Coronavirus à Lille : Un an après le confinement, le monde de la nuit ne voit toujours pas le jour

DISCOTHEQUES Depuis le 15 mars 2020 et le premier confinement, les discothèques n’ont pas rouvert leurs portes en France

Francois Launay
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Un an après le début de la pandémie, les boites de nuit, comme ici en Belgique, n'ont toujours pas rouvert leurs portes
Un an après le début de la pandémie, les boites de nuit, comme ici en Belgique, n'ont toujours pas rouvert leurs portes — AFP
  • Fermées depuis un an, les boîtes de nuit sont en pleine déprime.
  • Dans le Nord, les gérants de discothèques ont profité de ce triste anniversaire pour raconter leurs galères et leurs revendications.
  • Très inquiets, les patrons de boîtes ne savent toujours pas quand ils pourront de nouveau accueillir les fêtards.

« On est dans un tunnel on n’en voit pas le bout. C’est une catastrophe. » François Lefebvre travaille depuis toujours dans le monde de la nuit. Installé à Calais, il gère depuis 21 ans le 555, la discothèque créée par ses parents en 1980. Mais après 40 ans de fêtes, l’institution nocturne ne danse plus. La faute à une pandémie qui a mis à l’arrêt le monde de la nuit. Si les restaurants, bars et hôtels ont pu rouvrir l’été dernier avant de refermer fin octobre, les boîtes sont les seules à être toujours restés portes closes depuis le 15 mars 2020.

« Au bout d’un an, c’est dur. J’ai mis un genou à terre. Heureusement que mes amis et ma femme sont dans le même secteur d’activité. Ça permet de rester soudés. Mais j’ai toujours un pincement au cœur quand j’ouvre la porte de la discothèque et que je la referme sans avoir vu personne », confie le gérant.

20 % des discothèques françaises ont fermé depuis un an

Pour lui, comme pour tous les autres patrons de boîtes, le plus dur est de n’avoir aucune perspective à l’horizon. Car aujourd’hui, personne ne sait quand les discothèques rouvriront en France. « On est tous à fleur de peau moralement. Mes enfants me disent souvent que je suis énervé en ce moment. Mais on a besoin d’avoir une visibilité pour savoir quand on va rouvrir. Notre banquier, notre comptable, notre propriétaire, tout le monde nous demande quand ça va changer. Mais on n’en sait rien », reconnaît Christophe Savey, le patron de La Relève à Lille.

En revanche, ce que tout le monde sait ou presque c’est que le monde de la nuit va mal. « Au 15 mars 2020, il y avait 1.600 discothèques en France. Aujourd’hui, il y en a 1.300. Plus de 20 % des établissements ont définitivement fermé leurs portes », constate Franck Duquesne, patron du Duke’s et en charge du monde de la nuit à l’Union des métiers d’industrie et de l’hôtellerie (UMIH) Lille Métropole. 

« Des fonds de commerce qui ne valent plus rien »

Au vu de la situation qui s’éternise, de nombreux salariés ont décidé de changer de métier. Quant aux gérants, s’ils bénéficient des aides de l’Etat, la situation n’est pas non plus idyllique. Après n’avoir rien touché de mars à mai 2020, les patrons de boîtes se sont vus verser 15.000 euros par mois pendant l’été (de juin à septembre) avant de percevoir désormais 20 % du chiffre d’affaires de 2019. Insuffisant pour payer toutes les charges d’un secteur privé de toute activité depuis un an, selon Peo Watson. Le représentant de l’UMIH de Lille Métropole fait part des revendications du monde de la nuit

« Vu que nos fonds de commerce ne valent plus rien aujourd’hui et qu’on n’a pas de visibilité, on réclame plusieurs choses. A commencer par l’indemnisation de nos fonds de commerce à hauteur de 90 % de notre chiffre d’affaires de 2019. On veut aussi que les PGE [prêts garantis par l’Etat] soient étendus de 6 à 10 ans. Et on souhaite également une indemnisation rétroactive de la période de mars à mai 2020 vu qu’on est toujours fermés aujourd’hui. On réclame aussi une indemnisation pour les exploitants qui n’ont pas droit au chômage », explique le patron du Magazine Club de Lille.

Les gens reviendront-ils faire la fête comme avant ?

Pour se faire entendre, le monde de la nuit compte sur la négociation avec l’Etat. « Numériquement, on ne fait pas le poids dans la rue. Ce qui explique aussi la condescendance des pouvoirs publics », poursuit Peo Watson. Mais ce qui préoccupe le plus les exploitants de discothèques concerne le monde d’après avec une question phare : les gens reviendront-ils faire la fête comme avant ? Car un protocole sanitaire strict pourrait refroidir les ardeurs des danseurs.

« Quand on avait espoir d’ouvrir avant l’été 2020, le protocole sanitaire prévoyait de fermer les pistes de danse, de mettre des tables à la place et d’être six personnes maximum autour. Si c’est ça, autant rester fermé car ça ne vaut pas le coup », avoue Edouard Duquesne qui gère Le Baron à Lille. « Aller dans une boîte sans danser, c’est comme aller au resto sans manger, ça ne sert à rien », ajoute Christophe Savey. Comme lui, ils sont nombreux en France à se demander si les boîtes de nuit retrouveront un jour leur folle vie d’avant.