Coronavirus : « Inutiles », « infantilisantes », « pompes à fric »… Depuis un an, la France sous attestations

CONFINEMENT, UN AN APRES « 20 Minutes » a demandé à ses lectrices et lecteurs comment ils s’accommodaient (ou pas) des attestations de déplacement, en vigueur quasiment sans interruption de depuis le printemps dernier

Thibaut Chevillard

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Illustration de policiers, ici en novembre 2020 lors d'un contrôle des attestations de déplacement imposées par le confinement, à Rennes.
Illustration de policiers, ici en novembre 2020 lors d'un contrôle des attestations de déplacement imposées par le confinement, à Rennes. — C. Allain / 20 Minutes
  • Un an après l’entrée en vigueur du confinement, décrété le 17 mars pour lutter contre l’épidémie de Covid-19, 20 Minutes revient la mise en place des attestations de déplacement, devenues un objet du quotidien.
  • Si certains et certaines comprennent l’intérêt de cette mesure, nombreux d’entre vous les qualifient d'« inutiles » et d'« infantilisantes ».
  • Pour Antoine Jardin, ingénieur de recherche au Cesdip (Centre de recherche sociologique sur le droit et les institutions pénales), l’obligation de remplir ce document a un impact sur les « contacts sociaux ».

Une attestation pour sortir le chien, une pour rentrer du travail, une autre encore pour aller faire ses courses… Le 16 mars 2020, pour lutter contre la propagation du coronavirus en France, le président de la République annonce la mise en place d’un confinement de plusieurs semaines. Pour sortir, les Françaises et Français doivent se munir d’une attestation justifiant leur déplacement. Cette mesure, momentanément remplacée par une attestation dite des « 100 km » en mai 2020, a été réintroduite lors du deuxième confinement, ainsi que pour les  couvre-feu à l’automne et depuis la mi-décembre 2020.

« Je ne m’y fais pas », explique Jean-Marie, l’un des nombreux lecteurs de 20 Minutes qui a répondu à notre appel à témoignages. « On ne s’en accommode pas. C’est obligatoire », complète Michel. « Pourquoi en fallait-il une ? » s’interroge Hervé.

« En France le choix qui a été fait, c’est d’avoir un contrôle institutionnel et légal de cette dimension du comportement privé qui avait des impacts pour la santé publique », analyse Antoine Jardin, ingénieur de recherche au Cesdip (Centre de recherche sociologique sur le droit et les institutions pénales). D’autres pays ont fait des choix différents. « Certains ont décidé de ne pas avoir de contrôles de la circulation de personnes, comme c’était le cas notamment aux Etats-Unis sous l’administration de Donald Trump », poursuit-il. D’autres pays, comme Taïwan ou la Corée du Sud, « ont fait des choix d’appels à la responsabilité individuelle. Il y avait des sollicitations et des encouragements, mais pas de mesures à caractère contraignant ».

« C’est juste un truc inutile »

« C’est pour moi un geste civique bien dissuasif », estime pour sa part Jean-François. « Ces mesures sont provisoires et la situation exige d’être très attentif et de faire des sacrifices au quotidien », complète John. Mais après une année passée à remplir ce formulaire au gré de l’évolution de la pandémie, la majeure partie des lecteurs qui ont répondu « n’en peuvent plus », comme le souligne Josyane. « Ces attestations ne servent à rien, c’est vraiment à l’image de l’administration française. Rendre compliqué inutilement quelque chose qui pourrait être simple », affirme Michel. « Être obligé de se faire une attestation à soi-même, c’est d’une débilité », fulmine Francine. « Ça ne sert à rien du tout, s’auto-autoriser à sortir de chez soi, c’est vraiment ridicule », réagit Nadia.

Nombreux sont les lecteurs de 20 Minutes à trouver cette mesure « infantilisante », à l’instar de Dany. « Ça me rappelle les années collège, avec les mots d’excuses pour le surveillant général », reprend l’une des personnes nous ayant répondu. Beaucoup estiment qu’il s’agit d’une façon, pour l’Etat, de récupérer de l’argent en verbalisant les contrevenants. « Les attestations n’ont qu’un objectif pour le gouvernement, c’est de récupérer du fric, c’est un nouvel impôt déguisé », tonne Jean-Philippe quand un autre lecteur qualifie lui aussi cette mesure de « pompe à fric ». Entre le 15 décembre 2020 et la fin février 2021, le ministère de l’Intérieur avait comptabilisé plus de 3,2 millions de contrôles d’attestation et 300 000 procès-verbaux établis.

Pourtant, malgré les risques d’être verbalisés après 18h, certains lecteurs, comme Guib, ont « arrêté de les remplir parce que c’est grotesque ». « Ça fait longtemps que je ne les remplis plus pour les petites distances », ajoute EowynCarter. Audrey note qu’elle n’a « jamais été contrôlée après 18h ». « Je n’ai jamais vu un policier faire un contrôle », assure également Cédric.

« Je mettais du Tippex à chaque fois ! »

« Je ne la remplis jamais, je n’y pense pas du tout, surtout lorsque je vais promener mon chien le soir », souffle Titine. Val, elle, reconnaît avoir parfois « menti sur le motif pour pouvoir sortir ». Et pour rester dehors plus longtemps durant le confinement, elle remplissait l’attestation avec un stylo qui « s’efface » : « Si je sors deux ou trois heures, je change l’heure. » « Je n’en avais qu’une et je mettais du Tippex à chaque fois ! », confie également Jon. « Avec 8 attestations d’une heure, on [pouvait] sortir toute la journée en toute légalité », s’amuse Leonidaso. Depuis l’instauration du couvre-feu, certains lecteurs, à l’instar de Llc100 qui est récemment sorti dîner chez des proches, font « une attestation bidon » pour se déplacer après 18h. « C’est un peu pénible mais bon… »

Cette mesure a-t-elle été efficace pour lutter contre la propagation du virus ? « On n’a pas assez de recul pour pouvoir quantifier l’effet d’une mesure comme celle-là parmi d’autres dispositifs qui ont pu être mises en place, comme la fermeture des écoles, le télétravail… », remarque l’ingénieur de recherche au Cesdip. Et Antoine Jardin de conclure : « Ce qu’on sait mesurer en revanche, c’est l’effet de la réduction des contacts sociaux et ça, ça a un effet, c’est certain. »