Rixes entre bandes : Comment le gouvernement veut s’attaquer au problème

DELINQUANCE Alors que le nombre d’affrontements entre groupes d'adolescents ne cesse d’augmenter, un plan de lutte contre les bandes doit être adopté d’ici le 1er mai

Thibaut Chevillard
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A Boussy-Saint-Antoine, un adolescent de 14 ans a été poignardé lors d'une rixe
A Boussy-Saint-Antoine, un adolescent de 14 ans a été poignardé lors d'une rixe — Thomas COEX / AFP
  • Plusieurs rixes entre jeunes ont eu lieu ces dernières semaines à Paris et dans sa région. Des drames qui ont jeté un coup de projecteur sur le phénomène de bandes.
  • Le nombre d’affrontements a augmenté de 25 % entre 2019 et 2020.
  • Face à cette situation préoccupante, un plan de lutte contre les bandes doit en particulier être adopté d’ici le 1er mai.

L’agression, mi-janvier, dans le 15e arrondissement de Paris, de Yuriy, un adolescent de 15 ans, a jeté un coup de projecteur sur les rivalités entre bandes. Depuis, plusieurs violentes rixes entre jeunes, ont eu lieu à Paris et dans sa région. La dernière date remonte à lundi soir. Deux groupes originaires de deux quartiers de Champigny-sur-Marne (Val-de-Marne) se sont affrontés en pleine rue à coups de couteau et à coups de poing. Deux adolescents de 14 et 16 ans ont été grièvement blessés et l’un d’entre eux se trouvait dans le coma mardi soir. Deux semaines plus tôt, dans l’Essonne, deux adolescents de 14 ans avaient été tués en moins de vingt-quatre heures.

Le nombre d’affrontements entre bandes ne cesse d'augmenter. Le ministère de l’Intérieur en a recensé 357 en 2020, contre 288 l’année précédente, soit une augmentation de 25 % en un an. Face à cette recrudescence, le gouvernement a décrété une mobilisation générale. Un plan de lutte contre les bandes doit en particulier être adopté d’ici au 1er mai. Il doit notamment permettre de mieux détecter et suivre les membres des bandes, grâce à des structures comme des GLTD (groupes locaux de traitement de la délinquance). Le plan prévoira aussi un renforcement de la sécurité aux abords des établissements scolaires, de la médiation, ou la mise en place d’actions visant à sensibiliser les plus jeunes.

Une réunion vendredi à Matignon

Pour éloigner les membres d’une bande, le ministère de la Justice compte, lui, sur le recours aux « interdictions de paraître » et sur la mise en œuvre de travaux d’intérêt général pour les jeunes comme alternative aux poursuites. « On ne peut accepter la banalisation de la violence », a expliqué le porte-parole du gouvernement, Gabriel Attal, à l’issue du conseil des ministres ce mercredi. Face à « ce phénomène », qui « s’intensifie à certains égards », « nous devons donc adapter et renforcer notre réponse avec une action à 360 degrés », a-t-il ajouté. Il a insisté sur la nécessité d’une « réponse coordonnée » entre ministères et entre services sur le terrain. « L’enjeu, c’est aussi d’avoir une réponse pénale plus rapide et plus efficace pour les mineurs », qui ont « parfois 11, 12, 13 ans », a en outre souligné Gabriel Attal.

De son côté, le Premier ministre, Jean Castex, organise vendredi à Matignon une réunion de travail avec plusieurs ministres, au cours de laquelle sera évoqué le sujet des bandes. « Mais il ne faut pas attendre des annonces particulières à l’issue de cette réunion sur ce sujet spécifique », confie à 20 Minutes son entourage.

Des pistes pour « tenter d’éviter des drames terribles »

Dans une tribune publiée sur le site de Franceinfo ce mercredi, quelque 110 professionnels de l’éducation et du social, acteurs de la justice des mineurs ou représentants du monde associatif estiment que les rixes entre bandes « questionnent plus largement sur l’existence, l’insuffisance voire l’absence de moyens pour les services publics d’éducation et de protection de l’enfance, de prévention spécialisée et de médiation ».

Rappelant que le phénomène des bandes « existe depuis toujours », les signataires proposent plusieurs pistes pour « tenter d’éviter des drames terribles ». Parmi elles, « la mise en place d’une éducation à la non-violence » pour enfants et adultes, le « renforcement des services de la prévention et de la protection de l’enfance », un soutien accru aux associations et aux familles, et la création de postes supplémentaires de médiateurs.

Ils jugent également indispensable de développer « une politique de soins à l’adresse de certains jeunes en grande souffrance psychologique », notamment via « la mise en place de services de pédopsychiatrie » destinés à « détecter et prévenir les difficultés le plus tôt possible, si besoin en lien avec les écoles et les associations ».