Affaire Mila : Le compte Twitter de l’adolescente brièvement suspendu

HARCELEMENT L'Iséroise, devenue l’un des symboles des persécutions sur internet, avait répondu à certains de ses agresseurs

J.-L.D. avec AFP

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Une pétition a même été lancée pour soutenir Mila.
Une pétition a même été lancée pour soutenir Mila. — Capture d'écran Twitter

Twitter a suspendu ce dimanche pour « harcèlement » le compte de l’adolescente iséroise Mila, devenue l’un des symboles des persécutions sur Internet, avant de revenir le lendemain sur sa décision devant l’émotion suscitée. La jeune fille, qui compte plus de 20.000 abonnés, avait posté en soirée de vieux dessins d’enfance, avant d’être la cible de milliers de messages d’insultes et de menaces tels que « sale pute », « sale gouine », « sale islamophobe », a indiqué son avocat Richard Malka.

A l’hebdomadaire Le Point, Mila reconnaît avoir répondu à certains, traitant l’auteur de l’un des messages de « puceau frustré », ce qui pourrait être à l’origine de sa suspension par le réseau.  « C’est invraisemblable, elle n’est que victime », a relevé Me Malka, en dénonçant « une plateforme de l’arbitraire qui refuse d’appliquer les lois françaises, un réseau sans foi ni loi. C’est comme si vous étiez agressé dans la rue et qu’on vous condamnait pour agression ».

Cédric O à la rescousse

Sur la page de @magicalorrs, une pastille blanche a remplacé pendant quelques heures la photo de profil de la jeune fille tandis que le message « Twitter suspend les comptes qui enfreignent les Règles de Twitter » s’affichait. Interrogée, la société américaine a reconnu « une erreur ». La décision d’intervenir a été « annulée et l’accès au compte a été rétabli ». Ce qui était effectivement le cas en fin de matinée lundi.

Pour le secrétaire d’Etat chargé de la Transition numérique Cédric O, « le rétablissement du compte de @magicalorrs par @TwitterFrance intervient trop tard : la double peine pour #mila, constamment harcelée. Pour protéger les victimes en ligne, la régulation des réseaux sociaux est une priorité du @gouvernementFR ». Intervenant sur Radio J, la députée LREM Aurore Bergé a également relevé « un sujet majeur de régulation sur lequel on se sent un peu démuni » […] car dépendant « d’un certain nombre de règles qui sont propres à ces réseaux sociaux ».

« Quand une femme est menacée de mort, c’est elle qu’on protège »

La suspension du compte de Mila avait auparavant suscité nombre de réactions indignées sur cette même plateforme. « #Mila @magicalorrs poste un dessin d’enfant, se fait immédiatement conspuer et harceler. Twitter, n’écoutant que son courage qui ne lui disait rien, bloque le compte de la victime sous les applaudissements fanatiques des sycophantes haineux. @TwitterFrance vous devriez avoir honte », a réagi la Licra.

L’écrivain Raphaël Enthoven a lui posté : « Rendez-nous @magicalorrs ! Quand une femme est menacée de mort, c’est elle qu’on protège. Pas les assassins putatifs (attention, les cons : ceci n’est pas une insulte).#Mila »

Twitter pointé du doigt

« En fermant le compte d’une jeune femme harcelée et menacée par les islamistes, #Twitter a choisi le camp des ennemis de la démocratie » a tonné Marine Le Pen. « Il est temps de protéger la liberté d’expression face au pouvoir exorbitant de ces plateformes privées et leurs abus répétés ! », a estimé la présidente du Rassemblement national.

Quant à la sénatrice LR Valérie Boyer, elle a relevé que Twitter France « préfère ses agresseurs haineux à leur victime », alors que celle ci est « déjà privée de liberté, en danger de mort permanent, par les islamistes ». La vie de cette jeune fille a basculé en janvier 2020, quand elle a publié une vidéo devenue virale dans laquelle elle proférait de virulentes critiques sur l’islam. « Le Coran il n’y a que de la haine là-dedans, l’islam c’est de la merde », disait-elle dans cette vidéo, initialement diffusée dans une discussion personnelle.

Ses propos ont déclenché un déferlement de menaces, la contraignant à quitter son lycée de Villefontaine (Isère). Après avoir été présentées à un procureur du pôle national de lutte contre la haine en ligne en février, cinq personnes âgées de 18 à 29 ans doivent être jugées le 3 juin par le tribunal correctionnel de Paris pour « harcèlement moral » et, pour deux d’entre elles, « menaces de mort ».