Inceste : Officiellement installée, la commission veut « agir vite »

VIOLENCES SEXUELLES Composée de 20 membres permanents et de sept « grands témoins », cette structure s’est réunie pour la première fois ce jeudi

Hélène Sergent
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La commission aura notamment pour mission de recueillir des données chiffrées sur l'ampleur de l'inceste en France.
La commission aura notamment pour mission de recueillir des données chiffrées sur l'ampleur de l'inceste en France. — Philippe LOPEZ / AFP
  • Coprésidée par Nathalie Mathieu, directrice générale de l’association Docteurs Bru, et Edouard Durand, magistrat, la commission indépendante sur l'inceste s’est réunie pour la première fois ce jeudi.
  • Composée de magistrats, avocats, membres des forces de l'ordre, chercheurs, psychologues ou encore de pédiatres, elle doit aller à la rencontrer des victimes d’inceste et recueillir leur parole.
  • Soucieux « d’aller vite », les deux coprésidents ont fait part de leur volonté de mettre en place très rapidement des actions « visibles » de prévention et de prise en charge des victimes mineures de violences sexuelles et des auteurs.

Dans une vaste salle installée au sous-sol du ministère des Sports, l’émotion était palpable, ce jeudi matin. Trois mois après sa création, la commission indépendante sur l’inceste et les violences sexuelles faites aux enfants (Ciivise) a officiellement démarré ses travaux. Émaillée en janvier dernier par la démission de sa précédente présidente, Elisabeth Guigou, après avoir été citée comme proche d’Olivier Duhamel, accusé de viols incestueux par sa belle-fille Camille Kouchner, l’instance a pris un nouveau départ.

Composée de 20 membres permanents et sept membres associés, cette commission aura deux ans pour « changer le regard de la société sur les violences sexuelles faites aux enfants », a détaillé ce jeudi le secrétaire d’État chargé de l’Enfance et des Familles, Adrien Taquet. Désormais pilotée par le juge des enfants Edouard Durand et Nathalie Mathieu, directrice générale de l’association Docteurs Bru qui prend en charge des victimes d’inceste, cette commission unique en France était particulièrement attendue.

« Aller vite »

Face à l’ensemble des membres chargés de travailler à leurs côtés, les deux présidents ont détaillé l’immense tâche qui les attend désormais. « Notre premier devoir est de signifier notre considération collective à l’égard de toutes les victimes de violences sexuelles pendant l’enfance, avec un mot d’ordre prononcé par le président de la République le 23 janvier dernier : "On vous croit" », a insisté Edouard Durand. Soucieuse « d’aller vite » et de rendre leurs actions « visibles », Nathalie Mathieu a dévoilé à ses futurs collègues les différentes missions à mener à court, moyen et long terme.

Pour écouter et recueillir la parole des victimes, compiler et synthétiser des données quantitatives sur l’inceste, la commission pourra s’appuyer « sur les administrations des ministères concernés », s’est engagé Adrien Taquet. La Justice, l’Education, l’Intérieur, la Culture et la Santé seront les principaux concernés, a-t-il ajouté. Deux séminaires pour aller à la rencontre de victimes seront également organisés d’ici l’été, a précisé Nathalie Mathieu. Répartis en différents groupes thématiques – pratiques professionnelles, soins, police-justice, recherche et enjeux de société –, les membres de cette instance devront nourrir et enrichir les politiques publiques pour lutter contre ce phénomène.

Experts et victimes réunies

Pluridisciplinaire, la commission pourra également compter sur l’expertise de magistrats, chercheurs, psychiatres, pédiatres, ainsi que d’une avocate, d’une policière et d’un gendarme. Elle s’appuiera sur l’expérience de sept « grands témoins » et victimes comme Eva Thomas ou l’ex-rugbyman Sébastien Boueilh, devenus des acteurs engagés contre les violences sexuelles sur mineurs. Face à eux, Adrien Taquet a tenu à saluer « leur courage » et celui « de toutes celles et ceux qui ont osé témoigner des viols subis pendant leur enfance et des ravages causés sur leur vie au quotidien ».

Pour rendre visibles ses actions, la commission devrait rapidement se doter d’un site Internet et d’un numéro d’appel dédié aux victimes. Avant la rédaction de leur rapport définitif, les membres de cette instance doivent également rendre des conclusions intermédiaires dans un an. Convaincu du changement de regard opéré par la société ces derniers mois sur ce sujet, le secrétaire d’Etat à la protection de l’Enfance a conclu en formulant cet ultime vœu : « Espérons que plus jamais le couvercle du silence et du déni ne se referme. »