Napoléon a rétabli mais aussi durci le régime esclavagiste, indique une note

ANNIVERSAIRE « Napoléon a agi comme il l’a fait en toutes choses : sans affect, et sans morale », dit le président de la Fondation pour la mémoire de l’esclavage, Jean-Marc Ayrault

20 Minutes avec AFP

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Napoléon, alors premier consul, ici représenté traversant les Alpes, au Louvre Abu-Dhabi. (illustration)
Napoléon, alors premier consul, ici représenté traversant les Alpes, au Louvre Abu-Dhabi. (illustration) — GIUSEPPE CACACE / AFP

Napoléon Bonaparte a rétabli sans état d’âme en 1802 l’esclavage aboli par la Révolution, laissant s’instaurer un régime colonial plus ségrégationniste que sous la monarchie, a dénoncé vendredi la Fondation pour la mémoire de l’esclavage (FME), en cette année du 200e anniversaire de sa mort. « Napoléon a agi comme il l’a fait en toutes choses : sans affect, et sans morale », confie son président, l’ancien Premier ministre Jean-Marc Ayrault.

« Cette décision, analyse l’ex-maire de Nantes, n’est pas un "accident de parcours" mais s’inscrit dans sa pratique du pouvoir et dans son ambition impériale ». Intitulée « Napoléon colonial - 1802, le rétablissement de l’esclavage », cette note, rédigée par quatre historiens, démontre comment cette mesure s’inscrivait dans la politique coloniale américaine du Premier consul qui rêvait de faire du Golfe du Mexique « une mer française ». Elle décrit pour les Noirs le retour vers un régime plus sévère que sous l’Ancien Régime.

Le « rêve américain »

« Napoléon veut agrandir l’empire colonial français : c’est son rêve américain. Pour lui, le rétablissement de l’esclavage n’est qu’un moyen au service de ce rêve colonial ». Selon Jean-Marc Ayrault, « Napoléon est un cynique. Il n’est ni un idéologue raciste, comme les colons qui l’entourent, ni un humaniste abolitionniste, comme l’Abbé Grégoire qui s’oppose à lui ». Cette note des historiens Marcel Dorigny, Bernard Gainot, Malick Ghachem et Frédéric Régent retrace une histoire complexe.

L’esclavage est aboli en 1794 par la Convention mais la mesure n’est pas appliquée partout. La loi du 20 mai 1802 prévoit le maintien de l’esclavage là où il n’a pas été aboli : à la Réunion, où les colons n’avaient pas obéi à la Convention, et en Martinique qui avait été sous domination anglaise. En Guadeloupe, Bonaparte rétablit l’esclavage, une mesure également appliquée en Guyane. L’esclavage restera en vigueur jusqu’à son abolition définitive en 1848.

Un ordre plus dur que sous l’Ancien régime

En rétablissant l’esclavage, Bonaparte donne raison - à travers ses décrets et instructions - aux revendications des colons racistes qui voulaient un ordre ségrégationniste plus dur que sous l’Ancien Régime. Ils craignaient les rébellions comme celle de Saint-Domingue où naîtra la République d’Haïti en 1804.

« Napoléon ne fait pas que rétablir l’esclavage. Par des textes spécifiques, […] il s’en prend aussi aux "libres de couleur" (Noirs affranchis). Leurs droits sont diminués, les mariages mixtes sont interdits, le métissage est condamné », relève l’ancien Premier ministre de François Hollande.