« Islamo-gauchisme » : Une université de Toulouse porte plainte après la prise à partie d’enseignants par un blog d’extrême droite

RIPOSTE Après la polémique sur l’islamo-gauchisme, des enseignants-chercheurs de l’université Toulouse-Jean-Jaurès ont été visés par un blog d’extrême droite

Béatrice Colin
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Les allées désertes de l'Université Toulouse Jean-Jaurès, le campus installé au coeur du Mirail .
Les allées désertes de l'Université Toulouse Jean-Jaurès, le campus installé au coeur du Mirail . — B. Colin / 20 Minutes
  • Mi-février, la ministre de l’Enseignement supérieur créait la polémique en indiquant que « l’islamo-gauchisme » gangrenait en partie l’université.
  • En réaction, plus de 600 universitaires, dont une vingtaine de Toulousains, signaient une pétition pour demander sa démission. Ces derniers étaient rapidement la cible de propos diffamatoires sur un site d’extrême droite.
  • La présidente de l’université Toulouse-Jean-Jaurès et son conseil d’administration ont décidé de porter plainte pour soutenir ses enseignants-chercheurs visés.

« La liberté académique est le bien commun de l’université française et constitue la condition essentielle à l’exercice de nos missions de formation et de recherche. Nous continuerons de la défendre à chaque fois qu’elle sera mise en cause ou attaquée. » Ces mots sont ceux d’Emmanuelle Garnier, la présidente de l’université Toulouse-Jean-Jaurès, qui a décidé de prendre position suite aux propos polémiques de Frédérique Vidal sur «l’islamo-gauchisme».

Mi-février la ministre de l’Enseignement supérieur, Frédérique Vidal, estimait que « l’islamo-gauchisme » gangrenait en partie l’université et demandait au CNRS une enquête sur le sujet, pour faire le distinguo entre ce qui relève de la recherche et ce qui est du militantisme. En réaction, plus de 600 universitaires réclamaient le 20 février sa démission dans une tribune publiée par le journal Le Monde, l’accusant de « faire planer la menace d’une répression intellectuelle ».

Protection fonctionnelle

Parmi les signataires, une vingtaine d’enseignants-chercheurs de l’université Toulouse-Jean-Jaurès dont les noms se sont rapidement retrouvés jetés en pâture sur des blogs d’extrême droite. « De tels agissements, attentatoires aux personnes et à leurs fonctions, appellent une réaction ferme de la part de notre établissement. Ainsi, les collègues mis·e·s en cause se verront accorder la protection fonctionnelle, s’ils·elles en font la demande, ce qui leur permettra notamment d’engager des actions en justice contre l’auteur de cette publication. L’université, en tant qu’institution, a également déposé une plainte avec constitution de partie civile auprès du procureur de la République », a indiqué dans un communiqué Emmanuelle Garnier.

Dès le 2 mars, le conseil d’administration de l’établissement supérieur avait adopté une motion où la communauté universitaire rappelait « son attachement à la liberté académique inscrite dans le Code de l’éducation et dénonce les propos délibérément polémiques qui tendent à décrédibiliser la recherche en sciences humaines et sociales alors même que celle-ci devrait être défendue haut et fort comme une ressource fondamentale pour comprendre et faire face à la complexité du monde contemporain. »

Le débat, et la défiance de nombreux universitaire et leur ministre de tutelle, n’est pas près de s’arrêter.