Grasse : « Il faut prendre le mal à la racine », des collectifs féministes sensibilisent les lycéens sur les violences sexistes et sexuelles

EDUCATION « Dix-sept ans, c’est l’âge moyen dans lequel on entre dans la sexualité, d’où l’importance d’en parler dans les lycées », indique Alexia Dominey du collectif NousToutes06

Elise Martin
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Le collectif NousToutes06 et Feminist Union de Sciences Po Menton ont parlé consentement, violences sexistes et sexuelles et cyberharcèlement avec des élèves de première ce mercredi 10 mars 2021
Le collectif NousToutes06 et Feminist Union de Sciences Po Menton ont parlé consentement, violences sexistes et sexuelles et cyberharcèlement avec des élèves de première ce mercredi 10 mars 2021 — E. Martin / ANP / 20 Minutes
  • NousToutes06 est une antenne locale du collectif national créé en 2018. Il œuvre dans le département pour sensibiliser à la thématique des violences sexistes et sexuelles.
  • Feminist Union de Sciences Po Menton est un groupe de réflexion sur le féminisme, la place de l’homme et la femme dans la société et le sexisme au quotidien.
  • Un Club égalitaire, un café sociologique sur la masculinité, des projets sur les droits des femmes, les élèves du lycée Amiral de Grasse sont déjà très engagés et impliqués sur les questions d’égalité entre tous.

Sur les bancs de l’amphithéâtre du lycée Amiral de Grasse, ce mercredi matin, les élèves de première n’ont pas eu leur cours de français habituel. « Attention, certains moments de la présentation peuvent choquer. Vous êtes libres d’aller vous aérer si vous le souhaitez », prévient Nolwenn Menard, représentante d’une association féministe du campus de Sciences Po Menton. Pendant deux heures, le collectif NousToutes06 et l’association Feminist Union vont parler à des lycéens du consentement, des violences sexistes et sexuelles et du cyberharcèlement.

« À l’occasion de la Journée internationale des droits des femmes [le 8 mars], le Club égalitaire du lycée, qui regroupe des élèves de la seconde à la terminale, a décidé d’inviter des associations qui font la promotion des droits des femmes », indique Christine Caradot, professeure d’histoire-géographie mais aussi référente de ce club. Et comme le précise la première image du diaporama, « 17 ans, c’est l’âge moyen dans lequel on entre dans la sexualité ». Les intervenantes précisent : « On vient ici pour que vous soyez informés, pour ne plus donner d’excuses à ceux qui font du mal, pour que vous ne soyez pas des agresseurs mais aussi pour que vous puissiez savoir quoi faire face à des victimes ».

« Il faut éduquer les garçons »

La formation est née il y a trois ans, à la suite de nombreux signalements dans des promotions de Sciences Po Menton. Elle a d’abord été destinée aux étudiants en université. « Puis, cet été, on s’est dit qu’on devait l’étendre aux lycées parce que c’est là où tout commence », indique Malka-Lou Ayache.

« C’est très complet, conclut la professeure d’histoire à la fin du premier créneau de formation. En plus des thématiques abordées, il y a l’aspect juridique, des témoignages, un petit quiz et beaucoup de conseils. C’est important d’avoir des intervenantes proches des jeunes avec des discours clairs, sourcés et adaptés pour ce genre de public. »

Un avis partagé par Anaëlle, 16 ans, qui vient d’assister à la conférence : « C’était captivant. On a parlé de sujets sans tabou. J’ai notamment pris conscience de ce que risque une personne qui harcèle sexuellement. » Sa camarade Marine acquiesce : « Je pense qu’il faut avoir plus d’interventions de ce genre, notamment sur le cyberharcèlement parce que c’est un vrai problème à notre âge. Il faudrait que tout le lycée soit au courant pour notamment éduquer les garçons. » Lors de la conférence, les intervenantes ont rappelé que « tous les garçons n’étaient pas des agresseurs », mais que les chiffres démontraient une réalité où « 98 % des agresseurs étaient des hommes, ce qui illustrait un énorme problème systémique ».

La lycéenne ajoute : « Les garçons présents ce matin avaient l’air d’avoir compris, ils posaient des questions, ils faisaient oui de la tête. C’est bien qu’on leur impose des cours de ce type de temps en temps. Nous, les filles, on va de nous-mêmes chercher les informations si on se pose des questions, eux, c’est moins le cas généralement. »

Prendre le mâle à la racine

Sur ce sujet, la référente du Club égalitaire est satisfaite. L’infirmière avait fait remonter certaines inquiétudes concernant l’intervention : « Certains craignaient de se sentir mal. Le lycée est un lieu d’enseignement mais aussi un lieu de vie. Il faut alors prendre le mal à la racine. Plus on parle tôt de ces sujets, plus les jeunes adultes qu’on forme sont informés et prennent conscience des problèmes qui les entourent. Ce matin, les lycéens étaient très attentifs. Ils sont de plus en plus sensibilisés et sensibles à ces questions-là. ».

Elle poursuit : « Ça fait presque vingt ans que j’enseigne dans ce lycée et presque vingt ans que je me bats pour parler de ces thématiques. D’habitude, ce sont les professeurs qui entraînent les élèves, cette année, l’initiative vient des jeunes. C’est génial que ce soit eux qui nous poussent et qu’ils soient engagés dans ces luttes ». Pour Alaïs, 16 ans, c’est un fait. « La jeunesse d’aujourd’hui peut faire bouger les choses. Notre génération prend conscience du travail à faire mais elle a envie de s’impliquer. On le voit avec l’égalité homme femme mais aussi avec l’écologie. Ça ne fait que commencer ».

La semaine prochaine, le groupe d’intervenantes revient à Amiral pour de nouveaux créneaux de formation avant d’aller dans un lycée de Cannes début avril.