Montauban : Une porcherie industrielle sur un lieu de mémoire fait couiner

POLEMIQUE Une polémique autour d’un lieu de mémoire des Républicains espagnols accolé à une porcherie industrielle pourrait éclabousser la visite d’Emmanuel Macron dans le Tarn-et-Garonne

Eric Dourel
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Montauban : Une porcherie industrielle sur un lieu de mémoire fait couiner (Illustration.
Montauban : Une porcherie industrielle sur un lieu de mémoire fait couiner (Illustration. — INA FASSBENDER / AFP
  • L’extension de la porcherie industrielle à proximité du mémorial du camp des Judes, dans le Tarn-et-Garonne, où furent enfermés 16.000 Républicains espagnols, ne passe toujours pas.
  • Les associations de mémoire veulent interpeller Emmanuel Macron, lors de sa visite lundi à Montauban,
  • Ce samedi, à 9h30, une marche est prévue depuis le mémorial, jusqu’au village de Septfonds.

Un temps de cochon en perspective… Ce lundi, Emmanuel Macron se rend à Montauban pour le 26e sommet franco-espagnol. Il va en profiter pour aller en compagnie de Pedro Sánchez, premier ministre espagnol, fleurir la tombe de Manuel Azaña, le président de la République espagnole de 1936, mort en exil dans le chef-lieu du Tarn-et-Garonne. 

Mais c’est à propos d’une polémique touchant un autre lieu de mémoire qu’il risque de se faire interpeller : le mémorial du camp de Judes à Septfonds, à 30 kilomètres de Montauban, où furent internés 16.000 Républicains espagnols. Et à côté duquel vient de s’agrandir une porcherie industrielle pour devenir l’une des plus imposantes du département.

Masques de cochons, chants de la guerre d’Espagne

« Je fais effectivement partie des invités et je compte parler au Président de cet endroit qui devrait être sacralisé. Un lieu où devraient primer la dignité et le respect de la mémoire de nos pères, un lieu à côté duquel on répand tous les jours 18 tonnes de lisier », commente amer José Gonzales, président de l’association Mémoire de l’Espagne Républicaine (MER 82).

Déjà, dès ce samedi les hostilités vont débuter, avec, à partir de 9h30, une marche mémorielle qui part de la gare de Borredon, pour aller jusqu’à la mairie de Septfonds, via le mémorial. Masques de cochons, chants de la guerre d’Espagne, batucada, prises de paroles sont au programme. Le but: dénoncer la présence de cette porcherie qui n’en finit plus de s’étendre.

Détruit en 1945, ce camp d’internement où furent parqués combattants anti-franquistes et plus tard, juifs en partance pour Auschwitz, devient au début des années 1970 une ferme, avant de se transformer 25 ans plus tard, sous la houlette du Gaec de Saintou, en un élevage porcin d’un millier de têtes. Les anciens guérilleros montent alors au créneau pour dénoncer la création d’un élevage décrié comme « concentrationnaire » L’exploitant temporise et leur cède à quelques centaines de mètres, un bout de terrain gratuit pour qu’ils édifient un mémorial.

Appel en cours

En décembre 2017, la préfecture du Tarn-et-Garonne autorise le Gaec de Saintou a s’agrandir en construisant un nouveau bâtiment de 2.630 m² et en triplant sa production pour atteindre 6.500 porcs par an. Nouveau branle-bas combat, l’association MER 82, épaulée par la Confédération Paysanne et par France Nature Environnement attaque devant le tribunal administratif de Toulouse. La décision tombe en novembre 2019 : leur requête est « rejetée » au motif que « les descendants de soldats espagnols » ne « résident pas dans la commune » et aussi parce qu’il « ne résulte pas de l’instruction que l’exploitation impacterait le mémorial dès lors que l’épandage du surplus de lisier n’est pas prévu sur le territoire de la commune de Septfonds ».

Pour Ludovic Florès, cogérant du GAEC de Saintou, « le bâtiment est maintenant construit, l’extension est opérationnelle, tout a été fait dans les règles de l’art, on ne peut pas revenir en arrière ». Au contraire, pour l’association MER 82, l’appel de la décision qui doit intervenir dans les prochains mois devant la cour administrative d’appel de Bordeaux pourrait encore rebattre les cartes.