Coronavirus : Près d’un jeune sur deux a perdu des amis depuis le début des restrictions, selon notre baromètre OpinionWay

CONFINEMENT, UN AN APRES Notre baromètre #MoiJeune-OpinionWay indique également que 61 % des jeunes de 18 à 30 ans ont transgressé les restrictions, de manière régulière ou occasionnelle

Charlotte Murat

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Près de la moitié des jeunes de 18 à 30 ans ont perdu des amis depuis le premier confinement.
Près de la moitié des jeunes de 18 à 30 ans ont perdu des amis depuis le premier confinement. — Canva/20 Minutes
  • Un an après l’entrée en vigueur du confinement, décrété le 17 mars 2020 pour lutter contre l’épidémie de Covid-19, 20 Minutes revient sur les conséquences des mesures restrictives sur la vie des Français, et notamment celle des jeunes.
  • Notre baromètre #MoiJeune 20 Minutes-OpinionWay s’est notamment penché sur les conséquences sociales de la crise. Il en ressort que 46 % des jeunes de 18 à 30 ans disent avoir perdu des amis depuis le début des restrictions sanitaires.
  • Or l’amitié et les interactions sociales dans cette tranche d’âge sont primodiales pour la construction de la personnalité, selon la sociologue Claire Bidart.

Un premier confinement, puis un deuxième, des couvre-feux, la fermeture des universités, des restaurants, des lieux de culture, des salles de sport, le télétravail. Depuis un an, le Covid-19 pèse très lourd sur notre vie en général, et sur nos relations sociales en particulier. Selon notre baromètre #MoiJeune-OpinionWay*, près de la moitié (46 %) des jeunes de 18 à 30 ans affirment ainsi avoir perdu des amis.

Un chiffre qui peut paraître étonnant, à l’heure du smartphone greffé au bout du bras, et des apéros Skype. « Heureusement que les réseaux sociaux étaient là, mais ce n’est quand même pas la même chose que de voir ses amis en physique », explique la sociologie Claire Bidart, membre du CNRS-LEST et qui participe à l’enquête Vico sur les conséquences du confinement sur la vie quotidienne des Français. Car, explique-t-elle, « la sociabilité des jeunes est très orientée vers le collectif, les activités, le fait de faire des choses et de vibrer ensemble. » Les jeunes ne peuvent plus se retrouver, les amitiés s’étiolent. « C’est plus perdu de vue que perdu pour moi. Mais c’est vrai qu’il n’y a qu’un pas entre les deux », témoigne Marc, membre de notre communauté MoiJeune.

Construire son identité face à l’autre

C’est sans doute ce besoin vital de socialisation qui explique pourquoi 61 % des jeunes de 18 à 30 ans avouent avoir transgressé les restrictions, de manière régulière ou occasionnelle. « Je voulais vraiment garder contact avec mes amis les plus proches », se justifie Laura, de la communauté MoiJeune.

Ces amis perdus de vue, on peut aisément imaginer que ce ne sont pas les plus proches, les meilleurs. Est-ce si grave de ne plus être en relation avec les potes de potes, avec les copains de la salle de sport que l’on n’a jamais croisés en dehors, tous ces gens que l’on pourrait résumer avec le terme de « deuxième cercle » ? Oui, selon Claire Bidart. Car les amitiés, proches ou lointaines, sont « fondamentales pour se construire une identité, que l’on développe par comparaison et opposition aux autres ».

« En sortant du lycée, qui reste un milieu assez homogène, les jeunes se confrontent à la diversité du monde, dans leurs études et au début de leur vie professionnelle, précise la sociologue. Ils apprennent alors à trier et à s’orienter par comparaisons. Ils font des choix pour se construire. Rester dans leur bulle familiale ou d’amis très proches est mauvais pour eux, ils se sentent enfermés. » Autrement dit, les jeunes ont besoin de côtoyer un maximum de gens.

Réassurer l’amitié

Marc assure avoir profité de cette période pour reprendre contact avec de vieux amis grâce aux réseaux sociaux. Mais tous ces canaux de communication ne créent pas, ou peu, de rencontres, n’aident pas à la diversité. « Les relations virtuelles sont orientées. C’est un entre-soi qui ne présente pas ou peu de nouveautés, développe Claire Bidart. Et surtout, on y échange des informations, on ne se dit que des choses utiles. Or l’amitié passe par le fait de se raconter des choses inutiles, par tous ces petits gestes, ces rigolades. Etre ami, c’est aussi le temps perdu à ne rien faire ensemble. »

Autre sujet de préoccupation pour la sociologue, ce sont les conflits qui ont cassé les amitiés. « C’est nouveau et inquiétant. D’habitude, on perd ses amis en se perdant simplement de vue. » Or l’épidémie et ses multiples sujets de controverses, liés à « l’angoisse qui nous a tous saisis » et à l’impossibilité de se voir ont produit des différends irréconciliables. « Tout passe uniquement par la parole, la mayonnaise monte et il n’y a plus les petits gestes pour se rabibocher », regrette Claire Bidart. Et même si elle fait confiance à la jeunesse pour « inventer de nouveaux modèles », la sociologue se pose la question des conséquences de ces amitiés non renouvelées ou brisées. « Plus la situation actuelle dure, plus les choses vont réellement changer. »

* Etude #MoiJeune 20 Minutes – OpinionWay réalisée en ligne du 25 au 26 février 2021 auprès d’un échantillon représentatif de 695 jeunes âgés de 18 à 30 ans (méthode des quotas)

Si vous avez entre 18 et 30 ans, vous pouvez participer au projet « #MoiJeune », une série d’enquêtes lancée par 20 Minutes et construite avec et pour les jeunes. Toutes les infos pour vous inscrire en ligne ici.