Terrorisme : Quelles seront les missions du musée-mémorial destiné à rendre hommage aux victimes d’attentat ?

HOMMAGE La deuxième édition de la journée nationale d’hommage aux victimes du terrorisme se tient ce jeudi 11 mars

Hélène Sergent

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Un musée-mémorial doit être créé à horizon 2027 en France.
Un musée-mémorial doit être créé à horizon 2027 en France. — Pierre VASSAL/HAYTHAM-POO/SIPA
  • Promis en 2018 par Emmanuel Macron, le musée-mémorial du terrorisme prend forme et devrait ouvrir ses portes à l’horizon 2027.
  • Considéré comme une étape majeure du « dispositif mémoriel » mis en place par l’exécutif, ce site retracera l’histoire contemporaine du terrorisme qui a frappé la France à diverses reprises.
  • Une initiative saluée par les associations de victimes d’attentat, qui y voient notamment un moyen « d’alléger leur fardeau mémoriel ».

Commémorer pour faire vivre le souvenir des disparus. Ce jeudi, à l’occasion de la 2e édition de la journée nationale d’hommage aux victimes du terrorisme, Emmanuel Macron se rendra aux Invalides puis à l’imprimerie de Michel Catalano, l’entrepreneur de Dammartin-en-Goële  pris en otage le 9 janvier 2015 par les frères Kouachi. Une étape importante qui s’inscrit dans un dispositif plus global visant à entretenir la mémoire des victimes tuées ou blessées lors d’attaques terroristes.

Pour renforcer cette dimension commémorative, le chef de l’État avait annoncé, le 19 septembre 2018, la création d’un musée-mémorial sur le terrorisme. Conçu avec les associations concernées, ce projet commence, peu à peu, à prendre forme. Installé à Paris, ce lieu unique en France devra « rendre compte de la façon dont les sociétés démocratiques affrontent l’épreuve du terrorisme », selon le comité mémoriel à l’origine de la proposition. Un lieu de mémoire donc, mais également de « réflexion » et de « mise à distance » avec ces événements si contemporains qui ont bouleversé notre quotidien.

Alléger le « fardeau mémoriel »

Pour les historiens comme pour les associations, l’existence d’un tel lieu était absolument indispensable. Interviewé le 25 février dernier sur France Inter, Henry Rousso, directeur de recherche au CNRS et chargé de la mission de préfiguration du musée, expliquait : « Ca aurait été paradoxale qu’une société prise dans la logique de la commémoration et de la mémoire depuis un demi-siècle refuse d’accorder ce bénéfice à des victimes de terrorisme ».

La création d’un lieu propre à ces événements aura aussi pour vertu « d’alléger le fardeau mémoriel » porté depuis des années par les victimes directes, leurs proches et les associations qui les représentent. « C’était important pour nous que la mémoire sorte un peu de nos mains. Si, un jour, nous voulons être en mesure de nous détacher de ce qui nous est arrivé, c’est bien que la société s’en empare, qu’on sache qu’il existe un lieu qui se charge de le faire pour nous », confie à 20 Minutes Arthur Denouveaux, président de l’association Life for Paris, qui regroupe des victimes des attaques du 13 novembre 2015.

Un musée évolutif

Au-delà de l’hommage, ce musée-mémorial aura vocation à retracer l’histoire du terrorisme contemporain, de 1974 à nos jours. Face à une menace toujours vivace, ce lieu sera contraint à une évolution permanente. « On se focalise sur une période significative qui permet de comprendre le monde d’aujourd’hui, mais un musée, c’est quelque chose d’évolutif […]. Il faut trouver un moyen de parler de l’actualité, en offrant de la distance et une capacité de réflexion. Parce que l’une des caractéristiques du terrorisme, c’est justement qu’il nous empêche de penser », détaillait Henry Rousso au micro de France Inter.

« Archiver dans un musée quelque chose d’aussi vif dans notre société, c’est compliqué », reconnaît pour sa part Arthur Denouveaux. L’autre écueil à éviter est celui d’éventuelles impasses de l’Histoire. « L’idée, c’est de se concentrer sur une séquence précise, à savoir le terrorisme contemporain. Mais il est d’ores et déjà prévu de consacrer une rétrospective historique avec quelques moments-clés. Un angle sur les victimes civiles du terrorisme en Algérie est déjà envisagé », glisse une source à l’Élysée.

Un équilibre entre l’Histoire et l’émotion

Mais comment rendre compte de ce terrorisme sans glorifier leurs auteurs ou sombrer dans la seule émotion ? Le musée, qui aura une vocation pédagogique, pourra s’appuyer sur diverses ressources : judiciaires, médiatiques et personnelles. « Il faudra que ce soit incarné, qu’il y ait une proximité avec les victimes […], et trouver un équilibre avec la dimension politique et historique du terrorisme », estime le président de Life for Paris, également membre de l’Observatoire d’orientation du groupement d’intérêt public Musée-mémorial du terrorisme. Des échanges ont d’ores et déjà eu lieu avec les diverses associations et les organisateurs du projet pour récolter par exemple des objets personnels liés aux attaques de 2015.

Idem du côté des autorités judiciaires, puisque des scellés issus de procédures terroristes définitivement jugées pourront être exposés dans ce musée. « Nous savons que le terrorisme a transformé tout un tas de choses dans nos villes, sur le plan juridique, policier, et jusque dans nos vies quotidiennes. Ce projet vise justement à comprendre comment la société française répond au terrorisme », développe une source au sein de l’exécutif. Enfin, l’Institut national de l’audiovisuel (INA) pourra également fournir des extraits vidéos ou sonores liés aux attentats contemporains. Un travail de collecte minutieux qui va donc nécessiter du temps : l’ouverture est attendue pour 2027.