Y a-t-il une montée des violences chez les mineurs en France ?

DELINQUANCE De nombreux actes de violences très graves entre mineurs ont été rapportés ces dernières semaines

Marie De Fournas

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Les dernières violences impliquant des mineurs ces derniers jours, sont pas forcément représentatives d'une généralité en France.
Les dernières violences impliquant des mineurs ces derniers jours, sont pas forcément représentatives d'une généralité en France. — sweetlouise / Pixabay
  • Plusieurs faits de violence impliquant des mineurs ont été constatés en seulement quelques jours en France.
  • Une accumulation anxiogène qui pourrait laisser croire que les violences chez les mineurs sont en augmentation.
  • Pourtant, malgré leur gravité et l’impression de répétition, il n’y aurait pas forcément de montée de la violence.

Lundi soir, une adolescente de 14 ans était retrouvée noyée à Argenteuil. Deux suspects ont été interpellés : il s’agit de camarades de classe de seulement 15 ans. Le même jour, une adolescente du même âge se retrouvait entre la vie et la mort après une rixe survenue à Champigny-sur-Marne, dans le Val-de-Marne. Mardi, une autre bagarre entre deux bandes d’adolescents a fait cinq blessés dans le 16e arrondissement de Paris. Une semaine plus tôt, c’était une adolescente qui décédait après avoir reçu des coups de couteau lors d’une rixe en Essonne.

Ces faits extrêmement violents et au dénouement tragique impliquaient tous des mineurs. Une accumulation de drames en un temps très court qui pourrait laisser penser à une montée des violences juvéniles en France. « Il y a un effet loupe parce qu’en effet ces actes sont répétés et rapprochés et qu’il y a des morts. Mais il n’y a pas une montée des violences chez les mineurs en France », explique Martine Batt, professeure des universités en psychologie à l’université de Lorraine. L’experte judiciaire à la Cour d’appel de Nancy, précise d’ailleurs que « si la détention pour mineurs existe depuis très longtemps, c’est qu’il y avait déjà besoin de mettre la société à l’abri de mineurs potentiellement dangereux ».

Effet de projecteur

Les faits rapportés ces derniers jours, ne sont pas plus violents que d’habitude, mais c’est leur addition qui pourrait créer cet effet anxiogène. « C’est un grand classique. On met en série deux-trois faits divers dont un qui a particulièrement choqué sur le plan émotionnel, soit parce que les auteurs étaient très jeunes, soit parce qu’il est très sanglant, analyse Laurent Mucchielli, sociologue et directeur de recherche au CNRS. Mais en réalité il s’en produit tout le temps, toute l’année, chaque année et la plupart du temps ça n’intéresse personne. » Un fait divers particulièrement marquant devient alors le projecteur d’autres ayant des points communs.

Pour l’auteur de l’ouvrage La délinquance des jeunes, l’erreur c’est d’apposer ensuite des généralités sur des faits « que personne n’a analysés en détail ». Selon lui, il ne faut pas transformer de simples faits divers aussi dramatiques soient-ils, en faits de société.

Les réseaux ne sont pas la cause, mais l’amplificateur

Ce qui a cependant changé depuis plusieurs années et qui participe à cette panique, c’est la diffusion de l’information. « Maintenant les événements sont filmés et diffusés sur les réseaux. Les images, c’est marquant, voire traumatisant et on est davantage interpellé par celles-ci », commente Martine Batt.

Impossible de nier l’impact des réseaux sociaux dans les dernières affaires qui ont fait la Une. « Cela démultiplie les classiques conflits entre les jeunes car c’est une caisse de résonance potentiellement plus forte. Ça peut amplifier des choses ou les rendre plus faciles à circuler », analyse Laurent Mucchielli. De son côté, Martine Batt admet que le harcèlement sur les réseaux sociaux est quelque chose de « terrible », une violence qui « se diffuse à l’intérieur, mais s’exerce aussi à l’extérieur et peut pousser à la désinsertion sociale, au suicide et au meurtre », comme on peut le penser dans l'affaire Alisha dans le Val-d'Oise. Pour les deux experts en revanche, les réseaux ne créent pas de nouveaux problèmes, car les causes des conflits entre les jeunes restent les mêmes qu’avant.

« Décalage entre la futilité du motif et la gravité des faits »

A ce propos, Martine Batt, en tant qu’experte judiciaire depuis vingt-cinq ans, observe un point commun dans ses expertises auprès des jeunes sur des faits violents. « Le point de départ est souvent futile. Ça peut partir d’un regard, d’une jalousie et c’est perçu très violemment chez les adolescents car ils sont en pleine construction. On est toujours frappé par le décalage entre la futilité du motif et la gravité des faits. C’est propre aux affaires avec des adolescents, qui n’ont pas encore atteint un niveau de maturité leur permettant d’avoir totalement conscience des conséquences de leurs actes. »

Toutes ces violences ne sont donc pas à analyser comme un nouveau fait de société, bien que Martine Batt reconnaisse que le confinement a peut-être pu jouer un rôle. « Les adolescents ont besoin d’évoluer dans l’interaction pour aller bien. Quand ils se voient, parlent, échangent, boivent des coups, c’est une échappatoire et cela adoucit les mœurs. Là, ils en sont privés. »