de baume au cœur et redonner du sens à leur vie, certains ont fait le choix de donner un peu d’eux-mêmes en s’engageant dans des actions solidaires. Rejoindre une association, préparer et distribuer des repas aux personnes démunies, tendre la main à quelqu’un en difficulté : les initiatives se multiplient, et toutes et tous savourent la joie que procure le fait de faire du bien aux autres.

« Ils sont vraiment contents, du coup moi aussi je le suis »

« Lors du premier confinement, je me suis sentie angoissée pour l’avenir et totalement déconnectée de toute vie sociale, se souvient Orlande. Il me manquait une routine optimiste au milieu de cette crise anxiogène. Alors j’ai commencé à envoyer chaque semaine une citation positive sur le bonheur à mes proches. Ça ne paraît pas grand-chose, mais tous les messages reconnaissants que j’ai reçus m’ont montré que cela permettait à d’autres d’être plus optimistes, de se sentir mieux au quotidien. Aujourd’hui, la Happy Newsletter compte des lecteurs aux quatre coins du monde, et cela me procure beaucoup de reconnaissance et de joie ! »

Parfois aussi, les seniors et l’informatique, c’est une relation compliquée. Alors « je fais les inscriptions pour le vaccin sur Doctolib pour les anciens que je connais, raconte Tcharly. Et quand ils apprennent qu’ils ont enfin le rendez-vous qu’ils n'arrivaient pas à décrocher , ils sont vraiment contents. Du coup, je le suis aussi. Ce n’est pas grand-chose, mais si chacun apporte sa part, c’est quelque chose », philosophe-t-il.

Marie, elle, a tout simplement pris le temps de discuter avec Honoré. « Il est assis à l’entrée du supermarché où je fais mes courses. Il a tout perdu : son activité d’auto-entrepreneur manuel, son logement, et s’est retrouvé à la rue il y a deux ans. Depuis quelques semaines, il me raconte chaque samedi toutes les démarches qu’il entreprend pour s’en sortir. Honoré, c’est un peu mon rayon de soleil du week-end : au-delà des petites courses que je lui fais selon mes moyens, il me dit que la plus belle chose que je fais, c’est de discuter et de rire avec lui ». Un geste simple, mais « je trouve du sens à tendre la main à cet homme adorable et brillant », confie Marie, qui compte « monter une cagnotte pour l’aider à racheter ses outils et refaire surface ».

« Je pensais rejoindre les Restos du Cœur à la retraite »

Pour d’autres, la crise a été comme un accélérateur de projet. À l’instar d’Eve, salariée d’un parc d’attractions et au chômage partiel depuis novembre : « Au second confinement, mes engagements associatifs ont été stoppés. Je me suis retrouvée seule à la maison, sans travailler et sans rien avoir à raconter le soir à mon mari et mes enfants, confie-t-elle. Je ne supportais pas de me sentir inutile, oisive et sans contact ».

Car depuis un an, « la pandémie a entraîné un effondrement : beaucoup de choses que l’on croyait acquises et intangibles se sont arrêtées du jour au lendemain : ne plus pouvoir travailler, sortir, voir ses proches. Cela a généré un sentiment de vide, analyse le Dr Samuel Lepastier, psychiatre et psychanalyste, qui a lui-même rejoint la réserve sanitaire durant le premier confinement. Face à une telle réalité, rien n’est plus pénible que le sentiment d’impuissance. Depuis l’après-Seconde Guerre mondiale et les progrès de la médecine, la société vit dans le déni permanent de la mort. La pandémie nous dépasse et nous ramène aux limites de ce que nous sommes : on peut envoyer une navette sur Mars, mais pas contrôler un être aussi insignifiant qu’un virus. On a eu le sentiment de vivre un moment historique important comme une guerre, et ce type de crise déclenche dans un premier temps un mouvement héroïque. Face au sentiment d’impuissance insupportable, la réaction positive est d’agir de manière altruiste. Ce qui permet aussi de sortir de chez soi et de sa solitude ».

