Bordeaux : Brigades du tigre, traitements anti-larvaires… La métropole se prépare avant le retour des moustiques

ARSENAL La ville de Bègles recrute des habitants pour ses nouvelles Brigades du tigre, tandis que la métropole a démarré les traitements anti-larvaires contre les moustiques traditionnels

Mickaël Bosredon

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Illustration d'un moustique tigre.
Illustration d'un moustique tigre. — FotoshopTofs / Pixabay
  • Le moustique tigre est apparu sur la métropole de Bordeaux en 2014, et sur Bègles en 2015.
  • C’est une espèce exclusivement urbaine, qui prolifère dans les points d’eau de nos jardins.
  • C’est pourquoi la ville de Bègles recrute des habitants qui seront formés à apprendre les gestes qui sauvent, et à les diffuser dans leurs quartiers.

« Dans deux mois, tout le monde ne parlera plus que de ça… » prévient Pierre Oualet, élu à la transition écologique à la ville de Bègles. « Ça », c’est le moustique tigre, cette fameuse espèce tropicale apparue en France en 2010 via le port de Marseille, et qui a débarqué sur la métropole de Bordeaux en 2014. A Bègles, elle a été identifiée pour la première fois en 2015, et depuis, elle pourrit la vie des habitants dès le printemps.

Cette année, la municipalité béglaise souhaite prendre les devants. Elle lance ces jours-ci ses premières « Brigades citoyennes du tigre »… Il s’agit de recruter des habitants volontaires qui seront formés par le centre de démoustication de Bordeaux Métropole. Ils y apprendront les gestes qui sauvent, qu’ils diffuseront auprès de leurs voisins. « Ces gestes simples réduisent de 80 % le risque de présence du moustique à proximité, et donc de piqûre » assure la municipalité.

« Parler entre voisins, pour adopter une attitude commune »

Il faut bien différencier les espèces de moustique traditionnellesdu moustique tigre, car elles ont des modes de vie et des comportements très différents. Tout d’abord, le moustique tigre est une espèce exclusivement urbaine. « Les lieux de ponte des moustiques tigre se font en ville, pas dans des contextes naturels, insiste Pierre Oualet. C’est pourquoi il faut sensibiliser les habitants, qui seront les meilleurs acteurs contre la prolifération du moustique tigre, dont le rayon d’action est d’une centaine de mètres maximum. »

Ces gestes qui sauvent sont assez simples. « Il s’agit de couvrir les récupérateurs et les regards d’eau pluviale, en les rendant totalement hermétiques, soit avec du grillage moustiquaire, soit avec du film silicone qui vient former une pellicule à la surface de l’eau, explique Christophe Courtin, chargé d’études et de coordination au centre de démoustication de Bordeaux Métropole. Il existe aussi des produits biologiques anti-larvaires. Et il faut également surveiller ses réceptacles d’eau mobile dans les jardins (mobilier, brouettes, arrosoirs, soucoupes de pots de fleurs…), qu’il convient de vider régulièrement. Il est primordial de faire le tour de son jardin, une fois par mois. Et il faut parler entre voisins, pour adopter une attitude commune. »

Le moustique tigre survient d’ordinaire à partir de mai. « Après avoir passé l’hiver à l’état d’œuf, il se réveille à la faveur du réchauffement des températures », précise Christophe Courtin. On peut commencer à inspecter son jardin dès maintenant, mais il sera surtout nécessaire de le faire à partir du mois d’avril, et jusqu’à la fin de l’été.

Une première série de traitement anti-larvaires

Parallèlement, la lutte contre le moustique traditionnel, qui touche les zones un peu plus excentrées de la métropole, a démarré. « Ce qui conditionne l’éclosion des moustiques, c’est l’eau, qui, sur Bordeaux Métropole, provient à 90 % des précipitations, rappelle Christophe Courtin. En 2020, nous avons connu deux épisodes pluvieux d’importance, le premier en février-mars avec plus de 100 mm en quinze jours, avec pour conséquence une première vague de moustiques vers le 20-25 mars, puis un deuxième entre le 20 avril et le 10 mai avec 150 mm d’eau, et une nouvelle phase d’éclosion derrière. »

Les fortes précipitations de décembre et janvier risquent-elles de générer à leur tour de fortes éclosions de moustiques ? Ce n’est pas le cas pour l’instant, nous dit le spécialiste. D’abord parce que nous sommes toujours en hiver, et à cette époque de l’année le moustique reste généralement encore à l’état de larve. Ensuite, parce que le centre de démoustication a réagi immédiatement, en effectuant déjà une série de traitements anti-larvaire, essentiellement sur deux espèces de moustiques. « Pour le moment, nous ne sommes pas dans les conditions exacerbées de l’année dernière », rassure Christophe Courtin. Mais les surfaces à inspecter sont tellement étendues, avec parfois des zones inaccessibles, et comportant des parcelles privées où Bordeaux Métropole ne peut pas mettre les pieds sauf cas particuliers, « qu'on ne peut pas exclure pour autant la présence de moustiques d’ici quinze jours. »

Eviter d’utiliser des traitements contre le moustique adulte

Le centre de démoustication ne peut en effet intervenir que sur le domaine public de Bordeaux Métropole. « Globalement, les zones humides que nous contrôlons se situent sur la presqu’île d’Ambès, les communes de Parempuyre et Blanquefort, Le Taillan, Saint-Aubin, les zones forestières de Mérignac et Pessac, puis Bègles, Villenave-d’Ornon et Bouliac. »

Ces territoires vont continuer à être inspectés par les onze membres du centre de démoustication ces prochaines semaines, où ils vont traquer uniquement les larves, sachant qu’ils ne sont pas non plus autorisés à utiliser de produits contre le moustique adulte. Seule l’ARS (Agence régionale de santé) peut déclencher ce type d’opération, en cas de détection d’une maladie type dengue, zika ou chikungunya, propagée par le moustique tigre. « En revanche, les particuliers peuvent, eux, utiliser des produits contre le moustique adulte, observe Christophe Courtin, ce que nous déconseillons cependant, car ces produits sont généralement nocifs et très peu sélectifs. » D’où l’intérêt, d’agir en amont.