C’est ainsi qu’Eve a rejoint les bénévoles des Restos du Cœur pour aider à la distribution alimentaire les mardis et jeudis. « Je pensais les rejoindre à la retraite parce qu’habituellement, je travaille à temps complet. Mais d’un coup, j’ai eu du temps, alors c’était l’occasion de voir si ça me plaisait. Et ça me plaît ! J’y ai retrouvé de la bonne humeur, du lien social et la sensation d’être utile. J’ai la chance d’avoir un toit, un emploi, un mari qui travaille, je voulais partager cette chance en donnant de mon temps ».

Et elle n’est pas la seule. « On a eu beaucoup de nouveaux bénévoles au début du premier confinement, de jeunes actifs, ce qui nous a aidés à pallier le retrait de bénévoles âgés, confirme à 20 Minutes une porte-parole des Restos du Cœur. Et un nombre très important de nouveaux volontaires pour la collecte nationale en supermarchés ».

Et des « bras » sont toujours recherchés. « Il n’y a pas que la distribution alimentaire : nous avons aussi besoin de bénévoles pour faire de la ramasse, du secrétariat, des distributions dans la rue, énumère la porte-parole. Ce qui rend l’engagement possible même pour des actifs ». Une flexibilité qui devrait convenir à Eve : « Quand je reprendrai le travail, je rejoindrai les collectes du week-end. Et s’il y a des besoins ponctuels, je fractionnerai mes RTT pour y aller par demi-journée. À partir du moment où on entre dans le bénévolat, c’est pour se mettre au service des autres ».

« La solidarité appelle la solidarité »

C’est aussi durant le second confinement qu’Anaïs, 27 ans, a lancé avec une amie l’initiative "Un bon repas chaud pour les plus démunis" auprès des habitants de Taverny (Val-d’Oise). « Les volontaires s’inscrivent sur notre groupe Facebook : il y a les cuisinières (pour l’instant les volontaires sont des femmes) qui préparent chacune un repas par semaine, les "ramasseurs" qui vont les chercher, et les maraudeurs qui les distribuent à des personnes sans abri ou en grande précarité, chaque samedi, explique la jeune femme. Cela permet d’apporter un repas chaud, équilibré et varié, mais aussi de créer du lien social. Chaque cuisinière sait à qui est destiné son panier-repas (c’est toujours pour la même personne). Elle ajoute souvent un plus comme des chocolats, des petits mots, des masques ou un vêtement chaud ».

Les deux amies, seules à marauder au départ, ont vite été épaulées. « Aujourd’hui on est huit, avec une cinquantaine de cuisinières », se félicite Anaïs. Et de faire remarquer : « La solidarité appelle la solidarité : l’une des cuisinières, qui est infirmière, est venue un jour en maraude pour soigner un bénéficiaire. Une autre, assistante sociale, nous a aidés à dénouer certaines situations. Et pour la maraude du 13 février où il faisait un froid glacial, l’une de nos volontaires a posté un appel aux dons sur ses réseaux sociaux, grâce auquel on a pu récupérer des couvertures et des vêtements chauds ».

La crise va durer, l’altruisme aussi

Si tous s’investissent autant, « c’est parce que ça fait du bien de faire du bien aux autres, explique Anaïs. À chaque tournée, on fait le plein de bonnes ondes pour la semaine ». Professeure au collège, Anaïs a aussi mis ses élèves à contribution : « ils ont fait des cartes de vœux pour Noël et en chimie, ils ont fabriqué des savons, des déodorants et des crèmes que l’on a ensuite distribués en maraude. Cette initiative a pris une ampleur que l’on n’aurait jamais pu imaginer, on a des volontaires en or, et on est décidé à continuer », assure la jeune femme.

« Certaines transformations sont irréversibles, estime le Dr Lepastier. Dans la mesure où la crise va durer, les actes altruistes vont durer aussi ». Anaïs, elle, voit déjà plus loin : « On reçoit des messages de personnes d’autres villes qui aimeraient participer. Alors avec mon frère qui étudie en école de commerce, on travaille sur le lancement d’une appli, qui permettrait de répliquer la même initiative partout dans le pays ».